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Les milliardaires règnent sur le monde

publié le 14/03/2026 par Pierre Feydel

Les très riches sont de plus en plus riches et de plus en plus nombreux. Les inégalités se creusent de façon abyssale. Leur pouvoir défie celui des États

La fortune mondiale des ultra-riches

Les chiffres donnent le tournis. Il devient de plus en plus difficile de les comparer à d’autres pour que leur énormité puisse s’apparenter à une réalité tangible. Le patrimoine des milliardaires dans le monde pèse de plus en plus dans la richesse globale de la planète. En 2025, ces ultra-riches possèdent 20 100 milliards de dollars, l’équivalent du PIB de la Chine. Cette somme a augmenté en un an de 4 000 milliards, en gros le PIB de l’Italie. Leurs fortunes additionnées se sont donc accrues en douze mois de l’équivalent de la richesse produite par un pays européen.

400 de plus qu’en 2025

Une augmentation pharamineuse qui accuse encore plus l’indécence de la richesse des uns face à la pauvreté des autres. C’est le magazine « Forbes » qui, par la publication annuelle de son très célèbre classement des milliardaires de la planète, nous montre que ces derniers sont, au fil des années, de plus en plus nombreux et de plus en plus riches. Les progressistes du monde entier qui déplorent les inégalités font dès lors figure de pleureuses célébrant le deuil de leurs rêves de redistribution.

Les nababs du capitalisme global

En tête du classement, Elon Musk avec une fortune de 839 milliards de dollars, un peu plus de la moitié du budget de l’État français. La puissance financière de ces nababs illustre leur capacité à défier les réglementations gouvernementales et, d’une manière générale, les puissances publiques. Le PDG de SpaceX, Tesla et X, coprésident d’OpenAI, a augmenté en 2025 sa fortune personnelle de presque 500 milliards de dollars en un an. Il dispose du triple du patrimoine de ceux qui le suivent dans le Top 10 des milliardaires : les cofondateurs de Google, Larry Page (257 milliards) et Sergey Brin (237 milliards). Jeff Bezos, d’Amazon, est quatrième avec 224 milliards, suivi de Mark Zuckerberg avec 222 milliards. Les huit premières places du classement sont occupées par des Américains. À la septième apparaît la famille Arnault, propriétaire de LVMH, avec 171 milliards de patrimoine.

Argent et pouvoir politique

La valse des milliards étourdit. On se fera accuser de démagogie en notant qu’Elon Musk possède la valeur de 25 à 26 millions de fois un salaire moyen annuel français ou celle de 4 800 avions de combat Rafale… La question des inégalités paraît comme ridiculisée, mais pas celle du pouvoir que donne l’argent. Pouvoir non démocratique, voire antidémocratique. Le Top 10 des milliardaires de la planète met en valeur des personnages qui se sont ralliés, soumis, acoquinés avec Donald Trump.

Lequel s’est lui-même enrichi au cours de l’année dernière de 63 milliards de dollars pour atteindre un total de 110. Il arrive en 645e position du classement « Forbes ». La présidence paie. Étant entendu que toute sa famille profite des mêmes effets d’aubaine dus à l’utilisation indirecte de la mainmise sur le pouvoir exécutif. Le clan présidentiel manifeste, par ailleurs, un mépris total pour tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à un conflit d’intérêt.

Une oligarchie planétaire

Les milliardaires sont aujourd’hui 3 428. 400 de plus qu’il y a un an. La finance mondiale, dopée jusqu’ici par les investissements en matière d’intelligence artificielle et les cryptomonnaies, crée un milliardaire de plus par jour. En 2017, ces magnats étaient dix à dépasser les 100 milliards de dollars de fortune personnelle. Aujourd’hui, ils sont le double. Le phénomène accélère. Les États-Unis comptent 989 très riches, la Chine 610, l’Inde 229, la France 50. L’année dernière, selon l’ONG Oxfam, la fortune des milliardaires a augmenté trois fois plus vite que la moyenne des cinq années précédentes. L’accroissement en 2025 de la fortune cumulée des milliardaires de la planète dépasse l’équivalent de la richesse totale détenue par la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit 4,1 milliards de personnes. Et un milliardaire a 4 000 fois plus de chances d’occuper un poste politique qu’un citoyen ordinaire.

Des milliardaires à plus de 1 000 milliards de dollars ?

En soi la richesse n’est pas un mal. Un signe de la grâce de Dieu, croyaient les puritains du Nouveau Monde. En revanche, ce que l’on fait de son pouvoir financier peut être considérablement néfaste. Les bienfaits en matière de santé de la Fondation Bill-et-Melinda-Gates, à laquelle est associé Warren Buffett, ou encore ceux de la fondation de George Soros, Open Society Foundations, pour la promotion des droits de l’homme, de l’équité et de la justice, restent des exceptions. La plupart des magnats se servent de leur argent pour développer leur influence politique. D’abord de manière à protéger et développer leurs intérêts financiers, mais aussi pour peser politiquement, voire idéologiquement, sur les pouvoirs en place. À l’évidence, la majorité d’entre eux préfèrent les régimes autoritaires où la complicité avec les gouvernants est plus facile et où les contre-pouvoirs démocratiques sont inexistants, voire muselés. Un rêve trumpien.

Pour paraphraser Lord Acton, historien du XIXe siècle, célèbre pour son « Histoire de la Liberté », qui constatait que « le pouvoir tend à corrompre et le pouvoir absolu à corrompre absolument », on pourrait dire que « la richesse tend à corrompre et l’énorme richesse à corrompre énormément ». Oxfam prévoit que dans les années à venir les milliardaires à plus de 1 000 milliards de dollars de fortune se multiplieront.


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