La Chine s’en prend à la nouvelle première ministre japonaise, « sorcière diabolique »
Pour avoir dit qu’une attaque chinoise contre Taiwan serait une « menace existentielle » pour Tokyo, la première ministre japonaise Sanae Takaichi fait l’objet d’une violence campagne hostile en Chine
La question de Taiwan reste explosive, surtout avec les ambiguïtés de Donald Trump.
Il ne faut jamais très longtemps pour que les différends entre la Chine et le Japon prennent le chemin de l’escalade, avec insultes et tensions politiques. Un consul chinois parle de « couper le cou » de la première ministre japonaise, tandis qu’un éditorialiste chinois la traite de « sorcière diabolique ». Le ministère chinois des Affaires étrangères se montre à peine plus diplomatique.
Les vieilles braises ravivées
C’est une déclaration vendredi dernier au Parlement de la nouvelle cheffe du gouvernement nippon, Sanae Takaichi, une « dame de fer » assumée, qui a rallumé de vieilles braises jamais éteintes. Elle a estimé qu’une invasion chinoise de Taiwan pourrait être considérée par le Japon comme une « menace existentielle », et appellerait une réponse militaire. Jamais un dirigeant japonais n’avait été aussi loin en évoquant une implication militaire japonaise.
Le contexte géopolitique de la crise
Pour Pékin, qui considère le sort de Taiwan comme une « affaire intérieure » chinoise, cette déclaration constitue rien de moins qu’une ingérence dans les affaires chinoises. Chaque jour, depuis le propos hérétique, Pékin hausse le ton contre son ancien ennemi de la Seconde guerre mondiale, au risque d’attiser le nationalisme déjà présent chez les jeunes.
La question de Taiwan n’est pas nouvelle, mais c’est le contexte qui l’est. Les dirigeants de l’île revendiquée par Pékin sont de plus en plus méfiants face au comportement de Donald Trump. Le président américain a supprimé des ventes d’armes à Taiwan, même s’il vient de donner son feu vert à un plus petit contrat – et il est revenu à une ambiguïté stratégique sur la position américaine, là où Joe Biden avait affiché un soutien plus franc. Ils redoutent que Trump ne les lâche dans un « deal » global avec Pékin si la possibilité se présentait.
En haussant le ton de manière inédite, la nouvelle première ministre veut montrer à Pékin que les ambiguïtés américaines ne doivent pas être interprétées comme un feu vert à des pressions accrues sur Taiwan.
Les implications et l’avenir des tensions
Le Japon a colonisé l’ancienne Formose pendant plus d’un demi-siècle, et a conservé de bonnes relations avec elle. A Taipei, il y a déjà plusieurs années, des responsables m’avaient parlé d’une protection japonaise en cas de défaillance américaine.
Les dirigeants taiwanais diversifient d’ailleurs les contacts : la vice-présidente taiwanaise, Hsiao Bi-khim, a pour la première fois été autorisée à s’adresser à des élus au Parlement européen à Bruxelles, un geste dénoncé à Pékin.
A Tokyo, on cherche à calmer le jeu en rappelant l’inexpérience de la nouvelle première ministre, qui n’a pris ses fonctions que le mois dernier. Il est clair pourtant que sa déclaration correspond à sa vision politique.
Une crise qui laissera des traces
Elle intervient à un moment de recomposition des rapports de force dans le monde, et singulièrement en Asie de l’Est, à l’ombre du géant chinois. Le Japon est le seul à pouvoir contester dans cette zone les revendications hégémoniques chinoises en cas de faiblesse américaine.
Si la question de Taiwan a été quelque peu occultée ces dernières années par les guerres d’Ukraine ou du Proche Orient, elle n’en reste pas moins l’un des foyers de crise de la planète. L’option militaire n’est pas la seule pour Pékin, pour parvenir à une réunification sur le modèle de Hong Kong ou de Macao, mais les dirigeants chinois ne l’ont jamais exclue.
Mme Takaichi a peut-être dit ce qu’une première ministre japonaise ne devrait pas dire ; elle a au moins le mérite de rappeler à Pékin, et au reste du monde, le potentiel explosif de tout recours à la force à Taiwan.
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