Israël : l’opposition divisée, dernier atout de Netanyahou
Malgré un bilan lourd, Netanyahou espère obtenir un sursis et conserver le pouvoir. En misant sur ses adversaires… et leurs divisions
On aurait pu croire que le bilan peu glorieux de Benjamin Netanyahou scellerait le sort de sa coalition à l’approche des élections législatives du 27 octobre. Il y a encore un mois, les sondages semblaient conforter cette perspective : le bloc d’opposition se rapprochait de la majorité absolue de 61 sièges, avant même d’envisager un soutien des partis arabes.
Mais en Israël, le péché capital de l’opposition reste sa division. Fragilisé par son bilan, Netanyahou exploite les désaccords de ses adversaires sur la participation des partis arabes à un futur gouvernement. À moins de trois semaines de l’échéance du 27 octobre, l’opposition semble perdre du terrain, et il devient difficile de savoir qui pourra parvenir à réunir une majorité capable de gouverner au sortir des urnes.
Trois ans de guerre, l’impasse politique
Trois ans après le 7 octobre, alors qu’une grande partie du pays se recueille pour honorer les victimes des massacres perpétrés par le Hamas, les succès militaires revendiqués par le gouvernement n’ont pas débouché sur une solution politique durable.
À Gaza, le ministre de la Défense Israel Katz affirme que les deux tiers des participants aux attaques du 7 octobre ont été tués. Mais le Hamas conserve le contrôle des zones où vit l’essentiel de la population. La destruction de ses capacités militaires n’a donc pas réglé la question de son emprise politique. En Iran, malgré l’ampleur de l’offensive menée avec les États-Unis, le régime reste en place et continue à perturber l’économie mondiale.
Colons et conscription : la fracture s’aggrave
Les fractures intérieures s’aggravent également. Les violences des colons extrémistes en Cisjordanie suscitent l’indignation des démocraties occidentales. La conscription des étudiants de yeshiva oppose les partis ultra-orthodoxes à une population éprouvée par les mobilisations répétées. Les réservistes subissent les conséquences professionnelles et familiales de leur engagement, auxquelles s’ajoute la hausse du coût de la vie.
Les avertissements adressés à Netanyahou avant les attaques, notamment par des responsables égyptiens et émiratis, nourrissent les demandes de rendre des comptes

Le 7 octobre, une responsabilité qui poursuit Netanyahou
À ces tensions se superpose la question de la responsabilité du gouvernement dans les défaillances du 7 octobre. Les avertissements adressés à Netanyahou avant les attaques, notamment par des responsables égyptiens et émiratis, nourrissent les demandes de rendre des comptes. Même si ces révélations sont contestées par le Premier ministre, elles alimentent le mécontentement jusque parmi les électeurs traditionnels du Likoud.
Un ancien policier juif sur une liste arabe
La candidature de Yoav Segalovitz en deuxième position sur la liste de Ra’Am, le parti de Mansour Abbas, veut ouvrir une perspective de coopération judéo-arabe. Ancien haut responsable de la police et ancien député centriste, ce sioniste convaincu entend mettre son expérience au service de la lutte contre la criminalité qui frappe particulièrement la société arabe israélienne.
La peur des partis arabes, arme électorale
Mais cette initiative intervient au moment où Netanyahou réactive sa rhétorique anti-arabe. Sa cible : les électeurs de droite tentés de changer de camp, mais réticents à soutenir un gouvernement dépendant de partis non sionistes.
L’opposition lui offre un terrain favorable. Avigdor Lieberman, chef de la droite laïque et nationaliste, rejette une coopération gouvernementale avec les partis arabes. À gauche, les Démocrates de Yaïr Golan défendent au contraire une participation accrue des Arabes israéliens aux décisions qui les concernent.
L’arithmétique est simple : il faut 61 députés sur les 120 que compte la Knesset pour disposer d’une majorité absolue. Or aucun des deux blocs ne paraît assuré d’atteindre seul ce seuil.
Pas de ligne commune
Entre ces deux positions, la liste Beyahad de Naftali Bennett et Yaïr Lapid, ainsi que le parti Yachar de Gadi Eizenkot, peinent à définir une ligne commune. Ra’Am a pourtant participé à la coalition Bennett-Lapid en 2021 et 2022.
En refusant d’envisager une coopération avec les partis arabes, les dirigeants de l’opposition réduisent leurs possibilités de réunir une majorité. Et Netanyahou transforme ainsi une question de représentation politique en instrument de division électorale.
Devancer Netanyahou ne suffit pas à gouverner
L’arithmétique est simple : il faut 61 députés sur les 120 que compte la Knesset pour disposer d’une majorité absolue. Or aucun des deux blocs ne paraît assuré d’atteindre seul ce seuil.
Les sondages varient selon les instituts, mais indiquent tous que, depuis quelques jours, l’opposition ne progresse plus, et même régresse. Début octobre, une enquête de Channel 12 accordait 54 sièges à l’opposition, 49 à la coalition sortante, 13 aux partis arabes et 4 à l’alliance Hendel-Zelekha. Mais un sondage de Kan rapporté le 4 octobre donnait 52 sièges à l’opposition et 51 à la coalition.
Ces projections ne prédisent pas le résultat du scrutin, mais elles illustrent une même difficulté : une avance initiale sur Netanyahou ne permet pas nécessairement de former un gouvernement.
Les électeurs arabes, un poids encore sous-représenté
Les Arabes israéliens représentent environ un cinquième de la population. Leur participation électorale, généralement inférieure à la moyenne nationale, limite leur représentation parlementaire. Une mobilisation plus forte pourrait modifier les rapports de force, sans résoudre à elle seule le refus d’une partie de l’opposition de travailler avec leurs élus.
Le choix des partenaires devient donc aussi décisif que le nombre de sièges remportés.
La bataille des chefs mise en veille
Les désaccords sur les partis arabes ne sont pas le seul obstacle. Les ambitions personnelles des dirigeants de l’opposition ont longtemps brouillé leur message. Gadi Eizenkot, Naftali Bennett et Yaïr Lapid ont chacun leurs prétentions à la direction du futur gouvernement.
Les cinq responsables du bloc — Eizenkot, Bennett, Lapid, Lieberman et Golan — ont finalement convenu de reporter le choix du Premier ministre après les élections, et de préparer une plateforme gouvernementale.
Cette coordination tardive répond à une évidence : s’unir pour remplacer Netanyahou ne suffit pas. Une majorité alternative doit expliquer ce qu’elle entend faire.
Un programme, pas seulement un front du refus
Cette coordination tardive répond à une évidence : s’unir pour remplacer Netanyahou ne suffit pas. Une majorité alternative doit expliquer ce qu’elle entend faire.
Trois priorités pourraient donner corps à ce programme : une commission d’enquête d’État sur les attaques du 7 octobre, un partage plus équitable des obligations militaires et la restauration de l’État de droit, accompagnée d’une lutte contre la criminalité et la corruption.
Ces mesures ne feraient pas disparaître les traumatismes ni les divisions. Elles offriraient néanmoins un cadre politique à la demande de responsabilité, de justice et de stabilité. Pour convaincre les électeurs hésitants de quitter le Likoud, l’opposition doit présenter une perspective de gouvernement, pas seulement un front de refus.
La mobilisation peut faire basculer le scrutin
La mobilisation des différents électorats reste une inconnue majeure. Les classes moyennes urbaines et laïques se déplaceront-elles davantage ? Les électeurs ultra-orthodoxes, mobilisés contre la conscription, renforceront-ils leur soutien à leurs partis ? Les Arabes israéliens participeront-ils assez nombreux pour accroître leur poids parlementaire ?
Les nouveaux électeurs pourraient également modifier les équilibres. Leur répartition entre les listes comptera davantage que les estimations théoriques de leur poids en sièges.
Petits partis, grandes conséquences
Deux petites formations ajoutent une incertitude. Le parti Amcha Israel, lancé en août par le général à la retraite Ofer Winter avec l’activiste arabo-israélien Yoseph Haddad, se situe à l’extrême droite. L’alliance du parti des Réservistes de Yoaz Hendel avec l’économiste Yaron Zelekha cherche, dans un autre registre, à attirer des électeurs sensibles aux questions de service militaire et d’inégalités économiques.
Pour entrer à la Knesset, une liste doit obtenir au moins 3,25% des suffrages valables. Si ces formations franchissent ce seuil, leurs sièges obtenus pourraient peser sur la constitution d’une majorité. Si elles échouent, les voix recueillies ne leur donneront aucune représentation. Dans un scrutin serré, leur résultat pourrait donc modifier le rapport de force entre les deux blocs.
Pour l’opposition, l’enjeu n’est plus seulement de devancer le Premier ministre, mais d’être capable de réunir les partenaires nécessaires à une majorité.
L’alternance ou un nouveau sursis
Le scrutin du 27 octobre pourrait permettre à l’opposition de réunir suffisamment de sièges et de partenaires pour former un gouvernement. Cela supposerait toutefois qu’elle surmonte ses désaccords sur la place des partis arabes et transforme son accord électoral en programme commun.
Si aucune majorité ne se dégage, les négociations pourraient au contraire provoquer des recompositions entre les forces de centre droit présentes dans les deux camps. Un gouvernement d’union nationale, une période de blocage ou de nouvelles élections resteraient alors possibles. Netanyahou pourrait bénéficier d’un nouveau sursis.
Pour l’opposition, l’enjeu n’est plus seulement de devancer le Premier ministre, mais d’être capable de réunir les partenaires nécessaires à une majorité. Ses divisions restent le meilleur atout de Netanyahou.
Repères

🧭 les principales forces en présence
Yachar, dirigé par l’ancien chef d’état-major Gadi Eizenkot, représente le centre.
Beyahad réunit les forces de Naftali Bennett et Yaïr Lapid, deux anciens Premiers ministres.
Israel Beitenou, dirigé par Avigdor Lieberman, incarne une droite laïque et nationaliste.
Les Démocrates, dirigés par Yaïr Golan, rassemblent la gauche sioniste issue de la fusion du parti travailliste et de Meretz.
Ra’Am, dirigé par Mansour Abbas et issu de la branche sud du mouvement islamique, privilégie la défense des intérêts des Arabes israéliens et accepte la coopération avec des partis majoritairement juifs.
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