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Israël élimine les dirigeants du Hamas, mais rien ne change à Gaza

publié le 28/05/2026 par Pierre Haski

L’armée israélienne élimine les dirigeants du Hamas les uns après les autres, mais l’absence de perspective politique avec l’impasse du « plan Trump », font le jeu du Hama, installé dans le vide du pouvoir

Un cessez-le-feu est censé être appliqué dans la bande de Gaza depuis octobre 2025, entre l’armée israélienne et le Hamas palestinien. Mais à bas bruit, la guerre continue : il y a eu plus de 800 morts côté palestinien, dont une majorité de civils, pour cinq soldats israéliens tués pendant ces sept mois de trêve très relative.

Hier, Israël a revendiqué un nouveau coup porté au Hamas : l’assassinat de Mohamed Odeh, le dernier chef en date de l’organisation islamiste. Il sera resté moins de deux semaines à ce poste. Son prédécesseur, Ezzedine al-Haddad, avait été éliminé le 15 mai par l’armée israélienne. Haddad avait lui-même succédé l’an dernier à Mohammed Sinwar, tué dans une frappe israélienne après avoir pris la tête du Hamas après la mort de son frère, Yahia Sinwar, l’homme qui avait planifié le massacre du 7 octobre 2023.

Les uns après les autres, donc, les dirigeants de l’organisation islamiste sont éliminés par l’armée israélienne. La stratégie n’est pas nouvelle : tous les dirigeants successifs du Hamas sont morts assassinés, à commencer par son fondateur, le vieux cheikh Ahmed Yassine, tué en 2013 par un tir de roquette d’un hélicoptère israélien. Pour autant, le Hamas a survécu et contrôle toujours la partie de la bande de Gaza où se trouvent la population.

C’est le propre d’organisations comme le Hamas, mais c’est aussi le cas du régime iranien décapité au début de la guerre israélo-américaine, d’être préparés à cette situation. Avec le risque que les successeurs des leaders assassinés soient plus durs encore, comme on le voit avec les gardiens de la révolution à Téhéran.

Plus de deux ans de guerre israélienne sans limites à Gaza, faisant plus de 72 000 morts et détruisant une bonne partie des constructions du minuscule territoire, n’ont pourtant pas permis à Benyamin Netanyahou d’éradiquer le Hamas, contrairement aux promesses du premier ministre israélien après le 7 octobre.

Après le Sommet de Charm el-Cheikh et le cessez-le-feu imposés par Donald Trump, le vide a été très vite rempli par les survivants du Hamas. Ils ont repris le contrôle des populations civiles, malgré les efforts d’Israël de susciter des groupes rivaux.

Ce nouvel assassinat changera-t-il quelque chose ? C’est peu probable, car la situation sécuritaire, humanitaire et politique à Gaza est dans une impasse totale – exactement le type de contexte dans lequel une organisation comme le Hamas prospère.

Les deux millions de Gazaouis survivent dans à peine 40% de leur ancien territoire qui était déjà surpeuplé. L’armée israélienne contrôle le reste, avec une « ligne jaune » de séparation infranchissable. Leurs conditions de vie sont déplorables, aucune reconstruction n’est possible.

Mais surtout, il n’y a aucune perspective politique. Le « plan Trump » pour Gaza n’a jamais dépassé sa première phase, et le président américain est passé à autre chose. Son Conseil de la paix, lancé en fanfare en janvier, est une coquille vide, et l’instance technocratique palestinienne censée gérer Gaza n’a toujours pas l’autorisation israélienne d’y pénétrer.

Hier, en annonçant la mort du dirigeant du Hamas, le ministre israélien de la défense Israël Katz a évoqué la relance d’un plan d’« émigration volontaire » pour les Gazaouis : un projet de nettoyage ethnique pendant que le monde regarde ailleurs. Du pain béni pour le Hamas.


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