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Israël. Suicides de soldats : Tsahal en crise

publié le 12/08/2026 par grands-reporters

Un réserviste s’est donné la mort le 31 juillet près de Beer-Sheva. Le troisième en une semaine. Troubles post-traumatiques et tentatives de suicide se multiplient au sein de l’armée israélienne

Trois morts en une semaine, dix-sept depuis le début de l’année

Le corps d’un réserviste de Tsahal a été retrouvé le 31 juillet dans une forêt près de Beer-Sheva, dans le sud d’Israël. Il s’était suicidé. Selon Haaretz, il s’agissait alors du troisième militaire en service à mourir par suicide en une semaine et du dix-septième depuis le début de 2026. Ce bilan ne compte pas les vétérans ou les réservistes démobilisés qui mettent fin à leurs jours après leur retour à la vie civile.

Cette succession de drames survient après près de trois ans d’une guerre ayant mobilisé un grand nombre de réservistes, notamment à Gaza et à la frontière libanaise. Les chiffres, incomplets et difficiles à rapporter aux effectifs mobilisés, n’établissent pas mécaniquement un lien de causalité entre chaque suicide et l’expérience du combat. Ils mettent néanmoins en lumière l’ampleur croissante des difficultés psychiques observées par les autorités militaires et sanitaires.

Tsahal a recensé 17 suicides parmi ses soldats en 2023, 21 en 2024 et 22 en 2025, selon les données communiquées par l’armée à une commission de la Knesset. En août 2025, alors que 16 cas avaient déjà été enregistrés depuis le début de l’année, le général Amir Vadmani, de la direction des ressources humaines de Tsahal, avait reconnu une hausse préoccupante.

Combattants particulièrement exposés

Le rapport du Centre de recherche et d’information de la Knesset publié en octobre 2025 apporte un éclairage plus précis. Entre janvier 2024 et juillet 2025, 279 soldats ont tenté de se suicider. Parmi ces tentatives, 33 ont été qualifiées de graves.

Les unités combattantes sont particulièrement concernées. En 2024, les combattants représentaient 78% des militaires morts par suicide. Cette proportion était comprise entre 42% et 45% entre 2017 et 2022. Le rapport de la Knesset note aussi que seuls 17% des soldats décédés par suicide entre janvier 2024 et juillet 2025 avaient vu un professionnel de santé mentale de l’armée au cours des deux mois précédents.

Peur de mourir et blessure morale

Le ministère israélien de la Défense fait état d’une hausse d’environ 40% des cas de trouble de stress post-traumatique chez les militaires depuis septembre 2023. Parmi les 22 300 soldats et personnels suivis pour blessures de guerre, près de 60% souffriraient de troubles psychiques, principalement de stress post-traumatique. Le ministère prévoit que leur nombre pourrait augmenter de 180% d’ici à 2028.

Pour les soignants, les symptômes ne se limitent pas au souvenir des combats. « La peur de mourir est la première source de traumatisme », explique à Reuters le psychologue clinicien Ronen Sidi. La seconde relève de la « blessure morale » : les conséquences psychiques de décisions prises dans l’urgence, et du sentiment d’avoir pu blesser des civils. « Vivre avec la conscience d’avoir fait du mal à des innocents est un fardeau incroyablement difficile, et irréversible », poursuit-il.

Un réserviste de 28 ans, père de trois enfants, a raconté à Reuters vivre « dans un état d’alerte permanent » après avoir servi à Gaza, au Liban et en Syrie. Il avait fini par quitter son emploi civil. « Je vis comme ça tous les jours », dit-il.

Et après…

Tsahal affirme avoir renforcé ses dispositifs de prévention : lignes d’écoute, formation des cadres et hausse du nombre de personnels de santé mentale. L’armée a également annoncé vouloir améliorer le suivi des réservistes et des soldats après leur démobilisation.

Ces mesures répondent à un problème précis : la continuité du suivi. Les suicides d’anciens militaires ne figurent pas dans les bilans de l’armée, tandis que l’accès aux soins peut être retardé par la démobilisation, le retour à l’emploi ou la réticence de certains soldats à demander de l’aide. La question n’est donc plus seulement celle des morts recensés sous l’uniforme, mais de la prise en charge des blessures psychiques qui se déclarent — ou s’aggravent — une fois le service achevé.

L’armée israélienne ne donne pas de chiffres mais on estime entre 17000 et 26000 le nombre de soldats souffrants de Syndrome Post-Traumatique.


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