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Séisme politique en Allemagne

publié le 07/09/2026 par Pierre Haski

Le parti d’extrême droite allemand AFD arrive largement en tête, avec plus de 44% des voix, aux élections régionales dans le Land de Saxe-Anhalt. Une onde de choc nationale et européenne.


Le Land de Saxe-Anhalt a beau être l’un des plus petits d’Allemagne avec 2 millions d’habitants, la victoire remportée hier par l’AFD, le parti d’extrême droite, est historique. Et elle crée un séisme politique qui va bien au-delà de ce territoire situé dans l’ex-Allemagne de l’Est.

Les chiffres sont sans appel : avec une participation record, l’AFD double son score par rapport au scrutin précédent de 2021, avec 44% des voix. Le suivant, c’est la CDU du Chancelier Friedrich Merz qui est loin derrière à 17,4% seulement. En fait, la croissance de l’AFD est très largement un transfert de la CDU vers l’extrême droite. Les autres partis connaissent des fluctuations bien plus limitées. Faute de majorité et sans alliés, l’AFD ne sera sans doute pas en mesure de gouverner le Land, mais l’ampleur de la victoire est un événement majeur.

Alors pourquoi cette poussée d’extrême droite ?
C’est la plus forte dans un scrutin allemand depuis la défaite du nazisme en 1945. C’est le travail d’introspection auquel va devoir se livrer la classe politique, d’autant qu’un second scrutin est prévu le 20 septembre dans un autre Land de l’Est, le Mecklenbourg-Poméranie occidentale, où l’AFD est aussi donnée en tête.
À l’origine, on a pu croire que l’AFD, née en 2013, était un phénomène est-allemand, dû à la fois au fait que les habitants de l’ex-RDA se vivaient comme des citoyens de seconde catégorie ; et au décalage entre les deux Allemagnes qui n’ont pas fait le même travail historique vis-à-vis du nazisme. Cette double explication n’est pas fausse, la Saxe-Anhalt a par exemple plus de chômeurs que la moyenne nationale, et a le deuxième taux de pauvreté le plus élevé du pays.

Mais elle ne suffit plus. L’AFD atteint les 20% à l’échelle nationale, et dispose d’un groupe parlementaire conséquent au Bundestag. Ce n’est plus une force politique régionale, et son appétit est désormais national.
En fait, le moteur du vote AFD emprunte beaucoup à l’extrême droite ailleurs en Europe : rejet des élites politiques qui se sont succédé au pouvoir ; adhésion au discours qui fait de l’immigration le bouc émissaire de tous les maux de la société – l’AFD va un peu plus loin que d’autres en étant ouvertement pour la « remigration », c’est-à-dire le renvoi d’Allemagne des immigrés, y compris les descendants nés dans le pays. Et enfin, un fort tropisme pro-russe, renforcé ici par l’« Ostalgie », cette nostalgie des temps anciens de la RDA, oubliant la police politique, la Stasi, et la domination soviétique.


Ce séisme va secouer la classe politique
À commencer par le Chancelier Merz, déjà passablement impopulaire. Il y avait déjà des rumeurs de remplacement à la tête de la CDU, en pleine législature, un désaveu majeur. Une partie du désarroi politique dépasse les personnalités car l’Allemagne vit le traumatisme d’un effondrement de son modèle, symbolisé par les licenciements massifs chez Volkswagen en ce moment.
L’Allemagne se pose les mêmes questions que tous les pays d’Europe où l’extrême droite fait des scores élevés, y compris la France ; et elle ne trouve pas les bonnes réponses. La crédibilité de l’ancienne classe politique est mise en cause, l’AFD comme ses homologues ailleurs, profite de ce discrédit, malgré, ou grâce, à la radicalité de son programme.

On ne peut évidemment pas faire abstraction, s’agissant de l’Allemagne du passé et de ses fantômes, l’AFD étant particulièrement ambiguë sur le rapport au nazisme. Aucun Européen ayant le sens de l’histoire ne peut rester indifférent à une victoire de l’extrême droite dans un coin d’Allemagne, c’est comme un cauchemar qui ressurgit.