La Chine est-elle déjà la première puissance mondiale ?
Malgré les vantardises de Donald Trump, la République populaire rattrape ou devance les États-Unis dans bien des domaines
Donald Trump est content de lui-même. Rien de bien nouveau. Il estime, après sa tournée asiatique, avoir réussi un accord extrêmement profitable avec la Chine. Il est vrai que Xi Jinping a accepté de repousser d’un an le blocage de l’exportation des terres rares, qui handicape la high-tech américaine, mais aussi l’automobile, l’armement ou encore les smartphones. Il a aussi promis d’importer de nouveau du soja, au grand soulagement des agriculteurs américains. De son côté, le président américain a diminué les droits de douane sur les importations chinoises, passés de 57 % à 47 %, alors qu’il menaçait de les augmenter à 100 %.
Terres rares
Il semble bien que la Chine, qui a tout son temps, soit en position de force.
Pour 51 minéraux importants pour l’industrie, les États-Unis dépendent à 50 % des importations. Et selon le United States Geological Survey, la Chine est le premier fournisseur de 17 d’entre eux et figure parmi les trois premiers pour les 24 autres.
Donc, Pékin temporise, mais c’est elle qui a les bonnes cartes en matière de terres rares. Washington est coincé. Plus généralement, le pouvoir chinois considère que les États-Unis ont entamé leur déclin. Donald Trump n’est pour eux qu’une péripétie. Car la République populaire de Chine a déjà rattrapé, sinon dépassé, dans bien des domaines, l’Amérique.
Pékin, la force tranquille du XXIe siècle
Dans une longue étude très documentée, la revue Le Grand Continent, éditée par le Groupe d’études géopolitiques — un think tank fondé en 2017 par des élèves de l’École normale supérieure —, analyse avec précision le rapport de force économique, commercial et technologique entre les deux pays. Le constat qu’elle livre est accablant pour les États-Unis. Dans les technologies critiques, Pékin a pris de l’avance, surtout dans les applications militaires. Selon un rapport de l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI), la Chine domine la recherche scientifique mondiale dans 57 technologies sur 64 identifiées comme critiques par cette institution.
La recherche, moteur de la puissance chinoise
Ce sont le nombre et la qualité des publications scientifiques qui servent de mesure aux avancées des uns et des autres. En 2024, les chercheurs chinois travaillant sur l’intelligence artificielle ont fourni 24 000 publications de travaux universitaires, contre 19 000 pour les Américains et les Européens ensemble. Ce n’est qu’un exemple parmi bien d’autres. En matière de recherche sur les revêtements (ce qui concerne la furtivité des équipements militaires), les Chinois ont produit 62,5 % des publications sur le sujet. Pour la communication sous-marine sans fil, ils en ont fourni 51,5 % ; pour le moteur d’avion de pointe, 63,1 %.
À ces progrès qualitatifs dans la recherche s’ajoutent des développements quantitatifs dans la production. La Chine a considérablement investi dans son armement.
Puissance militaire : la course au large
La marine chinoise compte désormais environ 370 navires et sous-marins, contre 292 pour les États-Unis (chiffres corrigés selon le Pentagon’s China Military Report 2024). Bien sûr, la marine américaine bénéficie encore d’une avance technologique, mais pour combien de temps ? Même progression spectaculaire pour l’armée de terre et l’aviation.
Son arsenal atomique s’est lui aussi renforcé. Le rythme de progression du nombre de têtes nucléaires laisse supposer que l’armée chinoise pourrait faire jeu égal avec l’armée américaine au cours de la prochaine décennie. Et si les Américains s’opposaient aujourd’hui aux forces armées chinoises en cas d’invasion de Taïwan, les simulations de conflit ne donnent pas forcément les États-Unis gagnants.
Industrie et robotisation : la fabrique du futur
La Chine avance décidément très vite. La robotisation de ses usines est la plus rapide du monde. En 2024, 295 000 robots ont été installés dans les usines chinoises — quatre fois plus que dans l’Union européenne et neuf fois plus qu’aux États-Unis. D’ici 2030, la Chine représentera 45 % de la capacité industrielle mondiale.
Mais surtout, elle joue un rôle majeur pour la production de certaines firmes américaines : 1 456 des 2 000 principaux fournisseurs d’Apple ont leurs usines en Chine. L’industrie manufacturière pèse 28 % du PIB chinois, contre 10 % pour les États-Unis.
Énergie et climat : l’avance verte de Pékin
En matière de transition écologique, les Chinois n’ont aucune peine à devancer les Américains, dirigés par une administration climatosceptique. En mai 2025, Pékin a installé 100 nouveaux panneaux solaires par seconde — un chiffre impressionnant, équivalent à la capacité solaire totale des États-Unis. Résultat : au premier semestre, la Chine a diminué de 1 % ses émissions de CO₂.
Jusqu’à l’espérance de vie chinoise, qui a dépassé celle des États-Unis : 78,20 ans contre 77,43.
Des fragilités persistantes
Bien sûr, la Chine a ses faiblesses : une démographie déclinante, un chômage des jeunes élevé, et une crise immobilière chronique. Mais ses dirigeants sont animés d’une volonté de puissance tranquille, loin des vantardises trumpiennes, mais autrement plus efficaces. Au rythme où elle avance, elle pourrait être la première puissance mondiale avant 2049, devançant la promesse faite par le Parti communiste chinois pour le centième anniversaire de la République populaire.
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