Les grandes villes d’Ukraine sous une pluie de missiles russes
550 missiles et drones en trois nuits, les habitants sont épuisés, les réseaux fragilisés et les écoles privées de manuels scolaires
Photo : Des voitures en feu après une frappe de missile à Kiev ce 2 janvier 2024, au milieu de l’invasion russe de l’Ukraine. - Genya SAVILOV / AFP
Sept nuits sans sommeil
La nuit n’offre plus de répit. À Kiev, les sirènes peuvent retentir pendant des heures ; à Odessa, les explosions et les incendies se succèdent ; à Dnipro, des entrepôts alimentaires et des bâtiments scolaires portent les traces des frappes. Depuis une semaine, la Russie soumet l’Ukraine à une campagne aérienne d’une intensité continue, mêlant drones Shahed, engins leurres, missiles de croisière et missiles balistiques.
En trois nuits, du 31 août au 3 septembre, Moscou a lancé plus de 550 vecteurs aériens contre le pays, selon les bilans publiés par l’armée de l’air ukrainienne. Les chiffres restent provisoires, mais ils donnent l’échelle de l’offensive : 218 drones et missiles dans la nuit du 31 août au 1er septembre ; 174 drones et quatre missiles dans celle du 1er au 2 septembre ; puis 163 drones dans la nuit du 2 au 3 septembre.
La défense ukrainienne affirme avoir neutralisé la majeure partie de ces appareils. Mais cette réussite relative ne suffit pas à empêcher les impacts. Lors de la première vague, 28 sites ont été touchés et des débris sont tombés en dix autres endroits. Au moins douze personnes ont été tuées à Kiev et dans sa périphérie, dont quatre à Boryspil. Parmi les victimes figureraient six cheminots, touchés lors de frappes contre des infrastructures ferroviaires.
Réseaux énergétiques, installations logistiques, circuits commerciaux…
Odessa est devenue l’un des points les plus exposés de cette offensive. Dans la nuit du 2 au 3 septembre, un drone russe a endommagé un immeuble résidentiel de 21 étages. Dix-sept personnes, dont trois enfants, ont été blessées. Des appartements situés entre le 10e et le 17e étage ont été frappés, ainsi que des véhicules stationnés au pied du bâtiment.
La veille, une autre attaque avait endommagé un immeuble de 24 étages, des bureaux et deux établissements d’enseignement. Les attaques contre les installations électriques du sud de la région ont, elles, privé plus de 350 000 foyers de courant. Dans cette grande ville portuaire de la mer Noire, les frappes touchent à la fois les habitants, les réseaux énergétiques, les installations logistiques et les circuits commerciaux.
Les grandes villes dans le viseur
À Kiev, les autorités font état d’au moins sept jours de raids particulièrement intenses. Le 2 septembre, des drones ont atteint le centre de la capitale, blessant onze personnes et endommageant des immeubles d’habitation ainsi que des bâtiments universitaires. Dans l’oblast de Kiev, les dégâts s’étendent à des entrepôts, des commerces, des véhicules, des kiosques et des maisons.
Dnipro n’est pas épargnée. Le 2 septembre, une attaque a fait deux morts et au moins six blessés. Des entrepôts alimentaires d’une chaîne de distribution et des bâtiments éducatifs ont été endommagés. Les régions de Khmelnytskyï, Kharkiv, Soumy, Tchernihiv, Kherson, Poltava, Donetsk et Dnipropetrovsk ont également signalé des attaques ou des destructions.
La vie en alerte permanente
Moscou affirme viser des installations militaires, industrielles et logistiques liées à l’effort de guerre ukrainien. Mais les dégâts documentés dessinent un champ de ruines beaucoup plus vaste : logements, écoles, universités, voies ferrées, réseaux électriques, entrepôts alimentaires, commerces et immeubles administratifs.
La nouveauté est aussi technique. Près de la moitié des 163 drones lancés dans la dernière nuit seraient des appareils à réaction. Plus rapides que les Shahed classiques, ils réduisent le temps de réaction de la défense aérienne et compliquent leur interception. Leur emploi, associé aux drones leurres et aux missiles, semble répondre à une logique de saturation : obliger l’Ukraine à consommer ses munitions antiaériennes et maintenir une alerte permanente dans les grandes villes.
Un tiers des livres imprimés cette année ont été détruit
À l’approche de l’hiver, la crainte est celle d’une nouvelle campagne contre l’énergie, semblable à celles qui avaient plongé des villes ukrainiennes dans le froid et l’obscurité lors des saisons précédentes. Cette fois, la pression s’étend aussi aux stocks et à la distribution de biens essentiels.
Le secteur de l’édition en fournit une illustration saisissante. Des entrepôts et centres de distribution touchés ces dernières semaines auraient entraîné la destruction de 33% des livres imprimés en Ukraine depuis le début de l’année, selon Ekonomitchna Pravda, cité par Courrier international. En juillet et août, 11,5 millions d’exemplaires auraient été perdus, dont 9% des nouveaux manuels scolaires. Des dizaines d’éditeurs, de librairies et des centaines d’établissements scolaires sont affectés.
Quand les manuels scolaires brûlent aussi
Sous la pluie de missiles et de drones, l’Ukraine ne défend donc pas seulement ses positions militaires. Elle tente de préserver l’électricité, les transports, les logements — et jusqu’aux livres dont les élèves auront besoin pour la rentrée.
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