Kennedy, le ministre de la santé toxique
Anti-vaccin et complotiste, soutenu par Trump, Robert Francis Kennedy Jr , licencie à tour de bras et se déchaine contre les chercheurs
Même sa famille demande sa démission
Ça barde dans la famille. Les descendants du prestigieux 35e président des États-Unis, John Fitzgerald Kennedy, assassiné le 22 novembre 1963, ont décidé de renier l’un d’entre eux qui salit le nom prestigieux d’une dynastie démocrate, dont deux représentants ont payé de leur vie le service de leur pays : JFK déjà cité et son frère Robert, alors candidat à la magistrature suprême, abattu lors de sa campagne.
Et aujourd’hui, c’est Robert Francis Kennedy Jr., fils du précédent et neveu du président, que le reste de la famille rejette. Des membres du clan réclament la démission de celui qui est devenu secrétaire à la Santé de Donald Trump. Une audition très controversée de ce membre du gouvernement républicain, interrogé pour sa gestion tumultueuse des agences fédérales de santé des États-Unis, a provoqué des réactions indignées de la communauté scientifique.
La dynastie Kennedy déchirée
Sa sœur Kerry Kennedy et son neveu Joseph P. Kennedy III, lui-même ancien membre du Congrès, ont publié un communiqué sans ambiguïté : « Robert F. Kennedy Jr. est une menace pour les États-Unis et le bien-être de tous les Américains. Aucun d’entre nous ne sera épargné par la douleur qu’il inflige », précise la déclaration.
Il est vrai que ce trumpiste, très controversé dans les milieux médicaux, a frappé fort. Ce complotiste « anti-vax » a annulé un budget de 500 millions de dollars voté par l’administration précédente et consacré à la recherche sur le vaccin à ARN messager. Au nom de sa lutte contre la corruption des agences spécialisées, vendues selon lui à la « fausse science », il a licencié Susan Monarez, la directrice des CDC (Centers for Disease Control and Prevention), les centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies.
1 000 employés du département de la Santé réclament son départ
Selon ce médecin aux compétences indiscutables, le ministre n’aurait pas apprécié qu’elle ait refusé d’approuver « des directives non scientifiques et irresponsables ». Les démissions de grands spécialistes ont suivi en cascade.
En fait, la docteure Monarez s’opposait à la décision ministérielle de ne plus vacciner contre le Covid les femmes enceintes ou encore les enfants. Robert F. Kennedy avait décidé de remercier tout le groupe d’experts sur les vaccins du CDC et les avait remplacés par des conseillers proches, dont des militants « anti-vax ». Plus de 1 000 employés du département de la Santé des États-Unis ont réclamé la démission du ministre. Une dizaine d’anciens patrons des CDC, nommés par des administrations démocrates ou républicaines, l’ont accusé de faire peser une menace sans précédent sur la santé publique aux États-Unis
La crainte d’une épidémie….
Dans le New York Times, il est écrit que « M. Kennedy avait licencié des milliers de professionnels fédéraux de la santé et considérablement affaibli les programmes destinés à protéger les Américains contre le cancer, les crises cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux… »
Face à la plus grande épidémie de rougeole qu’ait connue son pays depuis une génération, le ministre a prôné des traitements non éprouvés et minimisé l’importance des vaccins. Son attitude anti-science inquiète aussi les voisins des États-Unis et au-delà. Des pays craignent qu’une épidémie non jugulée en Amérique atteigne aussi leur territoire. Mais comment faire entendre raison à celui qui explique qu’il ne faut pas faire confiance aux experts, car…« ce n’est pas une caractéristique de la science ni de la démocratie » ?
« Monsieur, vous êtes un charlatan ! »
Seul Donald Trump continue de soutenir son ministre de la Santé. Il est vrai que le président a toujours préféré chez ses collaborateurs la soumission à la compétence. Or son responsable de la santé est aussi le leader du mouvement « Make America Healthy Again » (MAHA), déclinaison du slogan MAGA. Mais il n’est pas du tout sûr que Robert F. Kennedy œuvre en faveur de la bonne santé de ses concitoyens. D’ailleurs, les sénateurs qui l’ont entendu en commission la semaine dernière ne s’y sont pas trompés. Ils ont accusé le ministre de leur avoir menti sous serment lors de son passage devant le comité chargé de certifier sa nomination en février.
Il avait alors promis de respecter la science et de ne pas empêcher l’accès aux vaccins des Américains. Bill Cassidy, sénateur républicain de Louisiane qui avait voté pour sa nomination, a asséné : « Dans les faits, nous refusons maintenant la vaccination. » Quant à l’élue démocrate de l’État de Washington, Maria Cantwell, elle lui a lancé : « Monsieur, vous êtes un charlatan ! » Mais dans un pays où la science est devenue suspecte, il est bien normal que le charlatanisme soit encensé.
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