Le Moyen-Orient s’installe dans un « ni-guerre-ni-paix » fragile
La reprise des tirs entre l’Iran et les États-Unis ce week-end résulte de l’état d’incertitude dans lequel est entré la région, basé sur le flou des accords conclus
Photo : des partisans du Hezbollah libanais ont bloqué des routes et fait brûler des pneus pour protester contre l’accord direct entre Israël et le Liban. ©AFP – Ibrahim AMRO / AFP
Un nouvel accord serait survenu cette nuit, mais cette situation, sur les trois « fronts » – Gaza, Liban et Golfe – risque de durer.
Il va falloir s’y habituer, le Moyen-Orient est entré dans une période de ni-guerre-ni-paix, malgré les protocoles d’accord et les négociations. Ce qui se passe depuis deux jours entre l’Iran et les États-Unis y ressemble : ce n’est pas reprise de la guerre, mais ce n’est évidemment plus réellement un cessez-le-feu. Un nouvel accord serait survenu cette nuit, selon Washington, qui reste à confirmer à Téhéran. De fait, c’est la réalité sur les trois fronts de confrontation des dernières années : Gaza, le Liban, et donc le Golfe.
Des calculs stratégiques divergents
Rien n’est réglé, d’abord parce que les différents acteurs ne veulent pas, ou ne peuvent pas, faire de concessions ; et parce que la complexité des situations est telle qu’il y faut du temps. Les trois principaux acteurs, les États-Unis, Israël et l’Iran, ont aussi, ne l’oublions pas, leurs calculs stratégiques, leurs contraintes – électorales dans le cas des Américains et des Israéliens –, et des intérêts diamétralement opposés.
Ajoutons-y une perception différente de la réalité qui complique la donne : les Iraniens ont le sentiment d’avoir gagné politiquement ; les États-Unis proclament qu’ils sont vainqueurs mais veulent surtout arrêter les frais ; et Israël est furieux de ne pas avoir pu aller jusqu’au bout. C’est ce qui explique les nouvelles violences dans le Golfe.
La situation dans le Golfe
L’Iran veut pousser son avantage après la signature du Protocole d’accord conclu avec les États-Unis. Téhéran estime que le texte, truffé d’ambiguïtés, lui laisse le contrôle du détroit d’Ormuz pendant les 60 jours de négociations d’un accord global. L’Iran a donc attaqué samedi un navire qui passait trop près des côtes du Sultanat d’Oman à son goût, pour réaffirmer ses prérogatives. Les Américains ont riposté.
Les dirigeants iraniens savent, ou sont convaincus, que Donald Trump n’a aucune intention de redémarrer la guerre après avoir réussi à faire baisser les prix du baril de pétrole, la seule chose qui compte à l’approche des élections de mi-mandat en novembre. Quand il menace une nouvelle fois ce week-end d’éradiquer l’Iran, plus personne ne l’écoute… Les Iraniens testent donc leurs limites, même si ça leur vaut quelques bombardements au passage.
Le Liban, Gaza et l’impasse américaine
Ni-guerre-ni-paix au Liban aussi, malgré l’accord entre le Liban et Israël : cet accord direct, conclu sous l’égide des États-Unis, aura beaucoup de mal à être mis en œuvre. Il divise profondément les Libanais entre ceux qui y voient une lueur d’espoir pour régler la question du Hezbollah pro-iranien et de ses armes ; et ceux qui trouvent cet accord trop favorable à l’État hébreu, qui reste dans sa zone d’occupation du Sud Liban tant que le Hezbollah n’est pas désarmé. Personne n’a réussi jusqu’ici à désarmer le Hezbollah, et le risque de guerre civile risque d’empêcher cette fois encore de le faire, surtout avec un Iran politiquement fort.
Le troisième front, la bande de Gaza, est dans l’impasse depuis le cessez-le-feu imposé il y a neuf mois. Rien n’a bougé, la population vit dans des conditions indignes, et 1000 Palestiniens ont été tués dans ce drôle de cessez-le-feu – sans compter les exactions des colons en Cisjordanie.
Le principal handicap de cet après-guerre est l’incohérence de la partie américaine, trop engagée pour jouer les bons offices, et trop aveugle pour saisir réellement les enjeux de cette région. Rien de fondamental ne risque de se produire tant que les élections israéliennes et américaines ne seront pas passées : le ni-guerre-ni-paix est la nouvelle normalité d’une région déstabilisée.
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