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Le Liban, pays otage, encore et encore

publié le 02/06/2026 par Pierre Haski

Une nouvelle fois, le sort du Liban n’est plus entre ses mains. Il est aujourd’hui au cœur de la complexe équation guerrière entre l’Iran, Israël et les États-Unis

Trump a imposé à Netanyahou de ne pas attaquer Beyrouth, après que l’Iran a suspendu hier les négociations avec les États-Unis en raison de l’escalade israélienne au Liban. Trump veut à tout prix un accord avec Téhéran pour dégager le détroit d’Ormuz et mettre fin à sa guerre impopulaire.

En 24 heures, les enchères ont monté dans le volet libanais des guerres qui déstabilisent le Proche et le Moyen Orient. Israël a ordonné hier l’évacuation de la banlieue sud de Beyrouth, quartier chiite et fief du Hezbollah, en prévision de bombardements. Mais cette escalade a déclenché une riposte iranienne : Téhéran a suspendu ses négociations avec les États-Unis en invoquant la reprise de la guerre au Liban par Israël.

Résultat, une accélération diplomatique hier soir, dans laquelle Donald Trump a imposé à Benyamin Netanyahou de renoncer à frapper Beyrouth, affirmant que le Hezbollah avait aussi accepté de cesser les combats. Dans cette confusion totale, Trump a semble-t-il sauvé sa négociation avec l’Iran, sa seule porte de sortie de cette crise du Golfe. Mais au passage, cela crée une situation politiquement vertigineuse.

Les Iraniens savent que Trump veut en finir avec la guerre dans le Golfe et ils poussent leur avantage. Ils ont déjà obtenu une première fois un cessez-le-feu au Liban en avril contre l’avis de Netanyahou, grâce aux pressions américaines. Ils ont voulu récidiver, une manière aussi d’enfoncer un coin entre Trump, qui veut un accord, et Netanyahou qui veut aller jusqu’au bout. Et de fait, selon Barak Ravid , le journaliste le mieux informé sur le Moyen Orient pour le site américain Axios, l’entretien téléphonique entre Trump et Netanyahou a été orageux. Le président américain a qualifié le premier ministre israélien de « complètement cinglé », lui a dit que sans lui il serait « en prison », et que « le monde entier déteste Israël ».

Pour limiter la casse après ce récit ravageur, Trump a remercié dans la soirée Netanyahou d’avoir renoncé à attaquer Beyrouth : « merci Bibi », a-t-il tweeté en utilisant le surnom du premier ministre israélien.

Pour les Libanais, c’est à double tranchant. Si ces manœuvres diplomatiques marchent, ce qui reste à confirmer, ils profiteront de l’arrêt de l’offensive israélienne. Mais ils devront ce répit à l’Iran, et ce sera un bénéfice politique direct pour son allié, le Hezbollah.

Beaucoup, à Beyrouth, pensent qu’il n’y a pas de bonne solution : le Liban est perdant dans tous les scénarios. Même s’il évite en effet le pire avec la menace israélienne de détruire une partie de Beyrouth, après avoir rasé des villages entiers dans le sud.

Mais le gouvernement libanais fera face à son éternel dilemme : il veut en finir avec l’existence d’un Hezbollah armé qui décide de la paix et de la guerre sans tenir compte des intérêts du Liban ; mais il n’a pas les moyens, ou la volonté, de mettre en œuvre ses décisions. Il négocie directement avec Israël, mais ce ne sont pas ces négociations qui auront freiné Israël : c’est l’Iran.

La tragédie est donc que si l’Iran obtient la fin de la guerre au Liban, cela affaiblira le premier gouvernement depuis longtemps qui était décidé à changer la donne dans le pays. Une conséquence néfaste de plus de cette guerre hasardeuse déclenchée par Donald Trump.


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