Jean-Paul Mari présente :
Le site d'un amoureuxdu grand-reportage

Jérusalem : vague de violences des juifs orthodoxes

publié le 18/05/2026 par Jean Claude Djian

À Jérusalem, Renée Gutmann voit les fractures religieuses se durcir. Après l’agression d’une religieuse dominicaine française, elle raconte une société où les violences ne relèvent plus du simple accident, mais d’un climat

Photo : Agression d’une religieuse française par un juif orthodoxe- D.R

Renée, militante pour la paix en Israël. Franco-Israélienne installée en Israël depuis cinquante ans, ce guide de la Ville sainte milite auprès d’ONG qui défend les minorités juives, chrétiennes et musulmanes.

La multiplication des incidents

« Un jour, par hasard, je me trouvais dans la vieille ville de Jérusalem. Je suis passé devant un des couvents sur la Via Dolorosa, et il y avait devant moi un groupe de jeunes d’une yeshiva de 14 à 15 ans. En passant devant le couvent, chacun crachait. Comme si de rien n’était. »

Pour Renée Gutmann, l’épisode n’est pas isolé. Il dit la banalisation des humiliations contre les chrétiens, les musulmans et, plus largement, contre toute présence jugée différente dans Jérusalem. L’image de la ville s’en trouve abîmée, et ces gestes, répétés, finissent par installer un climat de peur.

« On n’a pas d’avenir »

« Depuis le début de la guerre, il y a plus de 200 000 Israéliens qui sont partis. Une partie de la jeunesse se dit : « Ça suffit, on n’a pas d’avenir. » Ils ne veulent pas vivre dans une théocratie dictatoriale. Si, par malheur, cette coalition repassait, c’en serait fini de la démocratie. »

Cette lassitude, elle l’entend aussi dans les rues de Jérusalem, où la colère contre le gouvernement de Benyamin Netanyahou grandit. Renée Gutmann dit manifester chaque semaine et ne plus comprendre comment une partie de la société continue à soutenir un pouvoir qu’elle juge responsable des divisions du pays.

Renée Gutmann

« Le déni »

« Yeshayahou Leibowitz, grand penseur israélien, disait en 1967, juste après la guerre des Six Jours : « Il faut rendre les territoires maintenant, sinon ils vont corrompre le moral et la démocratie israéliennes. » Aujourd’hui, on tue pour garder ces territoires. Les gens de droite ne veulent pas voir cela. Ils disent : « Ce n’est pas vrai. » Ils sont dans le déni et s’inventent des histoires. »

Une promesse trahie

En ce mois de mai 2026, Israël vient de marquer le 78e anniversaire de sa création,
proclamée le 14 mai 1948. Ceux qui ont rêvé de cette terre, de Theodor Herzl à David
Ben Gourion, portaient l’idée d’un pays fraternel socialiste, n’auraient pas imaginé une
telle dérive à Jérusalem. La capitale des trois religions monothéistes est devenue un lieu
où la violence de certains empêche les autres d’exister pleinement.

Renée Gutmann a pour leitmotiv « Tikoun », la réparation. Elle espère un réveil du pays,
un retour à une politique qui remettrait la paix au centre, à l’image de l’époque d’Yitzhak
Rabin, avant son assassinat. Son engagement tient à cette conviction : rien n’est
définitivement perdu.

A VOIR

Vidéo montrant des juifs haredim orthodoxes crachant au passage d’un groupe de pèlerins sortant avec la croix vers la rue de la porte des Lions à Jérusalem.


Tous droits réservés "grands-reporters.com"