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L’affaire Epstein alimente les clichés qui font le lit du populisme

publié le 09/02/2026 par Pierre Haski

En exposant l’aveuglement ou le cynisme d’une partie des élites, l’affaire nourrit durablement le récit populiste du « tous pourris », bien au-delà des États-Unis

L’onde de choc des révélations de l’affaire Epstein n’en finit pas de se faire ressentir au-delà des États-Unis, tant le réseau d’influence du pédocriminel est vaste. Ces révélations interrogent sur l’ampleur et le but de ce réseau, et sur le comportement d’une certaine élite si facile à acheter.

L’onde de choc des révélations de l’affaire Epstein n’en finit pas de se faire ressentir dans des endroits inattendus. Initialement, on a suivi cette affaire de loin, en se demandant si elle pouvait nuire à Donald Trump, ou à tel membre de la famille royale britannique.

Mais les millions d’emails qui viennent d’être rendus publics aux États-Unis montrent une réalité beaucoup plus vaste : un réseau d’influence qui touche des pays et des milieux imprévus. Bien sûr, le fait de découvrir un nom sur ces emails ne signifie pas nécessairement qu’il y a eu une action illégale.

Mais l’ampleur des ramifications des connexions de Jeffrey Epstein, ses largesses financières, l’ambiguïté permanente de ses agissements, entre prédation sexuelle, influence politique, et business plus ou moins propre, interroge ; le réseau de connexions construit au fil des années par cet homme -déjà condamné pour pédocriminalité- interpelle sur l’aveuglement d’une certaine élite occidentale et au-delà. Une élite qui se révèle facile à acheter, et qui conforte tous les clichés de notre époque troublée.

La cartographie des liens personnels qu’a établis Epstein est phénoménale. Paris, Londres, Oslo, Tel Aviv, Moscou, Beyrouth… Il est parfois difficile de comprendre le fil conducteur de ce réseau qui relie la princesse héritière de Norvège, une banquière Rothschild, un baron de la politique britannique ou un ancien ministre de la Culture français.

Le lien, c’est que tous ouvrent des portes, un accès à des milieux plus vastes, qui peuvent servir à d’autres affaires, d’autres plaisirs aussi. La politique n’est jamais loin : on découvre ainsi Epstein en discussion avec le patron du Forum de Davos pour savoir si ce rassemblement de milliardaires ne pourrait pas « remplacer les Nations Unies ». Fantasme ? C’est à Davos, le mois dernier, que Donald Trump a intronisé son Conseil de la paix qui a tout d’un concurrent du Conseil de sécurité de l’ONU.

On y voit Steve Bannon, le gourou de l’extrême droite américaine, jouer les entremetteurs auprès d’Epstein pour trouver des financements pour Marine Le Pen en France, et Matteo Salvini, chef d’un des partis d’extrême-droite italiens. On ignore si cette démarche a été sollicitée par les intéressés ou suivie d’effets.

Ces éléments politiques montrent que l’affaire Epstein n’est pas que pédocriminalité et montages financiers : c’est aussi une certaine vision du monde qui enrôle des gens qui en sont pourtant éloignés.

Au-delà des destins individuels, celui de Jack Lang en France, qui a démissionné de la présidence de l’Institut du Monde Arabe ; ou du premier ministre britannique Keir Starmer, coupable de naïveté, au minimum, dans son choix de Peter Mendelson, proche d’Epstein, comme ambassadeur à Washington l’an dernier, il faut s’interroger sur l’impact politique.

Cette affaire dans sa globalité vient alimenter la petite musique du « tous pourris » qui nourrit la vague populiste ; même si, il faut le rappeler, seuls quelques individus, certes puissants pour certains, figurent dans les connexions de Jeffrey Epstein, et aucun courant politique n’y échappe, pas même les populistes.

Nos démocraties ne feront pas l’économie, une fois de plus, d’une introspection nécessaire face aux monstres qui prospèrent en leur sein. L’affaire Epstein est le révélateur d’un monde insupportable qui nous oblige à redéfinir nos valeurs et nos choix, au moment où le vent mauvais venu de Washington remet tout en question.


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