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L’Allemagne réarme à marche forcée

publié le 09/12/2025 par Régis Poulain

« L’été 2025 est sans doute le dernier été de paix en Europe », a déclaré en novembre dernier le ministre de la Défense allemand, Pistorius

Une conscription partielle qui divise le pays

L’Allemagne réarme. Le spectre de la Wehrmacht s’est dissipé face au risque de la menace russe. Et la première matière primordiale de la guerre, ce sont les hommes. Tous les garçons de 18 ans devront se soumettre à un examen médical. Pour dissuader Poutine, Berlin veut multiplier par quatre le nombre de réservistes et augmenter les soldats de l’active pour atteindre, en tout, 460 000 hommes et femmes sous les drapeaux.

Ces dernières seront exemptées du service militaire, qui demeure optionnel, sauf… si les quotas ne sont pas remplis, auquel cas un tirage au sort pourrait désigner les heureux élus.
78 % des Allemands y sont opposés, et les étudiants ont été des milliers à battre le pavé dans les grandes villes pour montrer leur mécontentement.

Un fossé béant entre dirigeants et opinion

Le divorce semble important entre le peuple allemand et ses dirigeants sur la question militaire : 59 % des citoyens refuseraient de défendre militairement leur patrie en cas de guerre. Un petit tiers seulement soutient l’idée d’un service militaire, si et seulement si ce dernier est volontaire.

La fin de la « règle d’or » budgétaire


Et pour équiper tout ce beau monde, Berlin sort de sa réserve budgétaire habituelle : fin du respect de la règle d’or de l’absence de déficit, qui a empêché le pays et l’UE d’investir dans la recherche, l’éducation, les infrastructures, la transition écologique…
Bienvenue au « mur de l’argent » : le budget de la Défense augmentera de 70 % d’ici 2029 pour atteindre 2 % du PIB, soit environ 169 milliards d’euros sur quatre ans. Ces fonds serviront à combler les lacunes gigantesques de l’armée allemande, qui a découvert en 2022 qu’elle n’avait même pas un bouton de guêtre à mettre à ses soldats.

Germany is back

La modernisation sera tous azimuts : chars, sous-marins, avions de chasse, stocks de munitions, drones… Un nouveau champ de bataille ne sera pas épargné : 35 milliards d’euros serviront au lancement et à l’entretien de satellites espions. Germany is back.
Si les véhicules terrestres devraient être produits outre-Rhin, les chiffres montrent une hausse tendancielle du complexe militaro-industriel américain : de 52 %, les importations d’armes en Europe en provenance de l’Oncle Sam sont passées à 64 % en cinq ans. Et dans le même temps, le chancelier Merz pousse à une baisse des dépenses sociales pour financer l’armée.

Une économie affaiblie : terreau du populisme

Le coup de fouet donné à l’industrie et à l’économie allemandes ne sera pas de trop : depuis 2021, le PIB stagne ou est en légère récession. Le modèle allemand de production est en crise : la concurrence chinoise taille des croupières aux entreprises automobiles, tandis que les prix de l’énergie sont les troisièmes les plus élevés pour les entreprises en Europe.
La crise énergétique provoquée par les sanctions européennes contre la Russie a paradoxalement miné l’économie européenne et renforcé les alliés de Moscou.

Une récupération par les  populistes ? Car l’expression de la colère populaire face à une crise économique majeure, un modèle de valeurs libéral qui ne fait plus rêver et l’attisage de haine xénophobe sur les réseaux sociaux se fait à travers le populisme de droite. L’AFD a dépassé la CDU dans plusieurs sondages, au point de devenir le premier parti d’Allemagne en termes d’intentions de vote.
Et si les mesures impopulaires de réarmement et de baisse des dépenses sociales amenaient au pouvoir, ou en position de faiseurs de roi, un parti ouvertement pro-russe dans la première économie européenne ? Le risque sera qu’une nouvelle fois, l’Allemagne se retrouve du mauvais côté de l’histoire


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