Les leçons de la tuerie antisémite de Sydney
Attaque antisémite à Sydney, la haine a tué. Polémique politique, son instrumentalisation par Benjamin Netanyahou, purement politique, dessert la lutte contre l’antisémitisme
L’attaque antisémite de Bondi Beach a donné lieu à des polémiques inutiles là où l’heure aurait dû être à l’unité contre ce fléau et à la compassion pour les victimes. La résurgence d’antisémitisme dans le monde est trop sérieuse pour être instrumentalisée, surtout par le premier ministre israélien.
Des pires tragédies, on doit tenter de tirer des leçons. Et la tuerie antisémite de Sydney en est une, que rien ne peut justifier sinon une haine à l’état pur. Les juifs pratiquants qui célébraient la fête religieuse de Hanoukka à Bondi Beach ont été tués pour ce qu’ils étaient : c’est la définition première de l’antisémitisme.
Mais là où on pouvait espérer une communion de condamnations et de solidarité autour du rejet de l’antisémitisme, et de compassion pour les victimes, les fureurs de la polémique ont été immédiates. Comme un reflexe pavlovien en ces temps de bouleversements, et de polarisation fondée sur la colère.
Les échanges des dernières 48 heures entre Benyamin Netanyahou et son homologue australien, Anthony Albanese, portent la marque de la confrontation verbale au lieu de porter sur les victimes et le deuil. Le premier ministre israélien a, dès dimanche, accusé le chef du gouvernement australien d’avoir « jeté de l’huile sur le feu de l’antisémitisme », en reconnaissant en juin dernier l’État de Palestine, en même temps que la France et d’autres pays. Hier, Anthony Albanese a rejeté ces critiques, et préféré rappeler que l’heure était à l’unité pour les Australiens.
Cet échange est avant tout politique : le premier ministre israélien, malgré les circonstances tragiques, n’a pas pu s’empêcher de marquer des points, de s’en prendre à ceux qui l’ont désavoué en juin sur la question de Palestine. En faire les complices de l’antisémitisme constitue un abus de langage, et dessert la cause du combat contre l’antisémitisme.
On en retrouve des échos dans le débat politique français, avec les propos de la ministre Aurore Bergé, qui a accusé ceux qui ont parlé de génocide à Gaza d’avoir « armé les terroristes à Sydney ». C’est un raccourci d’autant plus outrancier que l’on en sait plus sur les tueurs de Bondi Beach.
L’un des deux terroristes a été repéré depuis des années par les services australiens pour ses liens avec l’État islamique ; c’est dire que sa radicalisation n’est pas liée aux événements de Gaza ou aux critiques d’Israël. L’idéologie de Daech est bien connue, nous en avons souffert en France en 2015 : c’est un groupe djihadiste radical qui n’a que faire de nos débats internes.
Quelles leçons en tirer ? La première est que la résurgence d’antisémitisme dans le monde est trop sérieuse pour être instrumentalisée. Les morts de Sydney obligent tous les acteurs de la vie publique à bien mesurer leur responsabilité face à ce fléau qui progresse partout. Quel que soit le bord politique, quelle que soit son opinion sur le conflit israélo-palestinien, nul n’a le droit d’utiliser la haine des juifs -ou de tout autre peuple- pour une cause partisane.
Cette responsabilité s’impose aussi aux dirigeants israéliens, qui, à force de considérer toute critique de leur action, toute condamnation, par exemple, de ce que font les colons en Cisjordanie en ce moment, comme de l’antisémitisme, finissent par le banaliser. Il y a suffisamment de vrais antisémites pour ne pas en rajouter. Sans compter ceux qui estiment que les violences extrêmes contre les Palestiniens contribuent, elles aussi, à la montée d’antisémitisme.
La seconde leçon, c’est que nous n’en avons pas fini avec l’État islamique, dont on voit les tentatives de résurgence en Syrie, et qui continue de susciter des vocations jusqu’en Australie. C’est une menace qui concerne la société tout entière, et qui, dans ses divisions, affiche sa vulnérabilité.
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