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Les Français boudent les États-Unis…mais moins que les autres

publié le 24/01/2026 par grands-reporters

En 2025, les départs de Français vers les États-Unis reculent de 7 %. Une baisse réelle, mais modérée au regard d’autres nationalités : − 12 % pour les Allemands, − 22 % pour les Canadiens

Photo : Dans le quartier français, lors du défilé du Sugar Bowl 2026, à La Nouvelle-Orléans, le 31 décembre 2025. OCTAVIO JONES / AFP

Un reflux français, une alerte pour les professionnels

Les États-Unis restent une destination majeure pour les voyageurs français, mais la courbe s’infléchit. En 2025, le nombre de Français (non-résidents) partis outre-Atlantique a diminué d’environ 7 %, selon les données disponibles sur les dix premiers mois de l’année. Le signal est suffisamment net pour inquiéter les acteurs du tourisme, sans pour autant parler d’effondrement.

Dans les agences et chez les tour-opérateurs, la tendance se voit déjà dans les carnets de commandes. Les professionnels du secteur constatent une baisse plus marquée de leur clientèle, avec un recul de 15 % en 2025, et un démarrage difficile pour l’été 2026, en retard sur l’an dernier.

Le prix, facteur numéro un

Premier frein : l’argent. Le voyage américain, longtemps vendu comme un grand classique accessible, est devenu un produit premium. Les circuits dans l’Ouest, autrefois autour de 3 000 euros par personne, dépassent aujourd’hui 5 500 euros. Sur place, l’addition s’alourdit vite : restauration, carburant, hébergements, taxes… tout est plus cher, et l’écart se ressent immédiatement pour des familles ou des couples qui comparent avec le Canada, l’Europe ou des destinations plus proches. Résultat : certains raccourcissent leur séjour, d’autres reportent, d’autres encore renoncent.

Le contraste avec les Canadiens et les Allemands

La baisse française (− 7 %) est loin d’être isolée, mais elle apparaît moins brutale que celle d’autres pays. Les Canadiens, habitués à voyager massivement vers les États-Unis, reculent de 22 %. Les Allemands de 12 %. Les Mexicains de 9 %. Autrement dit : la destination perd du terrain sur plusieurs marchés, mais la France décroche moins vite. Ce différentiel dit quelque chose : le “rêve américain” reste plus résilient chez les Français, malgré la hausse des prix.

Climat politique, formalités, image : l’autre frein

Au-delà du coût, les professionnels évoquent une fatigue politique. Le retour de Donald Trump et les tensions avec l’Europe pèsent sur l’image du pays. La destination reste désirée, mais elle attire moins spontanément.

S’ajoutent des irritants pratiques : l’ESTA, censé faciliter l’entrée sans visa, devient plus intrusif et plus contraignant dans sa logique de contrôle. Dans le même temps, certaines politiques tarifaires renforcent le sentiment d’être “taxé parce qu’étranger”, comme l’apparition de tarifs différenciés dans certains grands parcs, où les non-Américains paient davantage.

Un manque à gagner pour l’économie américaine

Le phénomène ne concerne pas seulement la France. En 2025, le recul des voyageurs internationaux vers les États-Unis contraste avec une dynamique mondiale plutôt positive. Et l’impact est direct : moins de touristes, ce sont moins de dépenses, moins d’emplois saisonniers, et des États très dépendants — comme la Floride — qui encaissent le choc, notamment sur les flux canadiens.

Le mythe tient, mais le voyage devient un luxe
Malgré la baisse, les volumes restent élevés : environ 1,5 million de Français ont voyagé aux États-Unis en 2025, contre 1,7 million en 2024. Le pays conserve un statut à part : celui du voyage “d’une vie”, nourri par la culture populaire, les séries, les films, l’imaginaire de la route et des grands espaces. Mais l’époque change : ce rêve-là, de plus en plus, se paie comptant.


Encadré

Government Shutdown Sorry We Are Closed Sign with Statue of Liberty with USA American Flag Illustration

Les nouveaux obstacles au voyage aux États-Unis

💸 Choc des prix
Hôtels, restaurants, locations de voiture, taxes et pourboires : pour beaucoup de Français, les États-Unis sont devenus une destination “hors budget”. Même un voyage sans luxe coûte désormais très cher.

📉 Dollar fort, pouvoir d’achat en baisse
Avec une monnaie américaine élevée et une inflation encore visible sur place, le différentiel de coût se creuse. Le même budget “grand voyage” permet souvent davantage au Canada ou en Europe.

🛂 Formalités plus intrusives
L’ESTA, censé simplifier l’entrée, est perçu comme plus contraignant : demandes d’informations plus détaillées, procédure jugée moins “accueillante” qu’avant. Résultat : certains renoncent, d’autres reportent.

📱 Climat politique et image dégradée
Le retour de Donald Trump, la tension avec l’Europe et une atmosphère plus polarisée pèsent sur l’envie de partir. Ce n’est pas un boycott massif, mais un refroidissement net dans l’opinion.

🌲 Parcs nationaux : l’effet “double peine”
Les tarifs différenciés pour les visiteurs étrangers dans certains grands parcs ajoutent un irritant : le sentiment de payer plus, précisément parce qu’on n’est pas Américain.

🔥 Risques climatiques plus visibles
Incendies géants, canicules, épisodes extrêmes : la météo devient un facteur de décision. Le voyage reste possible, mais l’incertitude s’installe, notamment en Californie et dans l’Ouest.

📉 Effet domino sur les réservations
Au final, ce cocktail (prix + formalités + contexte politique + incertitudes) se traduit déjà dans les chiffres : recul des clients chez les tour-opérateurs, et réservations 2026 en retard.


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