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Israël : les illusions perdues

publié le 11/04/2026 par Marc Lefevre

Cessez-le-feu avec l’Iran : soulagement en Israël, mais amertume politique profonde. Deux ans de guerre mais aucun objectif atteint

Photo : Un missile iranien a été tiré peu après l’heure à laquelle l’Iran devait mettre fin à ses attaques (Ici, à Beersheba, après une attaque de missile iranienne). (Amir Cohen:REUTERS)

Entre soulagement et frustration

L’annonce d’une pause dans l’affrontement militaire avec l’Iran suscite des sentiments contradictoires parmi la population israélienne. D’une part, un soulagement face à la levée des contraintes imposées par les bombardements iraniens, même si les dégâts matériels — rarement humains — étaient souvent plus spectaculaires que conséquents. De l’autre, un sentiment de frustration face au constat d’un affrontement qui apparaît comme un échec à la fois militaire et stratégique.

Les experts pris en défaut

Du point de vue militaire, l’opinion publique avait été rassurée après la « guerre des 12 jours ». Une majorité d’experts et de commentateurs avaient expliqué à l’opinion publique que les capacités militaires de l’Iran avaient été considérablement affaiblies, et les différents programmes nucléaires et balistiques retardés de plusieurs années.

Mais la nature et l’ampleur des affrontements des dernières semaines ont forcé ces mêmes experts et commentateurs à reconnaître qu’ils s’étaient trompés. En centrant leurs attaques sur l’élimination des responsables de haut rang, ils ont dû admettre avoir sous-estimé l’ampleur et la diversité des infrastructures militaires de l’Iran des mollahs.

Aujourd’hui, on entend de nouveau les mêmes expliquer que les dégâts considérables infligés à l’Iran ne sont qu’un succès relatif qui garantit au mieux un répit de quelques années. Mais entre des déclarations rassurantes et la réalité des faits, l’opinion sait faire la différence. Et elle ne fait plus vraiment confiance aux autorités.

Washington ne dicte pas l’agenda

Au plan stratégique, les conditions confuses dans lesquelles s’engagent les premières négociations entre l’Iran et les États-Unis montrent que l’administration américaine n’est pas en mesure de dicter l’agenda de ces négociations.

Les mollahs semblent avoir évalué correctement les rodomontades de Donald Trump comme un signe de fébrilité et de faiblesse. Face à une impatience manifeste du côté américain, ils entament ces négociations avec des exigences maximalistes en faisant le pari que les Américains n’oseront pas mettre à exécution leurs menaces de cataclysme, et se satisferont d’un accord-cadre suffisamment général pour permettre à la Maison-Blanche de sauver la face.

En Israël, le constat est amer.

Aucun des objectifs annoncés par le gouvernement Netanyahou depuis les massacres du 7 octobre n’a été atteint :

  • Le Hamas reconstitue ses forces et maintient son emprise sur la majorité de la population à Gaza.
  • Le Hezbollah maintient ses capacités de nuisance et empêche un retour à une vie normale dans le Nord du pays.
  • En Iran, le régime des mollahs a montré sa capacité de résistance et sort renforcé de cet affrontement avec les armées puissantes et suréquipées d’Israël et des États-Unis.

Isolé diplomatiquement, affaibli stratégiquement, incapable de réussite militaire claire, le gouvernement Netanyahou reste sous la coupe d’un Donald Trump, erratique et imprévisible, voire incohérent, qui pourrait le lâcher sans scrupules selon les événements, au fil de ses incartades.

Après plus de deux ans de guerre, malgré les sacrifices consentis par sa population et des réussites militaires obtenues par une armée aux limites de ses capacités, Israël n’a donc pas obtenu la sécurité. Et encore moins la paix.

Dans ce contexte, l’opposition politique à Netanyahou est en mesure de montrer qu’il n’a aucun succès tangible à mettre à son actif. On est même en droit de considérer que les menaces qui pèsent sur Israël aujourd’hui sont plus importantes qu’hier, en particulier sur le nucléaire.

L’enjeu de 440 kg d’uranium enrichi

Les dirigeants iraniens survivants savent que le stock de 440 kg d’uranium hautement enrichi restant est leur atout principal dans les prochaines négociations :

  • Si les pragmatiques du nouveau régime l’emportent, ils peuvent faire le pari du retour à la croissance économique pour assurer leur pouvoir en renonçant à leur programme nucléaire. Dans ce cas, les 440 kg d’uranium enrichi seront la monnaie d’échange pour la levée des sanctions et une réinsertion de l’Iran dans les échanges économiques mondiaux.
  • Si les plus radicaux l’emportent, ils seront tentés par la fuite en avant et la mise en œuvre des dernières étapes nécessaires à l’assemblage d’une première bombe nucléaire de démonstration.

Le sort de ces 440 kg d’uranium est donc bien le seul enjeu réel des négociations qui s’ouvrent.

Quel avenir politique pour Netanyahou?

En déclenchant l’affrontement avec l’Iran, Donald Trump a mis son avenir politique en jeu. Le constat est encore plus vrai pour le Premier ministre israélien. Si Benjamin Netanyahou parvient à mettre fin à la menace nucléaire iranienne, il aura atteint l’objectif principal de sa carrière politique. Son obsession de toujours. Et il pourra faire oublier toutes ses erreurs, ses fautes politiques, ses poursuites pénales.

S’il échoue, face à une menace nucléaire iranienne persistante, loin des négociations dont il est d’ailleurs exclu, cela peut signifier la fin de sa carrière politique. Il devra rendre des comptes à ses citoyens sur ses échecs, ses engagements non tenus, mais aussi à ses juges avec les affaires judiciaires en cours — notamment le Qatargate et l’affaire du renvoi du chef du Shin Bet — et d’autres affaires qui ne manqueront pas de surgir.

Entre un Netanyahou affaibli et un Trump imprévisible, le vrai gagnant reste, pour l’instant, Téhéran. Israël paie le prix d’une guerre sans victoire politique.


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