Les ventes d’armes mondiales font «boom»
130 conflits, 2 500 milliards d’€ de dépenses militaires : la guerre devient un marché, l’Europe un moteur et la France un champion de l’armement
La foire mondiale aux armements : de nouveaux records à venir
Le succès des salons de la défense et de la sécurité est un bon moyen d’évaluer la santé des industries d’armement dans le monde. Ils sont neuf, répartis sur tous les continents de la planète, à exposer les armes produites par la myriade de fabricants mondiaux. Les armées du monde entier viennent y faire leur marché. Avec, bien entendu, une curiosité accrue ces derniers temps pour les innovations : drones, robots, lasers, intelligence artificielle, cyber, systèmes d’armes, de transmission, de détection, de guidage, etc.
La foire aux armements française, l’EuroSatory, ouvre ses portes ce 15 juin. C’est le salon le plus important. En 2026, il affiche 2 100 exposants venus de 65 pays. 42 pavillons nationaux, 334 délégations officielles de 93 pays, 120 conférences, 450 intervenants internationaux, 635 journalistes accrédités et des dizaines de milliers de visiteurs (72 000 l’année dernière). Les records d’affaires conclues pourraient cette fois être battus.
312 euros par habitant de la planète : un marché en pleine expansion
Sur la planète, on dénombre aujourd’hui quelque 130 conflits. Deux fois plus qu’il y a quinze ans. La guerre est donc un marché en pleine expansion. Non seulement lorsqu’elle éclate et dure, mais plus encore lorsque les États tentent de dissuader l’adversaire potentiel en renforçant la quantité et la qualité de leurs forces. L’équipement conventionnel, qui s’épanouit sous les parapluies nucléaires, connaît un essor considérable partout. Il se développe selon une formule vieille comme l’industrie : innovation-conception-production-commercialisation. Une sacrée bonne affaire.
Les dépenses militaires mondiales sont en hausse constante. En 2025, elles ont atteint 2 500 milliards d’euros selon l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm. À peu près 312 euros par habitant de la planète. Une augmentation de plus de 9% sur un an. Une progression un temps ralentie par le désengagement des États-Unis en Ukraine, mais à laquelle l’explosion du budget de la défense américaine en 2026 (1 000 milliards) devrait donner un sérieux coup d’accélérateur.
L’Europe, moteur du réarmement
L’Europe est le moteur de cette expansion. La guerre en Ukraine, les menaces de Poutine, les chantages au retrait de Trump ont provoqué un réarmement généralisé des États du vieux continent. En 2024, les dépenses d’acquisition des membres de l’UE ont atteint 88 milliards d’euros. 39% de plus qu’en 2023. L’année suivante, elles ont dépassé 100 milliards. En mars 2025, la Commission européenne a lancé ReArm Europe, un plan qui doit mobiliser jusqu’à 800 milliards d’euros pour renforcer la défense européenne.
Depuis, l’initiative a été rebaptisée Readiness 2030, autrement dit : soyons prêts en 2030 à faire face. Une urgence reconnue. Et même si les achats d’armement se font dans le désordre, ils se font. Le budget de la défense allemande a bondi de 28%. La Pologne a doublé le sien en cinq ans. Son armée de terre, pressée, se dote de chars et d’obusiers sud-coréens. Les Tchèques achètent des boucliers antimissiles. Les Allemands lancent des satellites. La Lituanie se procure des drones turcs ou israéliens.
Les États-Unis, fournisseur stratégique de l’Europe
Les États-Unis arrosent l’Europe des avions de combat furtifs fabriqués par Lockheed Martin, les F-35. Plus de 550 ont été commandés par différentes armées de l’air européennes. Un avion hors de prix, 82 millions de dollars pièce contre 70 environ pour un Rafale. L’armement, le vrai, pas celui des marchands de kalachnikovs à la sauvette qui arpentent l’ex-Tiers-Monde, mobilise des sommes folles. Pour tous les États, l’exportation est une nécessité, pour amortir les séries, pour équilibrer leur commerce extérieur, pour gagner de l’influence politique.
Dans cette foire d’empoigne, la France s’en sort bien. La voilà seconde exportatrice d’armes dans le monde (9,8% des ventes), nettement derrière les États-Unis et juste devant les Russes. Avec quelques succès retentissants comme la signature, ces jours-ci, d’une commande à Dassault de 114 Rafale F4 pour l’Indian Air Force. Un contrat de 34 milliards d’euros. L’avionneur français en assemblera 90 en Inde avec un partenaire local. Ils font suite aux 80 vendus l’année dernière aux Émirats arabes unis.
La France, championne discrète de l’armement
Il faut aussi noter les performances de Naval Group, le successeur de nos arsenaux, entreprise privée détenue à 62,25% par l’État français. Le fabricant de nos sous-marins nucléaires réussit dans bien d’autres domaines. La Suède lui a acheté quatre frégates de défense et d’intervention (FDI) jugées supérieures aux offres britanniques, espagnoles ou même locales. Le même navire de combat a séduit la marine grecque.
On pourrait aussi citer les succès de Safran, le fabricant du moteur du Rafale, qui multiplie les innovations dans d’autres domaines, ou Thalès, le groupe d’électronique qui emploie 85 000 salariés à travers le monde et équipe en systèmes d’armes, de détection ou de guidage les stars françaises à l’exportation sur les marchés de l’armement. L’industrie française renaîtra peut-être grâce à l’effort qui irrigue toute la filière défense.
Quand la préparation de la guerre dope l’économie
Par exemple, dans son usine de Montluçon, Safran va investir 120 millions d’euros et créer 150 emplois pour développer sa production d’un kit de guidage et d’un autre de propulsion installés sur des bombes guidées ou encore celle de gyroscopes à résonance hémisphérique insensibles au brouillage. Tant qu’on se contente de la préparer, la guerre peut être bénéfique pour les économies. Dès qu’on la fait, elle les détruit, comme la Russie en fait l’expérience. Les Européens ont choisi de la préparer activement pour ne pas avoir à la faire. Un sacré pari.
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