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L’Irak, longtemps ravagé par la guerre, est aujourd’hui «méconnaissable et remarquable»

publié le 08/01/2026 par grands-reporters

Il aura fallu un quart de siècle de crise à l’Irak après l’intervention américaine pour récupérer et se reconstruire

« Pour ceux qui ont vécu les premières années difficiles de la transition, l’Irak d’aujourd’hui est méconnaissable », a déclaré à New York le coordinateur résident de l’ONU, Ghulam Isaczai, à l’issue de la clôture du mandat de la Mission d’assistance des Nations unies pour l’Irak.

Vingt ans de chaos, une sortie progressive de la guerre

Vingt ans après l’invasion américaine de 2003, la chute de Saddam Hussein, la guerre confessionnelle et l’occupation d’une partie du territoire par l’Daech jusqu’en 2017, l’Irak présente aujourd’hui des indicateurs jugés « encourageants » par l’ONU. Le pays est désormais décrit comme « en paix », avec une sécurité renforcée et une volonté politique affichée de tourner la page de l’urgence permanente.

Une pauvreté en recul

La pauvreté recule lentement mais régulièrement. Le taux est passé de 20 % en 2018 à 17,5 % sur la période 2024-2025. Les premières évaluations internationales situent également l’Irak sur une trajectoire ascendante de l’indice de développement humain, qui agrège espérance de vie, niveau d’éducation et revenus, dans un pays dont les infrastructures sanitaires et scolaires ont été durablement dévastées.

Cinq millions de déplacés de retour, l’urgence humanitaire se referme

L’amélioration de la situation sécuritaire a permis le retour d’environ cinq millions de déplacés internes. Les personnes toujours installées dans des camps ne le sont plus majoritairement pour des raisons de sécurité, mais en raison de blocages administratifs persistants : absence de documents d’état civil, litiges fonciers ou impossibilité de retrouver un logement viable.

Des élections plus suivies, une participation féminine en hausse

Sur le plan politique, l’ONU souligne la tenue, en 2025, d’élections législatives jugées globalement crédibles. Le taux de participation a atteint 56 %, soit une hausse de 12 points par rapport au scrutin précédent. Environ un tiers des candidats étaient des femmes, un niveau inédit dans l’histoire électorale récente du pays, même si leur représentation effective demeure limitée.

La fin de la MANUI, un tournant symbolique

La fin du mandat de la MANUI, le 31 décembre 2025, marque une rupture. Créée en 2003 pour accompagner la transition politique post-Saddam Hussein, la mission cède la place à une relation recentrée sur le développement. Le 25 décembre, Bagdad et l’ONU ont signé un accord de coopération quinquennal définissant une feuille de route claire : éducation, santé, croissance économique, environnement et gouvernance.

De pays assisté à partenaire financier


Fait notable, l’Irak ne se contente plus d’être bénéficiaire. Selon Ghulam Isaczai, le gouvernement iraquien contribuera financièrement à ce nouveau cadre de coopération. Un signal politique fort, présenté par l’ONU comme le passage progressif d’un pays sous assistance à un partenaire capable de cofinancer l’aide humanitaire et le développement

Une stabilité encore fragile

Sur le terrain, 26 agences, fonds et programmes des Nations unies restent mobilisés. Leur mission n’est plus d’administrer l’urgence permanente, mais de consolider des acquis encore fragiles dans un pays exposé aux tensions régionales, aux rivalités internes et à une économie toujours très dépendante des hydrocarbures. L’ONU le reconnaît : l’Irak n’est pas sorti de l’histoire. Mais il n’est plus enfermé dans la guerre.


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