Monde : l’automne de tous les changements ?
Des États-Unis au Brésil, en passant par Israël, les urnes pourraient imposer un coup d’arrêt aux nouveaux autoritaires. Et enrayer la marche du monde vers le chaos
L’année écoulée a été magnifique, non ? Du grand spectacle titré : « Monde : le chaos selon Trump ». La guerre en Ukraine n’en finit plus de durer malgré le « miracle » de l’intervention de Donald. Le Moyen-Orient est en feu ; Gaza détruite, la Cisjordanie en cours de nettoyage ethnique, grâce au duo Netanyahou-Trump, l’un ayant réussi à entraîner l’autre dans un conflit catastrophique en Iran qui s’enlise et pèse lourdement sur l’économie de la planète. Un monde financiarisé où l’on ne parle plus de politique et de valeurs, mais de dollars. Un monde où la Chine autoritaire construit en silence sa future domination.
Trump a soulevé un vent noir qui souffle sur toute l’Amérique latine, dont l’Argentine de Milei, le président à la tronçonneuse qui se prend à rêver d’un nouveau conflit avec la Grande-Bretagne sur les Malouines, sous l’œil bienveillant de Washington. L’Europe n’est pas épargnée : de la Suède à la Slovaquie, en passant par l’Allemagne — souvenirs, souvenirs — et la France, elle brûle d’en finir avec le « système », c’est-à-dire la démocratie et les valeurs universelles qu’elle défend.
Bref, le monde connaît, par un paradoxe de la physique, à la fois le réchauffement climatique et la glaciation politique. Est-ce qu’un automne tempéré pourrait changer la donne ? Les démocraties occidentales ayant encore besoin d’élections, septembre, octobre et novembre devraient apporter des réponses cruciales.
D’abord les plus importantes : les midterms aux États-Unis, en novembre. En jeu, les 435 membres de la Chambre des représentants plus 35 sièges au Sénat. Si Donald Trump l’emporte, le Congrès restera son allié, on en sait le résultat. S’il perd, l’opposition devient capable de bloquer son programme, d’enquêter sur l’exécutif et de peser sur la politique extérieure. Ce n’est pas encore la camisole de force, mais c’est déjà une forte sédation pour le président délirant.
Liées à la première, même si elles surviennent avant : les législatives du 27 octobre en Israël, les plus explosives de l’année. Avec aujourd’hui le gouvernement d’extrême droite le plus toxique de l’histoire du pays, un Premier ministre lancé dans une fuite en avant militaire, laissant les mains libres à des criminels de guerre pour raser Gaza et nettoyer la Cisjordanie de ses habitants palestiniens, piétinant toutes les lois, les valeurs, la morale, prêt à tout pour conserver son poste et survivre.
L’alliance Netanyahou-Trump forme un couple, au sens de la physique, dont la force se démultiplie aux résultats que l’on sait. Selon que l’un ou l’autre, l’un et l’autre, ou aucun des deux soit arrêté ou freiné par les urnes, le monde changera ou continuera sa descente aux enfers.
D’autant que le continent sud-américain est lui aussi balayé par le vent mauvais qui souffle de la Maison-Blanche. L’Argentine, le Salvador, l’Équateur lui sont acquis. Et les dernières élections ont fait basculer le Chili, le Pérou et même la Colombie. Reste l’immense Brésil de Lula et les élections du 4 octobre, où tout se joue : présidentielles, Congrès, gouverneurs. Son adversaire, Flávio Bolsonaro, est le fils de Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans et 3 mois de prison, aujourd’hui sous bracelet électronique, pour tentative de coup d’État. BRICS, Amazonie, climat, rapport aux USA, le Brésil de Lula est, hors le Mexique, le dernier grand bastion de la démocratie au vrai sens du terme de tout le continent de l’Amérique latine.
Bien sûr, il y a aussi des élections en Russie, mais tellement encadrées, privées d’opposants « agents de l’étranger » ou « extrémistes », que nous sommes condamnés à lire entre les lignes de la participation pour mesurer la perte de soutien à Poutine, tant la Russie n’a plus de démocratie que le nom.
États-Unis, Israël, Brésil, Europe. Si le peuple – qui n’a pas toujours raison – oubliait les sirènes du populisme autoritaire, voie pavée vers le fascisme en marche, alors, peut-être, après le chaos, notre monde dévasté pourrait commencer dès l’automne, un début de reconstruction. Oui, Rêvons un peu.
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