Le projet franco-allemand d’avion du futur abandonné
C’était le projet européen le plus important dans la défense : le SCAF, projet franco-allemand d’avion du futur, a été abandonné faute d’accord entre les industriels
L’abandon du projet franco-allemand d’avion du futur : un échec pour l’Europe
Cet échec montre la difficulté de bâtir une véritable industrie européenne de la défense pourtant érigée en priorité.
C’était en 2019, une autre époque : Eric Trappier, le PDG de Dassault, le pouce levé devant la maquette du SCAF. ©AFP – ERIC PIERMONT / AFP
C’est un échec à la fois politique, industriel, et symbolique. L’abandon annoncé lundi du SCAF, l’avion de combat du futur que la France et l’Allemagne devaient concevoir et produire ensemble, vient illustrer la difficulté de construire une industrie réellement européenne de la défense, quand les intérêts industriels et les rivalités nationales perdurent.
C’est l’Allemagne qui a finalement débranché le projet à 100 milliards d’euros après des années de conflit entre industriels des deux rives du Rhin, que les gouvernements successifs n’ont jamais réussi à surmonter. Dassault côté français, et la branche militaire d’Airbus en Allemagne, s’opposaient sur la maîtrise d’œuvre, sur les droits de propriété intellectuelle, et sur à peu près tout.
Jusqu’au bout, les Français ont cru que la volonté politique permettrait de surmonter ces divergences. Vu de Paris, le fait que ce soit la commande publique qui permette au projet d’exister devait l’emporter sur les réticences et la mauvaise volonté des industriels privés. Mais vu de Berlin, ce projet, né sous le règne d’Angela Merkel, était devenu impossible. L’Allemagne fait porter le chapeau à Dassault, qui a l’arrogance du succès du Rafale, tandis que Paris met l’accent sur la responsabilité allemande et ses ambitions industrielles.
Cet échec survient paradoxalement au moment où la construction d’une industrie de défense européenne est au centre des préoccupations, à la fois en conséquence de la guerre russe en Ukraine, et du comportement de l’Amérique de Trump. Or le SCAF était le projet le plus important d’Europe – l’Espagne avait d’ailleurs rejoint la France et l’Allemagne.
Il est d’abord révélateur des différences nationales. Au début des problèmes autour du SCAF, un haut responsable français m’avait confié ce constat : « lorsque les Français lancent un nouvel armement, ils pensent à l’usage, les Allemands à l’industrie ». Deux cultures qui pourraient être complémentaires, mais se sont révélées difficilement réconciliables.
Mais ce n’est pas la seule explication. A Paris, on observe une tendance au cavalier seul allemand sur plusieurs sujets industriels en matière de défense, un appétit rendu croissant avec la hausse spectaculaire des investissements.
A partir de 2029, le budget de la défense allemand sera le double de celui de la France, 150 milliards d’euros contre 75 milliards. Il doit permettre à l’Allemagne de devenir la première puissance militaire d’Europe, y compris dans sa dimension industrielle – moins le nucléaire qui reste l’apanage de la France.
Parmi les projets où l’Allemagne se lance seule même lorsqu’il existe des réponses européennes, figurent une constellation de satellites de communication, et le lancement des fusées. Il s’agit moins, de fait, de puissance militaire que d’envergure industrielle à un moment où le modèle économique allemand est fragilisé par le changement d’environnement mondial.
La France, qui avait fait de sa puissance militaire et de son industrie de défense son principal atout au sein de l’UE, se voit défiée par son partenaire allemand. C’est là que le SCAF prend une dimension symbolique forte, à laquelle s’ajoute l’investissement personnel d’Emmanuel Macron sur ce dossier. L’Europe n’avait vraiment pas besoin de cet échec.
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