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L’Américain Palantir fait les frais de la quête de souveraineté numérique française

publié le 20/06/2026 par Pierre Haski

La quête de souveraineté numérique est passée par là après la décision de Washington concernant la société d’IA Anthropic

Photo: le logo de la société américaine Palantir ©AFP – Jakub Porzycki / NurPhoto / NurPhoto via AFP


Le premier ministre a annoncé que le contrat liant la DGSI française à la société américaine Palantir serait rompu et attribué à une startup française… quand elle sera prête.

C’est une annonce hautement symbolique qu’a faite hier le premier ministre Sébastien Lecornu : il a annoncé que le contrat liant la Direction générale de la Sécurité Intérieure, la DGSI, à la société américaine Palantir serait rompu et attribué à une startup française, Chapsvision. Palantir est une entreprise qui fait du traitement de données à grande échelle, très efficace, mais aussi très idéologique : son fondateur, Peter Thiel, est un libertarien qui soutient Donald Trump depuis la première heure, et son PDG Alex Karp vient de publier un « manifeste » pour le moins surprenant dans le monde de l’entreprise.

Mais il n’a pas fallu attendre longtemps pour que Palantir, mise devant le fait accompli, sorte à son tour un bref communiqué pour …contredire le premier ministre : la société américaine affirme que le contrat qui la lie à la DGSI, renouvelé en décembre pour plusieurs années, « demeure pleinement en vigueur ». En fait, les deux ont raison et ne disent pas tout. La DGSI va en effet donner le contrat de l’analyse des données à la start-up française Chapsvision, mais ses systèmes ne sont pas encore opérationnels ; et, en attendant, c’est Palantir qui assure la continuité du service.


Ce loupé de communication est très politique. La semaine dernière, l’administration Trump a interdit à la société américaine Anthropic, de fournir son système d’intelligence artificielle Fable 5 aux étrangers. Cette annonce a créé un précédent choquant qui fait prendre conscience des risques de la dépendance technologique. La notion de « souveraineté numérique » était déjà bien dans l’air du temps.


S’il est un domaine où cette question est essentielle, c’est évidemment la sécurité. Le contrat de la DGSI à Palantir a été décidé il y a dix ans, dans la foulée des attentats de Paris de 2015. Il n’y avait alors aucune solution française ou européenne équivalente. Depuis des années, l’État pousse au développement d’un « Palantir à la française », mais un responsable me confiait il y a quelques mois que ça n’était toujours pas abouti. Le premier ministre a donc fait une annonce très politique, coïncidant avec le salon de l’armement EuroSatory et avec la présence en France de Donald Trump. Il est allé plus vite que la musique, mais a voulu montrer que le gouvernement prenait le sujet au sérieux.


Les responsables de la société américaine savent depuis le début que la France cherche à les remplacer par une solution nationale ; mais récemment ils vantaient la solidité de leur relation avec la DGSI, et excluaient toute intervention de Washington dans ce contrat. Mais ça, c’était avant le précédent d’Anthropic.


Palantir souffre du profil sulfureux de ses dirigeants, trop proches du pouvoir, trop idéologiques. L’équivalent allemand de la DGSI a déjà choisi le français Chapsvision plutôt que Palantir, ce qui a dû jouer dans l’annonce de Lecornu ; le débat est vif au Royaume Uni parce que le système de santé négocie un contrat avec Palantir ; La société vient de perdre un procès avec un média en Suisse… ça fait beaucoup, mais pas sûr que ça suffise pour pousser ses dirigeants à plus de discrétion.

La question de la souveraineté numérique dépasse de beaucoup le cas de Palantir. Elle est existentielle pour une Europe qui s’est trop longtemps assoupie. Le réveil est tardif mais bien réel, à condition de s’en donner les moyens et de ne pas se contenter de faire de la com’.