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Léon XIV : un pape américain contre Trump

publié le 29/09/2026 par Pierre Feydel

Nés aux États-Unis, Donald Trump et Léon XIV incarnent deux visions irréconciliables : puissance contre paix, murs contre accueil

Une gifle pour le chef de l’exécutif américain.

Dans l’avion qui l’amenait, Léon XIV s’était empressé de saluer le correspondant de CNN qui l’accompagnait dans ce voyage. La Maison-Blanche venait de supprimer l’accréditation de cette chaîne de télévision, jugée, avec d’autres médias, beaucoup trop critique vis-à-vis de la politique présidentielle. Une petite gifle pour le chef de l’exécutif américain. Vendredi, à l’Unesco, le pape vantait les mérites de cette organisation des Nations unies pour la science, la culture et l’éducation, au moment où l’administration Trump décidait de se retirer et de ne plus financer cette instance. Une seconde petite gifle.

Trump l’invite, le pape va à Lampedusa

Mais il y a eu pire. Le 4 juillet dernier, pour les festivités du 250e anniversaire de la création des États-Unis, Donald Trump avait invité Léon XIV. Mais le pape avait autre chose à faire. Ce jour-là, il était à Lampedusa, une petite île au sud de la Sicile, porte d’entrée de l’Union européenne pour les migrants venus d’Afrique qu’il accueillait. Lorsqu’on connaît la violence de la politique anti-immigration de l’administration Trump, on ne peut que considérer que, cette fois, le comportement papal s’apparentait à une grosse claque.

Deux catholicismes face à face

Les hostilités entre Washington et le Vatican ne datent pas d’hier. Le président américain avait déjà jugé la politique étrangère du pape comme calamiteuse. Son vice-président s’était empressé d’en rajouter. Léon XIV avait vertement répondu qu’il ne craignait pas l’administration Trump et que rien ne pouvait l’empêcher de répandre le message évangélique. JD Vance, converti au catholicisme depuis 2019, fait partie d’un courant « intégraliste » qui est au catholicisme ce que l’islamisme est à l’islam. Le Vatican condamne cette déviance.

L’un va au contact des pauvres, l’autre au golf

Ni Donald Trump ni ses séides ne peuvent trouver grâce aux yeux du pape. Sa personnalité, généreuse, est aux antipodes de celle, narcissique, d’un Trump. Aux provocations tonitruantes du locataire de la Maison-Blanche, qui vitupère contre le monde entier, s’opposent le calme, la retenue, l’équanimité du pape. Toujours posé, mais toujours ferme. L’un va sans cesse au contact des pauvres, des peuples souffrants ; l’autre se complaît sur son golf. L’un raffole de toutes sortes de fastes ; l’autre les évite soigneusement. On pourrait multiplier les exemples sur ce thème.

La paix contre la loi du plus fort

Mais c’est surtout leur vision du monde qui les oppose. L’administration Trump a développé une politique impériale qui prétend soumettre l’ensemble du continent américain. Le président des États-Unis ne considère les relations internationales que comme autant de rapports de force qu’il prétend régler à coups de droits de douane ou de menaces d’invasion pour punir ceux qui osent lui résister. Prétendant avoir résolu huit conflits, il réclame le prix Nobel de la paix et déclenche un conflit sans fin avec l’Iran.

À cette agressivité, à ces incohérences, le pape oppose l’universalisme de son Église et se fait plus que jamais apôtre de la paix. Il prône un multilatéralisme qui prétend organiser les relations internationales par la coopération et la négociation entre États afin d’établir des règles communes et de résoudre les conflits. L’ONU et, à certains égards, l’Union européenne sont les produits de cette conception de l’ordre du monde.

A Metz, promouvoir l’Europe

Lundi, à Metz, dans la ville de Robert Schuman, le souverain pontife a loué sa diplomatie des petits pas. Un hommage rendu à la construction européenne, qui maintient en paix l’ouest du continent depuis 80 ans. Ce qui n’a pas empêché l’évêque de Rome d’exhorter les Européens à promouvoir la paix plutôt que le fracas des armes, d’accepter des concessions. Une allusion à la situation du conflit russo-ukrainien.

Trump déguisé en Jésus

Ce que ne comprendra jamais Trump, c’est que le pape fait son métier de pape. Beaucoup de commentateurs ont remarqué le caractère très politique de ses discours. En fait, Léon XIV fait entrer le message évangélique dans les sociétés du monde. Du coup, effectivement, il tient des propos politiques, mais ce n’est en aucun cas son but. Trump, lui, se prend pour Dieu. En avril 2026, la Maison-Blanche publie sur le réseau social de Donald Trump, Truth Social, une image du président déguisé en Jésus guérissant des malades.

Le pape, contre l’idole Trump

 La droite catholique américaine, d’autres groupes chrétiens conservateurs hurlent au blasphème. Avec la religion, Donald Trump paraît peu à l’aise. Il s’affirme comme un chrétien sans Église. Il ne pratique pas. Il manifeste sa foi en brandissant la Bible ou en provoquant, à la Maison-Blanche, des séances de prière. Toujours sous l’œil des caméras. Trump a affaire désormais à forte partie. Le pape a renforcé son autorité morale. Et pas seulement sur le milliard quatre cents millions de fidèles que compte l’Église de Rome à travers le monde. Aujourd’hui, qui croit encore ce que raconte le président des États-Unis ?


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