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La Russie piétine en Ukraine

publié le 23/04/2026 par grands-reporters

Pour la première fois depuis plus de deux ans, l’armée russe n’enregistre pratiquement aucun gain territorial en Ukraine. Drones, défense aérienne et guerre d’usure grippent la machine militaire de Moscou

Photo: Un soldat appartenant à l’équipage d’un obusier automoteur ukrainien 2S22 Bohdana de 155 mm du bataillon de police des forces spéciales Striletskyi de la police nationale dans la région de Zaporijia marche le long d’une tranchée à une position dans la direction de Pokrovsky, région de Donetsk, Ukraine, le 23 janvier 2026. | Photo de Dmytro Smolienko/Ukrinform/NurPhoto

Un front figé malgré les offensives

La guerre est entrée dans une phase où Moscou ne parvient plus à transformer ses offensives en avancées significatives. En mars, l’armée russe n’a gagné aucun kilomètre carré net, reculant même par endroits, selon l’analyse de données de l’Institut pour l’étude de la guerre. Sur l’ensemble du mois, les forces ukrainiennes ont au contraire repris environ 9 km², un chiffre modeste mais symbolique après des mois de pression adverse. Quatre ans après le début de l’invasion, la Russie contrôle un peu plus de 19% du territoire ukrainien, une proportion largement acquise lors des premières semaines du conflit.

À Kiev, ce coup d’arrêt est présenté comme un tournant. « Notre position sur le champ de bataille est la plus forte qu’elle ait été au cours de l’année écoulée », affirme le ministre des Affaires étrangères, Andriï Sybiga. Selon lui, la progression russe des trois premiers mois de 2026 est deux fois moindre qu’à la même période en 2025, signe d’un essoufflement de la dynamique offensive de Moscou.

Drones ukrainiens contre supériorité numérique

Face à une armée russe qui conserve l’avantage en effectifs, Kiev a misé sur une asymétrie technologique. « Nous avons minimisé l’avantage russe en effectifs grâce à l’utilisation de drones », souligne Sybiga. L’Ukraine prévoit de produire plus de 7 millions de drones en 2026, faisant de ces engins le cœur d’un nouveau modèle de combat mêlant reconnaissance, frappes de précision et unités d’assaut dédiées.

Sur la ligne de front, ces systèmes saturent le ciel, traquent les colonnes russes, détruisent véhicules et dépôts, et compliquent chaque mouvement adverse. Le ministère de la Défense ukrainien parle désormais d’unités « drone‑assaut » combinant drones aériens, robots terrestres et infanterie au sein d’un même dispositif. Cette montée en gamme technologique permet à Kiev d’user les forces russes sans engager massivement ses propres fantassins, au prix toutefois d’une dépendance croissante à l’industrie de guerre et au soutien occidental.

Une guerre d’attrition au coût prohibitif

La quasi‑absence de progrès russes en mars illustre les limites d’une stratégie d’attrition que le Kremlin pensait décisive. Chaque village conquis ces derniers mois l’a été au terme de combats coûteux, avec des pertes humaines et matérielles élevées pour un gain territorial marginal. Sur certains secteurs, les unités russes se heurtent à des défenses ukrainiennes profondément organisées, couvertes par l’artillerie et les drones, qui rendent tout mouvement lent et risqué.

Dans le même temps, l’Ukraine a renforcé sa défense aérienne. Selon Sybiga, les systèmes déployés permettent désormais d’abattre jusqu’à 90% des missiles et drones russes lors de certaines vagues d’attaques, même si ces chiffres restent difficiles à vérifier. Cette amélioration limite l’impact des campagnes de frappes massives visant les infrastructures et les villes ukrainiennes, sans les empêcher complètement.

Le récit de puissance russe mis à l’épreuve

Sur le plan politique, cette stagnation met à l’épreuve le récit de puissance affiché par Moscou. Officiellement, les objectifs – contrôle du Donbass et pression sur Kiev – demeurent inchangés. Mais le contraste entre l’ambition proclamée et un front quasi figé nourrit le sentiment d’un enlisement.

Pour Kiev, au contraire, le fait de pouvoir affirmer que la Russie piétine sert un message simple à ses partenaires : le soutien militaire produit des effets, et le temps ne joue plus uniquement pour le Kremlin. En martelant que Moscou n’avance plus, les autorités ukrainiennes cherchent autant à galvaniser leur opinion qu’à convaincre leurs alliés que chaque missile et chaque drone livré compte.


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