Jimmy Lai et Narges Mohammadi, deux condamnations arbitraires en toute impunité
Deux voix pour la démocratie, deux peines pour l’exemple. À Hong Kong comme en Iran, l’arbitraire frappe, le monde proteste, mais ne fait rien
Le patron de presse hongkongais Jimmy Lai, et la prix Nobel de la paix iranienne Narges Mohammadi, sont victimes de l’arbitraire dans leurs pays respectifs pour avoir réclamé la démocratie. Le reste du monde condamne, mais ne fait pas grand-chose, ou n’a pas les moyens d’agir, ce qui revient au même
Jimmy Lai, 78 ans, patron de presse hongkongais, condamné hier à 20 ans de prison pour « subversion » – une condamnation à mourir en prison a commenté son fils exilé Sebastian.
Narges Mohammadi, 53 ans, prix Nobel de la paix en 2023, activiste iranienne emprisonnée, condamnée samedi à sept années de prison supplémentaires, soit un total de 20 ans d’emprisonnement.
Le point commun entre Jimmy Lai et Narges Mohammadi ? Ils réclament tous les deux la démocratie dans leurs pays respectifs, et sont victimes de l’arbitraire. L’autre point commun, c’est que le reste du monde condamne, mais ne fait pas grand-chose, ou n’a pas les moyens d’agir, ce qui revient au même.
Ils sont les visages d’un monde dans lequel, comme le relevait dernièrement l’ONG Human Rights Watch, les droits humains sont de moins en moins pris en compte dans les relations internationales ; le droit est en recul partout, laissant libre cours aux abus et à l’impunité. Ces deux personnalités jouissent d’une notoriété internationale importante, mais cela n’a pas empêché l’arbitraire de s’abattre sur elles.
Jimmy Lai était, avant son arrestation il y a cinq ans, un milliardaire hongkongais, mais un tycoon -comme on dit là-bas- pas comme les autres : il s’était engagé en faveur de la démocratie avec son journal, Apple daily, lorsqu’il est apparu que Pékin ne respectait pas le pacte d’autonomie vis-à-vis de l’ancienne colonie britannique revenue à la Chine en 1997.
Son journal a été fermé, ses principaux cadres emprisonnés, et lui-même est apparu enchaîné lors de son arrestation. La veille, il avait donné une interview à la BBC, dans le salon de sa luxueuse résidence, sachant pertinement qu’il risquait d’être arrêté à tout instant.
L’ancienne puissance coloniale britannique, les États-Unis, l’Union européenne, ont plaidé en faveur de sa libération, en vain. Pékin a fait de Jimmy Lai un exemple de son autorité absolue sur Hong Kong. Reste à voir si Xi Jinping fera un geste en sa faveur avant la visite de Donald Trump en avril. Mais sa libération serait tout aussi arbitraire que sa condamnation : le fait du prince.
Narges Mohammadi paye elle aussi le rétablissement de l’ordre au prix fort, après la pire répression de l’histoire iranienne, faisant des dizaines de milliers de morts. Hier encore, on apprenait l’arrestation de personnalités réformistes, signe d’une répression qui s’étend.
Là encore, l’Iran négocie avec Donald Trump, mais les droits humains constituent une variable d’ajustement : ni le président américain, ni évidemment les geôliers de Narges Mohammadi, n’y attachent une grande importance.
Le monde est-il impuissant ou a-t-il renoncé à faire respecter les droits autrefois portés aux nues ? La réalité est celle d’un monde où les violations du droit sont de plus en plus généralisées, sur les théâtres de conflit, comme au Proche Orient, ou dans les États qui ne cherchent même plus à sauver les apparences.
La Chine ou l’Iran font de la condamnation à de lourdes peines de ceux qui défient l’autorité des pouvoirs en place, des exemples pour dissuader toute contestation démocratique. Jimmy Lai et Narges Mohammadi : au moins ne laissons pas leurs noms disparaître.
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