Le jour où Netanyahou a désobéi à Trump en bombardant l’Iran
Reprise de la guerre ou baroud d’honneur ? La fin de crise est en jeu.
Photo : Missile iranien au-dessus de la ville israélienne de Netanya : tous les missiles iraniens ont été interceptés par la défense aérienne israélienne. ©AFP – JACK GUEZ / AFP
Après le bombardement israélien de la banlieue sud de Beyrouth, l’Iran a repris ses tirs de missiles sur Israël, après deux mois de cessez-le-feu. Israël a aussitôt riposté malgré l’appel de Trump de ne pas le faire.
Ce qui s’est passé cette nuit, avec des tirs de missiles iraniens sur Israël suivis de bombardements israéliens de l’Iran, rompant deux mois de trêve, marque plusieurs ruptures. Avec une question majeure : est-ce la reprise de la guerre ou une manière de peser sur des négociations qui seraient sur le point d’aboutir ?
La première rupture notable est celle de l’Iran, qui a pris le risque d’attaquer directement Israël en raison d’une frappe israélienne non pas sur son territoire, mais sur celui du Liban, la banlieue sud de Beyrouth pour être précis. L’Iran tient absolument à lier les dossiers iranien et libanais, au risque de voir son territoire bombardé ; mais Téhéran joue son statut de puissance régionale, et son influence au Liban, non pas seulement à travers le Hezbollah, mais directement.
La seconde rupture est l’attitude du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, qui a désobéi à Donald Trump en attaquant Beyrouth, et de nouveau en ripostant contre l’Iran alors que le président américain lui a publiquement demandé de ne pas le faire pour ne pas compromettre un accord avec l’Iran qu’il qualifie d’imminent.
Ces ruptures sont révélatrices de la complexité de l’échiquier régional recomposé après deux ans et demi de guerres sur plusieurs fronts. Israël et l’Iran se livrent un combat que l’un et l’autre jugent existentiel, alors que les États-Unis, embarqués dans cette guerre par l’hubris de Donald Trump, cherchent à arrêter les frais par tous les moyens.
La relation Trump-Netanyahou constitue l’élément le plus difficile à décrypter
Les deux hommes sont à la fois très proches, mais leurs intérêts immédiats sont divergents. La semaine dernière, Trump lui-même a fait fuiter une discussion orageuse avec le premier ministre israélien, dans laquelle il l’a traité de « complètement cinglé ». « Sans moi, lui a-t-il dit, tu serais en prison ».
Mais là où on pouvait penser que, en raison de la forte dépendance d’Israël vis-à-vis des États-Unis, Netanyahou n’irait pas à l’encontre de la volonté de Trump, il lui a quand même désobéi à deux reprises, en bombardant Beyrouth et en ripostant aux tirs iraniens.
Juste avant la riposte israélienne, Trump avait appelé le journaliste Barak Ravid, son interlocuteur préféré, avec un message clair : « Je vais appeler Bibi (le surnom de Netanyahou) pour lui dire de ne pas riposter. Chacun s’est amusé, Israël a bombardé et l’Iran aussi, nous n’avons pas besoin d’un tir de plus ». Fin de citation. Et pourtant Israël est passé outre.
S’il fait perdre la face au président américain, Netanyahou pensait surtout à ses prochaines élections et à la nécessité de ne pas apparaître comme vassalisé par Washington, après s’être fait traiter de « cinglé ». Trump peut vivre avec cette transgression s’il parvient à conserver sa négociation sur les rails, pour sortir du bourbier de l’Iran et du détroit d’Ormuz.
Mais pour cela, il devra céder sur le lien entre Iran et Liban, ce que ni Israël, ni le gouvernement libanais ne veulent. C’est donc le moment décisif de cette sortie de crise à rebondissements : reprise de la guerre ou négociation ? Les échanges de tirs de la nuit ne signifient pas nécessairement le pire, mais peut-être juste un baroud d’honneur avant la fin provisoire d’un épisode guerrier dans une longue histoire.