Ébola en Afrique centrale : le chaos et l’oubli
Ébola progresse au Congo et en Ouganda, entre insécurité, défaillances sanitaires et indifférence internationale
L’épidémie d’Ébola continue de progresser en Afrique centrale, dans une région où les infrastructures sont déficientes et l’insécurité chronique. Le monde devait renforcer ses moyens de détection et de soins après le COVID, mais les budgets sont en baisse, et pas seulement dans l’Amérique de Trump.`
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Début mai, l’alerte était donnée pour des cas d’hantavirus sur un navire de croisière dans l’Atlantique. La réponse mondiale fut rapide et efficace. Au même moment, une autre épidémie, cette fois d’Ébola, se déclarait au cœur de l’Afrique, dans l’Est de la République démocratique du Congo. On ne l’apprendra que le 15 mai, et la réponse sanitaire est beaucoup plus problématique.
Deux semaines plus tard, l’épidémie est toujours en croissance : un peu plus d’un millier de cas recensés, 246 morts, deux pays touchés, la RDC et l’Ouganda. Mais les chiffres ne disent pas tout. Ils ne disent pas le retard à la détection de l’épidémie, des semaines et peut-être des mois perdus ; ils ne disent pas l’absence de stocks de matériel sanitaire dans une région qui a déjà connu plusieurs flambées d’Ébola ; ils ne disent pas non plus le chaos logistique et sécuritaire dans une région qui souffre autant du mal-développement que de la présence de groupes rebelles armés.
Le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, se trouvait ce weekend à Bunia, en RDC, l’épicentre de l’épidémie, pour dire aux Congolais « vous n’êtes pas seuls dans cette épreuve ». Mais le contexte est moins positif.
Les reportages dans cette région difficile d’accès sont rares. Celui qu’a publié le « New York Times » ce weekend donne une idée des difficultés. Il décrit les cliniques des humanitaires comme Médecins sans frontières débordés, avec des patients entourés de leurs familles sans protection ; une tente abritant des cas suspects incendiée par des inconnus et les potentiels malades évanouis dans la nature ; ou encore qu’il faut quatre jours pour avoir les résultats des tests là où un meilleur équipement permettrait de les avoir immédiatement.
Declan Walsh, l’auteur de l’article, cite le Dr Alex Bogole, un médecin congolais de MSF, qui ne cache pas sa colère. Il affirme que l’épidémie sévit depuis des mois, et interroge « c’est ce qu’on peut faire de mieux ? » Il en veut aux autorités congolaises, lentes à se mobiliser – la capitale, Kinshasa, est à 3000 km de là, un autre monde ; et il en veut au reste du monde, qui ne se mobilise pas assez contre cette épidémie. Il n’existe pour l’heure ni vaccin ni traitement pour ce variant d’Ébola.
Il y a des leçons locales, et d’autres globales, à tirer de cette crise. Localement, cette nouvelle alerte sanitaire fait ressurgir toutes les failles du sous-développement chronique de la région, la corruption et la défaillance de l’État ; ce n’est pas nouveau, mais c’est dramatique en période de crise. C’est aussi l’échec des tentatives de règlement des conflits : la rivalité RDC-Rwanda fait partie de ces guerres dont Donald Trump revendique la fin, quand rien n’est réglé et cela entrave les secours.
Mais c’est aussi globalement qu’il faut regarder les problèmes en face. La fermeture de l’agence humanitaire USAID par l’administration Trump a privé les ONG d’une partie de leurs moyens, et l’OMS de son premier contributeur. L’action humanitaire n’est pas qu’une question d’argent, mais ça reste le nerf de la guerre contre la pauvreté et les épidémies.
Après le COVID, le monde était censé améliorer ses moyens d’alerte et de soins face au risque des maladies contagieuses qui sont inévitables dans la mondialisation. Or les financements sont en baisse, et pas seulement dans l’Amérique de Trump. Le monde néglige ces enjeux à ses dépens.
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