Israël-Etats-Unis: la guerre et après ?
Offensive massive contre Téhéran. Washington et Tel-Aviv frappent le régime, mais que se passera-t-il après les raids aériens?
L’offensive conjointe d’une ampleur inégalée que les États-Unis et Israël viennent de lancer contre le régime iranien n’aurait pas pu avoir lieu si le guide suprême Ali Khamenei et sa garde rapprochée n’avaient pas accumulé les erreurs d’appréciation.
Erreurs stratégiques à Téhéran
En misant sur les hésitations de Donald Trump, ses considérations de politique intérieure et les pressions de ses partenaires arabes, les mollahs ont cru qu’ils pourraient gagner du temps et faire traîner les négociations. En s’efforçant de restreindre le champ des négociations à la question nucléaire avec l’appui du secrétaire général de l’AIEA, et en tablant sur un souhait américain d’arriver à un accord rapide, ils ont voulu croire que la relance de leur programme de développement de missiles balistiques passerait inaperçue.
Ils n’ont pas correctement analysé le manque de patience de Trump et sa réticence à se voir entraîné dans des négociations interminables auxquelles excellent les Iraniens. Ils ont ainsi permis à Benjamin Netanyahu de revenir sur l’échec relatif de ses entretiens de fin d’année avec Donald Trump. D’après de nombreux observateurs bien informés, l’option militaire défendue par Israël s’est débloquée il y a un peu moins de deux semaines, et ce court intervalle a permis la mise en place d’une opération militaire préparée de longue date et exceptionnelle par son ampleur et son niveau de coordination.
Frapper à la tête
Dès le premier jour de l’offensive, l’aviation israélienne avait plusieurs objectifs :
• Frapper à la tête en rasant la résidence du guide suprême, qui est aussi le centre de commandement du régime des mollahs.
• Affaiblir le cœur du régime par des liquidations ciblées des plus proches collaborateurs politiques du guide suprême ainsi que des chefs militaires des Gardiens de la Révolution et de l’Armée. Il est trop tôt pour confirmer si ces objectifs ont été atteints.
• Continuer à s’attaquer aux experts nucléaires qui auraient survécu à la guerre des 12 jours de juin 2025.
• Permettre à l’aviation américaine d’attaquer les sites militaires iraniens avec le maximum de sécurité, en s’attaquant aux systèmes iraniens de défense antiaérienne.

Riposte limitée, région sous tension
À la fin du premier jour de l’offensive, quelques constatations s’imposent. En privilégiant des rampes de lancement mobiles, les Iraniens ont maintenu leur capacité de riposte via des missiles balistiques. Les quelques dizaines de missiles lancés sur le territoire israélien n’ont pas causé de dégâts matériels et humains majeurs à ce jour, mais les nombreuses alertes perturbent la vie des Israéliens en les obligeant à passer des heures dans les abris pour se protéger.
Les installations militaires américaines à Bahreïn, au Qatar, en Arabie saoudite, au Kurdistan irakien et dans les Émirats ont été visées essentiellement par des drones qui ont créé des dégâts mineurs puisque ces bases avaient été évacuées au préalable. Aussi bien du côté américain que du côté israélien, l’objectif annoncé est clair et ambitieux : il s’agit de « créer les conditions pour que le peuple iranien prenne son destin en main », en d’autres termes, faire tomber un régime que peu de pays au monde regretteront.
Un régime isolé mais solide
Aujourd’hui, le régime des mollahs est isolé. Il a du mal à mobiliser dans une contre-offensive concertée ses alliés chiites du Hezbollah libanais et irakiens ainsi que ses alliés houthis. Ses bombardements sur les territoires des pays arabes de la région ne vont pas inciter ces pays à faire pression sur les États-Unis pour arrêter leur offensive à ce stade. Les vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent déjà des citoyens iraniens, courageux ou inconscients, danser dans les rues en se réjouissant des bombardements ciblés contre ce régime honni.
Mais ce régime est défendu par une armée de 500 000 hommes. Si l’on ajoute les 200 000 Gardiens de la Révolution et les dizaines de milliers de membres des services de sécurité et leurs familles, le noyau dur qui défend le régime actuel représenterait près de 20 % de la population. On voit mal comment une offensive aérienne, aussi efficace soit-elle mais limitée dans le temps, pourra mettre à bas un régime capable de liquider des dizaines de milliers d’opposants en quelques jours.
Les Américains ne font pas mystère qu’ils placent leurs espoirs dans une possible recomposition interne du régime actuel avec l’émergence d’une direction plus pragmatique et réaliste, ce qui expliquerait qu’à ce jour l’actuel président de la République ne semble pas menacé physiquement. Il faudra aussi scruter ce que vont faire les différentes minorités non perses — Turkmènes, Azéris, Kurdes et autres — qui représentent presque la moitié de la population du pays. Des appels spécifiques leur sont déjà lancés pour qu’elles se mobilisent.
Un pari politique à haut risque
Si le fait de mettre à mal ce régime honni recueille peu de critiques aujourd’hui, les interrogations sur un succès éventuel et les conséquences à venir de cette offensive conjointe demeurent. De son côté, Benjamin Netanyahou, qui a parlé de « frappe préventivc », peut se réjouir de voir démontrée sa capacité à convaincre Donald Trump de traiter la menace iranienne selon ses souhaits, et faire ainsi oublier que le même Donald Trump lui a retiré toute capacité d’initiative sur le futur de la bande de Gaza.
Mais si cette offensive conjointe permet l’avènement d’un nouveau régime iranien et contribue à apaiser la région, Donald Trump ne partagera ce succès avec personne.Et la pression se retournera vers Israël pour contribuer à apaiser définitivement la région, en acceptant de reconnaître que les Palestiniens ont des revendications nationales à satisfaire.
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