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« Kessel: le nomade éternel. »

publié le 22/12/2006 | par Olivier Weber

Grand reporter au « Point » et écrivain voyageur, Olivier Weber rend
hommage à son illustre prédécesseur dans une très belle biographie
illustrée :  » Joseph Kessel, le nomade éternel  » (Flammarion, 192 pages,
2006).


Olivier Weber, sur les traces de Kessel…

Sur la porte d’entrée de son bureau de la rédaction du/Point,
l’inscription  » La planète Weber « , sous la forme d’une coupure de
presse découpée, indique que l’on va pénétrer dans l’univers du grand
reporter français.
 » C’est une plaisanterie de mes confrères de la rédaction, n’y faites
pas attention « , confie-t-il comme pour mieux rassurer son
interlocuteur. Sur le rebord de la fenêtre trônent deux petites
reproductions  » Un thé en Chine  » et  » Le Lotus bleu  » des aventures de
Tintin, le héros éponyme de Hergé? Un signe qui ne trompe pas tant la  »
planète Weber  » est marquée par les grands reportages, le goût pour
l’aventure, la soif de connaissances et les voyages dans l’inconnu, à
l’image de son mentor et  » grand frère  » Joseph Kessel.

Depuis qu’il s’est lancé dans l’aventure journalistique, à la suite d’un
voyage en Californie sur les traces de Jack London, il ne cesse de
parcourir le monde, en long et en large, pour relater les événements,
petits ou grands, et témoigner des convulsions de la planète. Reporter
aguerri, récompensé par des distinctions prestigieuses, comme les prix
Albert Londres et Joseph Kessel, il a couvert de nombreux conflits aux
quatre coins du monde, en Erythrée, au Kurdistan, au Cambodge, en
Afghanistan ou encore plus récemment en Irak. Derrière cette frénésie de
reportages, il y a le désir de raconter, avec émotion et vérité, au plus
près du terrain, les pays en trouble, les zones grises et les pouvoirs
morcelés. Dans ces pays dévastés par la guerre, le reporter français
traque la furie des hommes, leur part d’ombre et de mystère, et ce qu’il
leur reste d’humanité au milieu de la tragédie.  » Il n’y a plus de
terres vierges à explorer aujourd’hui. La vraie richesse du monde se
trouve au cœur des hommes « , précise-t-il sur le ton de la confidence.
Des hommes à l’étoffe de héros ordinaire ou de personnages de roman, il
en a justement croisé plus d’un au cours de ses nombreux déplacements à
l’étranger. A l’image du docteur Salem, un médecin pakistanais au grand
c?ur qui consacre sa vie à sauver les drogués de Karachi de l’enfer de
l’opium. Autre personnage de roman, croisé au hasard de l’une de ses
enquêtes de terrain au cœur d’une région afghane de trafiquants d’opium
et d’héroïne, un mollah planteurs d’opium et trafiquant de drogue… / »
Habillé en Afghan, j’ai retrouvé au Badakhshan, au nord-est de
l’Afghanistan, l’atmosphère des  » Cavaliers  » de Kessel « /, précise-t-il
en se plongeant dans ses souvenirs. C’est probablement dans ces moments
là que l’univers d’Olivier Weber rejoint celui de Joseph Kessel, un
univers marqué par des cavalcades effrénés sur des terrains inconnus, de
rencontres humaines inédites, de risques permanents et de sauts dans
l’inconnu…

 » Joseph Kessel était l’ami des pirates, le défenseur des esclaves, le
confesseur des truands. Il se rêva longtemps en bandit. Il demeure
aujourd’hui encore un frère parmi les hommes, un rebelle et un voyageur
permanent. C’est ce que j’ai essayé de montrer dans mon livre « , confie
celui qui préside aujourd’hui le prix Joseph Kessel.

Pour ceux qui ne connaîtrait pas encore l’illustre académicien et grand
bourlingueur à la crinière blanche, cette nouvelle biographie, mêlant
tranches de vie et vieilles photos en noir et blanc, est un bel hommage
au mythique reporter. Olivier Weber nous entraîne dans le sillage de
Kessel et nous fait découvrir les paysages et les voyages qui ont marqué
la vie de l’immense écrivain. De Mogok, la cité légendaire du rubis  »
cœur de pigeon  » au nord de la Birmanie à Sanaa, la capitale yéménite de
l’Arabie heureuse, en passant par Jérusalem, la Palestine et bien sûr
l’Afghanistan, il nous invite à parcourir le XXème siècle à travers le
regard de ce grand chroniqueur du monde. / » Raconter Joseph Kessel,
c’est raconter une grande partie du XXème siècle, avec plusieurs vies
« , explique le grand reporter du Point, avant d’ajouter aussitôt :  »
Kessel est un géant parmi les hommes. Il a traversé le siècle comme un
homme pressé. A travers ses romans et ses récits de voyage se dessine
une fresque de l’humanité en troubles, plongée dans les convulsions d’un
siècle violent « /.

 » Joseph Kessel, un nomade éternel  » ressemble à un roman, à l’image
de la vie de Kessel, marquée par une énergie romanesque, un souffle
épique et un esprit rebelle. La couverture du livre, où l’on voit le
grand écrivain français, avec sa grande crinière blanche et son visage
au sourire presque angélique, aux côtés de cavaliers afghans, résume à
elle toute seule une existence bien remplie?

Écrivain voyageur parmi les plus talentueux de son époque, Kessel
incarne encore aujourd’hui pour des générations de journalistes et
écrivains voyageurs la tradition du grande reportage, aux confins des
hommes et de pays lointains. C’est cet héritage qu’Olivier Weber
s’attache à faire vivre à travers l’organisation du prix Joseph Kessel,
qui récompense des enquêtes de la trempe de l’écrivain voyageur
français. A travers ses écrits et ses reportages, il apparaît comme un
digne héritier de Kessel. Passionné par la littérature des voyages, le
grand reporter du Point planche actuellement sur un nouveau roman,
mêlant récit d’aventure et expériences de voyage, tout en s’occupant
d’une nouvelle collection  » Écrivain Voyageur  » pour un éditeur parisien?

Julien Nessi

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