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L’Ukraine a porté la guerre dans la Crimée annexée, symbole sacré pour Poutine

publié le 26/06/2026 par Pierre Haski

Une stratégie ukrainienne pour faire passer le message à la population russe que la guerre de Poutine est dans l’échec

Photo : Cette image satellite montre des générateurs de fumée sur le pont de Crimée, également appelé pont du détroit de Kerch, qui enjambe le détroit de Kerch, à Kerch.  - Image satellite 2026 Vantor/Handout

Les drones ukrainiens ont semé la peur et la panique parmi les résidents et visiteurs russes de Crimée annexée. Efficace, même Donald Trump a remarqué.

Tout a commencé en Crimée, en 2014 ; cette péninsule annexée par la Russie est aujourd’hui le symbole d’un retournement de situation défavorable à Vladimir Poutine.

Sur les réseaux sociaux, ce sont des vidéos inhabituelles : une jeune Russe en larmes qui montre son appartement vidé, ses valises bouclées… Une autre se filme, valise à la main, devant la gare pour repartir vers la Russie, alors qu’à l’horizon s’élève une colonne de fumée après une attaque de drone ukrainien. Un homme réfugié sur une plage dit aux Russes : « nous sommes sous les bombes, venez si vous ne me croyez pas » !

Ces images sont le fruit d’une stratégie ukrainienne délibérée, qui a pris la Crimée pour cible. Depuis des semaines, des tirs de drone que la défense aérienne russe ne parvient pas à stopper, ciblent les raffineries, les dépôts de carburant, les stations-service, les camions d’approvisionnement. Le résultat est une pénurie de carburant et un climat de peur parmi les Russes installés ou en vacances dans ce territoire très prisé.

L’Ukraine se venge et diffuse les images de ses drones qui touchent leurs cibles, comme un jeu vidéo dont le message en direction des Russes est simple : nous pouvons porter la guerre chez vous.

Pourquoi la Crimée ? En janvier 2014, des petits hommes en uniforme vert olive, sans signe distinctif de pays ou d’armée, ont pris en quelques heures le contrôle de la Crimée. Il s’agissait évidemment de forces spéciales russes, le prix à payer par l’Ukraine pour la révolution de Maidan et le choix pro-européen des manifestants de Kiev. Plus tard, un référendum sous contrôle donnera un vernis légal à cette opération militaire, et la Crimée passa sous souveraineté russe.

Vladimir Poutine a fait de la Crimée le symbole de son succès. Il a construit un pont pour la relier à la « mère patrie », et a glorifié une histoire qui remonte à l’impératrice Catherine II, fondatrice de la ville de Sebastopol, base militaire sur la mer Noire – mais en gommant la déportation des habitants tatars par Staline.

Pour toutes ces raisons, tout ce qui touche à la Crimée est sacré, à la fois pour les Ukrainiens qui n’ont jamais digéré l’annexion de 2014, et pour Poutine qui en a fait un symbole.

Depuis des mois, les Ukrainiens tentent de faire entrer la guerre dans la vie des citoyens russes, comme elle est présente avec son cortège de souffrances dans celle des Ukrainiens. Les attaques en profondeur en territoire russe, contre les installations pétrolières, ont d’abord un impact psychologique, mais aussi économique réel, créant le chaos dans la distribution de carburant en Russie.

La Crimée est dans la même logique, la caisse de résonnance des Russes de Crimée qui postent des vidéos sur leur peur fait passer le message à l’ensemble de la population russe que la guerre de Poutine est en échec.

L’Ukraine a en tous cas réussi à faire passer son message auprès d’un homme, Donald Trump, qui considérait autrefois Zelensky comme un « loser », mais a déclaré hier que le président ukrainien « s’en sort plutôt bien, il est courageux, il a des bons combattants ». Le Kremlin a assurément remarqué, Trump est révélateur du vent qui tourne. La bataille de Crimée et ses implications politiques pourrait bien marquer un tournant.