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Les conflits du Moyen-Orient se jouent aussi dans la Corne de l’Afrique

publié le 02/10/2026 par Pierre Haski

Des pays comme le Soudan, l’Éthiopie ou la Somalie sont pris au piège entre conflits intérieurs et ingérences étrangères

Photo: Soldats de l’armée nationale somalienne, lié au gouvernement de Mogadiscio, qui ne contrôle qu’une petite partie de la Somalie ©AFP – Tony KARUMBA : AFP

L’épicentre de la nouvelle guerre du Golfe s’est déplacé du détroit d’Ormuz vers la mer Rouge, et ajoute à la déstabilisation des pays de la Corne de l’Afrique.


L’épicentre de la nouvelle guerre du Golfe s’est déplacé du détroit d’Ormuz vers la mer Rouge et le détroit de Bab el Mandeb, autre verrou maritime. Sur une rive, l’Arabie saoudite et le Yémen, et sur l’autre, la Corne de l’Afrique – le Soudan, l’Érythrée, Djibouti, la Somalie, et, sans accès à la mer, l’Éthiopie.

Cette partie du continent africain est totalement déstabilisée, à la fois par ses conflits intérieurs, mais aussi par les ingérences en provenance du Moyen Orient. On y retrouve tous les acteurs de la région : Israël, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, la Turquie, l’Égypte, les Houthis pro-iraniens du Yémen, qui alimentent les guerres africaines avec leurs arrières pensées stratégiques.


La guerre civile au Soudan, le conflit qui crée le plus de déplacés et de réfugiés au monde actuellement, est ainsi alimentée en armes et soutiens d’un côté par les Émirats arabes unis, et de l’autre par l’Égypte et l’Arabie Saoudite, qui reproduisent sur le sol africain la fracture qui est apparue entre eux ces derniers temps. C’est le cas dans tous les foyers de crise de la région.
Le plus frappant, c’est le cas de la Somalie, pays qui a connu une descente aux enfers ces dernières décennies.

Aujourd’hui, la Somalie est coupée en deux, le gouvernement légal au Sud, et le Somaliland, au nord, qui a fait sécession il y a trente ans déjà. Le Somaliland n’était reconnu par personne au monde jusqu’à récemment ; mais cette année, Israël a franchi le pas, et a même reçu son président en visite officielle. Les Émirats sont également très présents.


Pourquoi cet intérêt ? Le Somaliland fait face au Yémen, et donne aux Israéliens une fenêtre sur les Houthis, ce mouvement yéménite pro-iranien qui a plusieurs fois tiré des missiles sur l’État hébreu. Hier, les États-Unis ont fait état de liens entre les Houthis et les Shebabs, des djihadistes qui contrôlent quelque 40% du territoire somalien. C’est donc un pays déchiré de l’intérieur et de l’extérieur.


Autre situation critique, celle de l’Éthiopie, ce vieil empire de 136 millions d’habitants, en proie à des convulsions entre les différents peuples qui la composent. Un conflit ancien avec la province du Tigré vient de se rallumer, alimenté là aussi de l’étranger ; notamment par l’Érythrée voisine qui redoute les pulsions impériales éthiopiennes et ses visées sur le port d’Assab, sur la mer Rouge. Mais aussi l’Égypte qui en veut à l’Éthiopie pour la construction d’un barrage géant sur le Nil.
Ces ingérences sont le reflet de l’état du monde. Il n’y a plus rien ni personne qui s’oppose à ces actions qui, en d’autres temps, auraient été condamnées à l’ONU. L’ordre mondial basé sur le droit international a laissé la place au temps des prédateurs.

l’International Crisis Group, un think tank basé à Bruxelles, appelle les pays africains influents et « les puissances extérieures ayant des intérêts dans la Corne de l’Afrique » à favoriser une « diplomatie discrète » pour éteindre les incendies. Mais il se passe exactement l’inverse, ils mettent de l’huile sur le feu, dans l’indifférence générale.

La dégradation de la situation en mer Rouge, là où devraient être déployées des troupes françaises, en territoire saoudien, rejaillit sur la Corne de l’Afrique qui n’avait assurément pas besoin de ça.


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