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Les adversaires politiques de l’Union européenne se sentent le vent en poupe

publié le 19/12/2025 par Pierre Haski

Une petite musique circule des États-Unis à la Russie en passant par la Chine : l’UE est foutue… 

Elle s’appuie en partie sur la poussée d’extrême droite dans les sondages, dans des pays comme la France et l’Allemagne. Poutine en profite pour traiter les Européens qui soutiennent Kiev de « porcs »

C’est parti d’un tweet d’Elon Musk, le 6 décembre, appelant à la dissolution de l’Union européenne et au retour des États nations sur le vieux continent. Aussitôt approuvé par un dirigeant russe. Et, depuis, cette petite musique se répand, au point de se retrouver cette semaine sous la plume d’un nationaliste chinois, éditorialiste d’un quotidien de Hong Kong.

Le South China Morning Post, autrefois un grand journal anglophone respecté, appartient désormais au groupe chinois Alibaba. Son titre dit tout haut ce que les adversaires de ce qu’on appelait autrefois l’Occident pensent fort : « C’est la Russie qui mettra fin à l’Union européenne, pas l’inverse ».

L’UE est attaquée de toutes parts. Elon Musk réagissait, avec son tweet radical, à une amende de la Commission européenne pour son réseau social qui ne respecte pas la réglementation européenne. C’est d’ailleurs l’objet d’un bras de fer avec l’administration Trump qui menace les entreprises européennes de mesures de rétorsions : Washington considère que Bruxelles fait de la « discrimination » et du « harcèlement légal et fiscal ». Le sujet ne cesse de monter depuis l’élection de Donald Trump.

L’Ukraine est l’autre grand sujet d’hostilité vis-à-vis de l’Union européenne. Hier, alors que sont censées se tenir des négociations pour un cessez-le-feu en Ukraine, Vladimir Poutine a traité les Européens qui soutiennent Kiev de « porcs » qui finiraient par perdre le pouvoir.

Le président russe a promis de poursuivre sa mission de « libérer les terres historiques » de la Russie – pas vraiment une veille de cessez-le-feu, plutôt une charge violente au moment où les 27 se réunissent ce jeudi pour décider du financement de la défense de l’Ukraine.

Ces attaques simultanées, provenant de Washington, de Moscou et de Pékin, considèrent que la faiblesse de l’Union européenne est telle qu’on ne prend pas trop de risques à s’en prendre à elle. Comme un fruit mur qui est prêt à tomber, minée de l’intérieur.

Les adversaires de l’Europe, en particulier ceux de Washington et ceux de Moscou, considèrent que les partis d’extrême droite, hostiles à la direction actuelle, ont le vent en poupe. C’était écrit en toutes lettres dans le récent document stratégique américain. De fait, ces partis sont en tête des sondages en France, en Allemagne, ainsi qu’au Royaume Uni, qui, malgré le Brexit, s’est rapproché du continent à la faveur de la guerre en Ukraine.

Hier, les « Patriotes », le nom du groupe d’extrême-droite au Parlement européen dont fait notamment partie le Rassemblement national, s’est réuni à Bruxelles ; l’occasion pour Marine Le Pen de critiquer sévèrement la Commission européenne sur l’Ukraine, plus durement qu’elle ne l’avait fait depuis longtemps.

L’extrême-droite se sent pousser des ailes, comme l’a déclaré hier le premier ministre hongrois Viktor Orban en reprenant le slogan très trumpien « Make Europe Great Again ». Pourtant, les opinions publiques sont toujours majoritairement en faveur de l’UE, selon les sondages ; et même favorables à l’aide à l’Ukraine, y compris parmi les électeurs d’extrême-droite. Mais vu de Washington, Pékin et Moscou, l’Europe c’est déjà du passé, ou presque.


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