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L’Europe face à Trump : le prix de la soumission

publié le 26/06/2026 par Jean-Paul Mari

Au G7, l’Europe flatte Trump et appelle cela « realpolitik ». Securite contre soumission ? Jusqu’où l’Europe est-elle prête à se courber ? Et à quel prix?

À Versailles, les courtisans ont fait leur retour. Le mardi 17 juin 2026, lors de la clôture du G7, ses dirigeants ont écrit : « Nous saluons l’annonce d’un accord entre les États-Unis et l’Iran, obtenu sous la conduite ferme du président Donald Trump ». Par trois fois, Européens du G7, Japon et Canada vont saluer cet accord. Côté français, ce même texte est décrit comme « une bonne nouvelle » qui « ouvre la porte à une réponse efficace ». La formule-clé, signée par l’UE, salue la « conduite ferme » du grand président Trump.

Le choix est clair : pour séduire un bouffon bouffi d’orgueil, rien de mieux, comme au temps de la cour, que de le regonfler avec l’air frelaté de la flatterie. En échange, le puissant président américain a concédé des garanties politiques et stratégiques de soutien à l’Ukraine. On sait la valeur des promesses de Donald Trump. Peu importe : « si le prix à payer est de le citer trois fois, c’est pas cher vu les résultats obtenus », s’est félicité un diplomate français. On appelle cela la realpolitik, ce qui reste quand la politique a échoué, une sorte de manuel pratique du bricolage des valeurs.

L’heure est donc aux courbettes face à un monarque en toc qui s’ébaubit devant Versailles parce que « ce n’est pas du plaqué or » et qui a organisé un tournoi de gladiateurs en cage à la Maison-Blanche pour fêter son 80e anniversaire. La révérence devient humiliation quand l’UE salue « la conduite ferme » et exige « le respect de Donald Trump » alors qu’il menace de s’emparer du Groenland, terre d’Europe.

On multiplie les petits cadeaux serviles, comme le chancelier allemand, Friedrich Merz, qui lui offre un maillot de la délégation allemande de foot floqué d’un « Trump 47 », en référence à son numéro de président américain. Rien pourtant n’égalera le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, qui a appelé Trump… « papa ». Là, ce n’est plus de la flatterie mais une régression en couche-culotte.

Le vertige vous prend en réalisant que le lendemain était l’anniversaire un peu oublié de l’Appel du 18 Juin du général de Gaulle. Un homme seul, moqué, méprisé, condamné par Vichy, mais debout, vertébré jusqu’à la raideur, droit dans ses principes, ses convictions et sa vision d’une certaine idée de la France. Il dira non à nouveau, en 1966, face à l’OTAN, en se retirant du commandement militaire, parce qu’il refusera que notre dissuasion nucléaire soit intégrée et contrôlée par Washington. Et il faudra attendre 2009 pour que Nicolas Sarkozy, nain face au géant, atlantiste béat devenu président délinquant, revienne sur la décision du général.

Liberté ou soumission ? Cette question fondamentale traverse toute existence. Dans Vie et destin , Vassili Grossman, immense écrivain russe, juif né en Ukraine au temps de Staline, dissèque les affres de son héros Viktor Strum, physicien spécialiste du nucléaire, sommé de reconnaître que ses travaux se sont écartés du marxisme-léninisme. On lui propose un marché : s’humilier publiquement et rentrer dans le rang, ou la dégradation, la fin de son laboratoire et l’arrestation. Il dit d’abord non, refuse de se repentir, court à sa perte. Jusqu’au coup de téléphone de Staline qui soudain le réhabilite. Sauvé. Oui, mais à la condition de signer des textes politiques qu’il réprouve.

Viktor Strum n’est pas un héros pur, mais un homme déchiré, pris entre le souci des siens, son œuvre scientifique et la fidélité à la vérité. Grossman montre ainsi que la soumission est aussi le fait de ceux, comme les diplomates du G7, qui croient sauver l’essentiel. Elle passe par une chaîne de « petites concessions successives », avec ses gains. « Un homme doit lutter et ne pas avoir peur s’il veut rester un homme », écrit Grossman. 

Viktor Strum est un homme seul. L’Europe est faite de nations, donc d’hommes, réunis dans un grand corps qu’on peine à regarder se courber aussi bas. Sans voir que le refus de la soumission est le prix de la liberté, donc de la démocratie.


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