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Kiev, l’arme du froid contre la population civile

publié le 21/01/2026 par grands-reporters

À Kiev, le froid pousse des dizaines de milliers d’habitants à fuir. Après les frappes russes sur le réseau énergétique, des quartiers entiers se retrouvent sans chauffage ni eau à –20 °C.

Phto: des adolescents passent devant des tentes installées à Kiev pour permettre aux habitants privés de courant et de chauffage de se réchauffer et de charger leurs appareils, le 11 janvier 2026 – Tetiana DZHAFAROVA – Kiev (AFP)

Une capitale replongée dans le gel

Kiev, capitale frappée, Kiev souffre. Depuis début janvier 2026, une série d’attaques massives russes contre le réseau électrique et les infrastructures énergétiques a plongé une bonne partie de la ville dans le froid et l’obscurité au cœur de l’hiver le plus rigoureux depuis le début de la guerre en 2022. Les températures descendent régulièrement en dessous de –15 °C, jusqu’à –20 °C en extérieur, tandis que dans les appartements privés d’électricité et de chauffage, il fait rarement plus de quelques degrés.

La nuit du 20 janvier : 5 600 bâtiments sans chauffage

Le mardi 20 janvier, la capitale a de nouveau été la cible d’une vaste offensive aérienne russe qui a endommagé des immeubles résidentiels et laissé sans chauffage plus de 5 600 bâtiments, privant des centaines de milliers d’habitants de chaleur, d’eau et parfois d’électricité. Une femme a été blessée dans ces frappes, selon les autorités locales.

Klitschko : « quitter temporairement Kiev »

Le maire Vitali Klitschko a fait un constat sans détour : « Des dizaines de milliers d’habitants ont déjà quitté la ville ces dernières semaines », appelant ceux qui le peuvent à « quitter temporairement Kiev » face à l’aggravation de la crise énergétique et du froid extrême. Selon ses chiffres, environ 600 000 personnes ont déjà fui la capitale depuis la mi-janvier, cherchant refuge dans l’ouest de l’Ukraine ou à l’étranger.

Fuir l’hiver, subir une stratégie

Ce départ massif n’est pas un simple exode saisonnier, mais la conséquence directe de la destruction du réseau de chauffage civil, pointé comme une stratégie russe pour affaiblir la résistance ukrainienne en période froide. Depuis plusieurs semaines, des coupures d’électricité prolongées alternent avec des rétablissements temporaires, forçant les familles à vivre au rythme des générateurs, des poêles à gaz ou des centres d’accueil chauffés appelés « points d’invincibilité », ouverts dans divers quartiers pour fournir chaleur, eau chaude, recharges de téléphones et repas chauds.

Le bricolage pour survivre

La vie quotidienne est devenue un défi permanent. Certains habitants hibernent dans une seule pièce chauffée par intermittence, chargent des batteries lors des rares périodes où l’électricité revient, ou partagent des générateurs avec leurs voisins. D’autres, notamment des personnes âgées, des familles avec des enfants ou des malades dépendants de dispositifs électriques, ont décidé de quitter Kiev, incapables de survivre durablement dans ces conditions.

Rester ou partir : le choix impossible

Pour ceux qui restent, le choix est brutal : affronter des nuits glaciales, dans des appartements où les radiateurs sont froids, ou perdre leurs repères et leurs réseaux sociaux en partant vers l’inconnu. Certains habitants résistent, affirmant qu’ils préfèrent affronter le froid plutôt que d’abandonner leur ville, leur maison, leurs proches. D’autres n’ont tout simplement plus les moyens logistiques ou financiers de fuir.

Une réponse internationale insuffisante

La communauté internationale observe la situation avec inquiétude. Des agences humanitaires alertent sur les risques sanitaires liés aux coupures prolongées de chauffage et d’eau, et soulignent que la réponse aux besoins en hiver reste largement insuffisante en raison d’un financement limité.

Les territoires du froid

Quatre ans après le début de l’« opération militaire » russe, la guerre en Ukraine prend une forme nouvelle avec la territorialisation du froid : le climat hivernal s’ajoute aux bombardements pour contraindre la population civile à un choix impossible entre fuite et survie.


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