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L’attaque d’Israël au Qatar : un fiasco

publié le 14/09/2025 par Marc Lefevre

L’opération israélienne visant à décapiter le Hamas au Qatar a manqué son but, provoquant des tensions avec les États-Unis et un risque d’embrasement de toute la région

Un raid manqué aux allures de désastre stratégique

Après deux jours d’incertitude, le bilan est sans appel : l’attaque aérienne israélienne du 9 septembre contre la direction du Hamas au Qatar a échoué. Le porte-parole du mouvement islamiste n’aurait pas osé clamer dès le premier jour que ses dirigeants avaient survécu si un démenti avait été possible. Pourtant, la cible principale, Khalil al-Hayya, responsable des négociations sur Gaza, reste introuvable, tout comme Khaled Mechaal, chef politique du Hamas, et Zaher Jabarin, son représentant en Cisjordanie. Seuls Osama Hamdan et Izzat al-Rishq, deux hauts responsables, ont été aperçus lors des funérailles des cinq victimes officielles de la frappe, confirmant que l’état-major du Hamas en est sorti quasi indemne.

Le Qatar prévenu de l’attaque?

Selon la chaîne israélienne 12, les avions de Tsahal ont lancé douze missiles de croisière, chacun chargé de 200 kg d’explosifs, sur un bâtiment de Doha situé à proximité d’ambassades et à quelques kilomètres seulement de la base américaine d’Al-Udeid, qui abrite 8 000 soldats. Plusieurs scénarios expliquent cet échec : soit la réunion des dirigeants du Hamas se serait tenue dans une autre aile ou à un étage différent de celui visé, soit les charges explosives étaient insuffisantes, soit les cibles ont été prévenues à la dernière minute. Par les Américains ?

Si les avions israéliens ont bien décollé d’Israël ils ont tiré leurs missiles de croisière depuis la mer rouge. Le temps de traverser les 1500 kilomètres à travers l’Arabie saoudite, la surveillance américaine les a repérés et a eu le temps de prévenir les Qataris.

Trump humilié

Les répercussions les plus immédiates concernent les relations entre Israël et son dernier allié majeur, les États-Unis. Donald Trump a immédiatement critiqué l’opération, tout en reconnaissant avoir tenté, trop tard, d’alerter le Qatar. Contrairement aux frappes précédentes en Syrie, au Liban ou en Iran, Israël n’a cette fois informé la Maison-Blanche qu’après les faits. Les discussions antérieures sur une éventuelle élimination des dirigeants du Hamas étaient restées, selon les Américains, « vagues et imprécises ». Trump n’a été prévenu qu’au dernier moment, grâce aux systèmes de surveillance aérienne, que l’attaque était en cours.

Depuis sa réélection, le président américain multiplie les démonstrations d’autorité, tantôt conciliant avec la Chine, tantôt sous influence russe. Mais se faire berner par le Premier ministre d’un pays aussi dépendant militairement des États-Unis est un coup dur pour son image, surtout alors que l’électorat américain se lasse des guerres coûteuses au Moyen-Orient.

Les monarchies du Golfe sur le pied de guerre

L’attaque israélienne a aussi gravement entamé la crédibilité de Washington dans la région. Trump et son émissaire avaient pourtant garanti la sécurité du Qatar lors des négociations sur Gaza. Cette incapacité à contrôler Netanyahou est perçue comme une trahison par l’Arabie saoudite et les pays du Golfe, qui se réunissent cette semaine pour décider de leur réponse. Celle-ci pourrait aller de sanctions économiques à un ralentissement des négociations commerciales, voire à un basculement vers la Chine, la Russie ou l’Iran.

En attendant, le Premier ministre qatari, Mohammed ben Abdelrahman Al-Thani, est déjà à Washington pour renégocier les relations avec les États-Unis.

En Israël, une décision contestée jusqu’au sommet de l’État

La frappe sur Doha a suscité des réserves au sein même de l’appareil sécuritaire israélien. Le chef d’état-major, Eyal Zamir, a alerté sur les risques pour les otages, tandis que le directeur du Mossad, David Barnea, a mis en garde contre la perte de crédibilité dans les négociations avec le Qatar. Leurs avertissements sont restés lettres mortes : pour le gouvernement, la survie des otages et la diplomatie ne sont pas des priorités.

En étendant le conflit à un État souverain avec lequel Israël n’est pas en guerre, Netanyahou et ses alliés d’extrême droite ont choisi une escalade aux retombées incertaines. Leur motivation n’est ni militaire ni politique, mais idéologique. Les négociations en cours à Doha, sabotées par ce bombardement, prévoyaient de confier la gestion de Gaza à une entité politique palestinienne – une perspective inacceptable pour Netanyahou, qui refuse toute reconnaissance, même minimale, d’une légitimité nationale palestinienne.

Trump face à Netanyahou : le réveil brutal d’un président manipulé

Cet épisode semble avoir ouvert les yeux de Donald Trump. Le président américain réalise qu’il est joué par un Netanyahou spécialiste des coups de poker diplomatiques. « Chaque fois que les négociations avancent, Netanyahou bombarde quelqu’un », a-t-il déclaré le 11 septembre, selon Politico. Si Trump cherche une victoire face à un dirigeant autoritaire, Netanyahou pourrait bien s’avérer une cible plus facile que Poutine.

Lors de l’Assemblée générale de l’ONU, fin septembre, les États-Unis devront choisir : continuer à soutenir un gouvernement israélien de plus en plus isolé, ou rejoindre une dynamique internationale pour imposer une solution aux belligérants de Gaza.


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