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« J’ai survécu à la torture en Iran, pourtant je considère que cette guerre est illégale »

publié le 11/03/2026 par grands-reporters

Nasrin Parvaz a subi la violence du régime islamique d’Iran dans sa chair. Pour cette opposante passée par la prison d’Evin, rien ne justifie que des innocents meurent.

Dans un billet d’opinion publié par “The New Arab”, elle dénonce la guerre “illégale” menée par Israël et les États-Unis, qui menace la quête de justice et de démocratie du peuple iranien.

Depuis que l’information est connue, le bombardement de l’école de filles de Minab lors de frappes américano-israéliennes le 28 février n’a pas reçu un grand écho dans les médias occidentaux. Et ce, alors que des sources, sur place, font état de dizaines d’enfants parmi les victimes et les blessés, dans leur majorité des élèves d’école primaire [selon le New York Times, des analyses suggèrent que l’école a été touchée pendant des frappes américaines].

Quelques jours plus tard, des frappes auraient aussi eu lieu à proximité d’établissements de santé à Téhéran. Pour les Iraniens, tout cela accroît le sentiment que les civils sont devenus une cible. Simultanément, l’Iran vit un moment d’instabilité politique comme il en a rarement connu dans son histoire récente. La mort d’Ali Khamenei suscite des réactions contrastées. À l’étranger, on s’étonne sans doute de voir des Iraniens danser sous les bombes en apprenant la nouvelle de sa mort, mais je les comprends. Khamenei était le maître d’un régime construit sur l’emprisonnement, la torture, la répression et l’exécution des dissidents.

Pour un grand nombre d’Iraniens, parmi lesquels je me compte, Khamenei et ses sbires auraient dû répondre de leurs actes devant la justice, être jugés pour des décennies de crimes, de répression, d’assassinats. Loin de souhaiter le voir tué par des forces étrangères, je voulais qu’il réponde aux familles de ceux qu’il a détruits.

Des procès équitables

La mort de Khamenei n’efface pas les crimes du système qu’il dirigeait. Ces structures doivent encore être mises à bas, et leurs responsables traduits en justice lors de procès équitables.

Pour les survivants, cela n’a rien de symbolique. C’est par la justice que l’on recouvre dignité et capacité à agir. Quand le changement survient grâce à des bombes étrangères et non par la volonté du peuple, le message qui est envoyé, c’est que nous n’avons jamais été capables de façonner nous-même notre avenir.

Et rien de tout cela ne justifie que des innocents meurent dans des attaques militaires étrangères. La mort d’un homme ne justifie en rien le bombardement d’un pays, la destruction de ses infrastructures, le meurtre d’enfants. La justice ne se rend pas à coups de missiles.

L’Iran doit être gouverné par la volonté collective de son peuple, pas par la force, et pas par une personnalité choisie ou imposée par les États-Unis ou Israël. La vraie justice ne se sous-traite pas à des puissances étrangères.

J’ai survécu à l’arrestation, à la prison et à la torture en Iran, et un fait en particulier me glace. Selon certaines informations, les autorités iraniennes procèdent actuellement au transfèrement des détenus politiques de la prison d’Evin. Pour d’anciens prisonniers comme moi, c’est un signal d’alarme.

Car l’histoire nous a déjà montré ce qui se passe ensuite. Quand la guerre Iran-Irak a éclaté en 1980, des exécutions de prisonniers ont pu avoir lieu discrètement. En 1988, après la fin de cette guerre, plus de 5 000 détenus politiques ont été tués dans des exécutions de masse, après des procès sommaires. Nombre d’entre eux n’ont pas eu de sépulture identifiable. D’innombrables familles n’ont jamais connu la vérité.

Je redoute qu’une fois de plus, des prisonniers deviennent des victimes de guerre invisibles : assassinés sans témoin, sans justice, pendant que le monde regarde ailleurs.

Les mensonges de gouvernements occidentaux

Les gouvernements occidentaux clament souvent que les interventions militaires apportent la liberté. Les peuples du Moyen-Orient sont bien placés pour savoir que c’est faux. Nous avons vu ce que la guerre avait fait en Irak, en Afghanistan. Nous savons que les régimes autoritaires instrumentalisent ces guerres pour en faire des prétextes à la répression, et que l’autodétermination des peuples fait rarement partie des préoccupations des puissances étrangères.

L’Iran n’a pas besoin d’un dirigeant désigné par Washington ou Tel-Aviv. Il n’a pas besoin d’hommes forts en exil ou de factions armées imposées comme des “alternatives”. L’Iran a besoin d’un avenir politique défini par son propre peuple, sans bombes qui planent au-dessus de sa tête, sans prisons qui se remplissent.

Voilà des années que les Iraniens vivent sous la menace constante de la guerre. L’année dernière, la menace s’est concrétisée. Aujourd’hui, des civils meurent sans avoir eu leur mot à dire.

Arrêter cette guerre

L’accès Internet est de nouveau très restreint, et les familles, dans le pays et à l’extérieur, ont les plus grandes difficultés à contacter leurs proches, à savoir s’ils sont vivants, s’ils ont été arrêtés, s’ils ont disparu. La peur est attisée par le souvenir d’autres atrocités, comme quand début janvier le régime a brutalement écrasé les manifestations et tué sans doute des dizaines de milliers de personnes qui ne faisaient que demander du pain et la liberté.

La vie est suspendue, tous les foyers paralysés par l’incertitude.

Cette guerre doit cesser. Si les Iraniens n’ont pas tellement le pouvoir de le faire, les peuples d’autres pays, comme le Royaume-Uni, l’ont un peu plus. Ces guerres sont menées en votre nom, avec vos impôts, par des gouvernements qui disent vous représenter. Manifester compte. Faire pression compte. Ne rien dire, c’est consentir.

Cette guerre illégale ne menace pas seulement ceux qui sont en première ligne au Moyen-Orient. Tout acte d’agression déstabilise toute la région, alimente d’interminables cycles de violences et sape notre sécurité à tous. Arrêter cette guerre, c’est protéger des vies partout, et pas seulement en Iran.

Par Nasrin Parvaz

Article de The New Arab et traduit de l’anglais et republié dans Courrier International


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