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L’Iran referme sa tenaille sur la péninsule arabique

publié le 14/09/2026 par Pierre Feydel

Si les Houthis du Yémen, alliés de l’Iran, bloquent le détroit de Bab el-Mandeb, après celui d’Ormuz, la route du pétrole arabe sera coupée

La « porte des lamentations »

Bab el-Mandeb signifie « la porte des lamentations ». Le moins que l’on puisse dire est que ce détroit porte bien son nom aujourd’hui. L’économie mondiale et tous ses acteurs ont en effet de quoi se désoler des risques de blocage de ce passage essentiel au commerce mondial qui, à 90%, est effectué par voie maritime. Depuis que, le 11 septembre, les Houthis du Yémen se sont emparés du littoral du détroit et des îles au large, ces alliés de l’Iran peuvent bloquer le trafic au large en installant des batteries de missiles sol-mer.

De quoi faire bondir un peu plus les prix à la pompe, en Europe, aux États-Unis, mais aussi en Extrême-Orient. De quoi nourrir l’inflation mondiale en surenchérissant les coûts non seulement de l’énergie, mais aussi de toutes sortes de biens tels, par exemple, les engrais. Avec des effets en cascade : l’augmentation des coûts de l’énergie dope les prix du chauffage et des transports ; celle des engrais, ajoutée aux canicules, fait grimper les prix alimentaires.

La stratégie de l’étranglement

Une situation que l’on doit au fait que la première puissance de la planète, les États-Unis, a à sa tête le pire stratège au monde, Donald Trump. Hélas, à Téhéran, l’Amérique a en face d’elle, justement, des joueurs d’échecs de premier plan. La tactique : bloquer les détroits. Le but de guerre : étrangler la péninsule arabique, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït et l’ensemble des monarchies pétrolières alliées des États-Unis. Lesquels se montrent par ailleurs incapables de les défendre.

Du coup, les Iraniens menacent d’une crise économique le monde et provoquent une énorme pression sur les États-Unis pour qu’ils cèdent à leurs exigences afin que les détroits soient rouverts. Et ça marche, si l’on en juge par les gémissements atterrés des responsables politiques et économiques de tout l’Occident, et pas seulement. Personne ne sait comment le président des États-Unis pourra un jour se sortir du piège iranien. Et lui non plus, semble-t-il.

Deux verrous maritimes

Bab el-Mandeb, large d’environ 29 km, au sud de la mer Rouge, permet l’accès à l’océan Indien. Un passage éminemment stratégique entre l’Afrique à l’ouest et la péninsule arabique à l’est. 2 000 km plus au nord, en remontant la mer Rouge, un autre goulet, artificiel celui-là, existe : le canal de Suez. Par ces deux passages transite l’essentiel du commerce entre l’Extrême-Orient, Chine comprise, et l’Europe.

La fermeture du détroit affecterait gravement le trafic du canal de Suez, dont les péages sont une source essentielle de revenus pour l’Égypte. 12% du commerce mondial passe là, et 75% des exportations européennes. De l’autre côté de la péninsule arabique, le détroit d’Ormuz continue de subir une forte limitation de son trafic entre le golfe Persique et l’océan Indien. Les Iraniens refusent d’y rendre la navigation libre et les Américains empêchent la circulation des navires iraniens.

Le piège se referme

Pour parachever leur blocus de la péninsule arabique, Téhéran, à l’aide de drones, a bombardé le pipeline qui, d’est en ouest, traverse l’Arabie saoudite pour acheminer vers la mer Rouge, jusqu’au port de Yanbu, le pétrole brut exploité de l’autre côté, au bord du golfe Persique. Aujourd’hui, ce moyen d’évacuer l’or noir sans passer par Ormuz est inutilisable. Téhéran a donc refermé les pinces du piège qui étranglent Riyad.

Le résultat est que, potentiellement, ce sont 23 millions de barils par jour qui ne pourraient être acheminés, soit près du quart de la production mondiale, si les détroits de cette région du monde étaient complètement fermés. Les Saoudiens éperdus ont demandé à Donald Trump de l’aide. Elle leur a été refusée. L’Amérique n’a plus, semble-t-il, les moyens militaires d’ouvrir un second front au Yémen. Une intervention américaine pourrait d’ailleurs embraser la région tout entière.

La recherche d’une solution sans les Américains ?

Les Omanais viennent donc de décider de relancer un cycle de négociations entre Téhéran et les pays du Golfe, dans le but d’obtenir un accord qui permette la réouverture d’Ormuz. Inexorablement, les Américains, englués dans une guerre sans fin, perdent la main dans tout le Moyen-Orient et au-delà. Le 7 août dernier, l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ont signé un pacte de défense mutuelle.


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