L’Europe sanctionne les Gardiens de la Révolution, mais cela n’arrêtera pas la répression en Iran
L’UE a décidé d’inscrire les Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes mais le régime redoute surtout la menace de frappes américaines
L’ampleur de la répression du soulèvement iranien et l’émotion suscitée étaient telles qu’il fallait faire quelque chose : l’Union européenne a décidé hier d’inscrire les Gardiens de la révolution, l’épine dorsale du régime de Téhéran, sur la liste des organisations terroristes.
Il fallait l’unanimité des 27, et la décision n’a été rendue possible que lorsque la France, l’Italie et l’Espagne ont levé leurs dernières réticences, après avoir longtemps refusé de fermer les derniers canaux de dialogue avec Téhéran. Le Parlement européen avait voté cette inscription il y a déjà trois ans, les États-Unis et le Canada l’ont déjà fait ; mais les gouvernements européens hésitaient. Jusqu’à hier.
La répression dont on ne mesure pas encore totalement l’ampleur, mais on compte au moins 30 000 morts selon les organisations de défense des droits humains, rendait impossible de se contenter de communiqués « déplorant »… ou appelant à la « retenue ». Il y a des moments où les raisons de la diplomatie ne sont plus comprises par l’opinion, et les sanctions constituent le seul instrument à la disposition des Européens.
Soyons honnêtes, cette mesure n’est pas de nature à arrêter ou même freiner la répression qui, tous les témoignages le confirment, se poursuit en Iran. On a affaire à un régime aux abois qui a senti une menace existentielle dans le soulèvement débuté fin décembre au bazar de Téhéran. Un régime qui joue sa survie hiérarchise les menaces et celle des Européens n’est pas sa priorité. La décision des « 27 » n’est toutefois pas que symbolique : elle participe de la délégitimation d’un régime sanguinaire.
Le principal risque, pour Téhéran, c’est évidemment cette armada réunie par Donald Trump dans la région, et qui menace de frapper l’Iran une nouvelle fois, après les bombardements de juin dernier, pendant la « guerre des douze jours » avec Israël. Mais tout dans cette affaire est étrange, même si de nombreux Iraniens, désespérés par l’ampleur de la répression, espèrent désormais que le feu américain s’abatte sur ce régime.
Début janvier, le président américain avait surpris en menaçant de frapper militairement l’Iran si le régime tirait sur les manifestants, une grande première. Puis il a renoncé. Il menace de nouveau, mais cette fois en réclamant un accord sur les programmes nucléaire et balistique iranien, alors que la répression a eu lieu.
Peut-être espère-t-il profiter de l’extrême affaiblissement du régime pour obtenir les concessions vers un meilleur accord que celui que Barack Obama avait négocié en 2015, et que Trump avait dénoncé lors de son premier mandat. Ce serait un succès dont il ne manquerait pas de se vanter, mais qui risque de ne pas changer la nature du régime. Pour l’heure, ces négociations de coulisse par l’entremise de la Turquie ne mènent nulle part, et accroissent la probabilité de frappes américaines sur l’Iran.
De fait, les États-Unis exercent une pression maximale sur l’Iran sans trop savoir ce que celle-ci produira ; avec, peut-être, l’espoir secret de susciter des craquements au sein du régime en faillite, comme cela s’est produit au Venezuela. Les prochains jours seront donc décisifs dans ce pays sous le choc de la plus féroce répression de son histoire.
Tous droits réservés "grands-reporters.com"