Jean-Paul Mari présente :
Le site d'un amoureuxdu grand-reportage

Magouilles anti-électorales tous azimuts de Trump

publié le 07/02/2026 par Pierre Feydel

Les élections partielles sont calamiteuses. Les sondages inquiétants. Les midterms s’annoncent mal pour le président. Alors, il tente de les pervertir

Le 2 février, Donald Trump a invité les républicains à « nationaliser » les futures élections des midterms, prévues le 4 novembre prochain dans une quinzaine de circonscriptions. Autrement dit, il souhaite que son administration y contrôle le scrutin et les résultats. Or l’article I de la Constitution des États-Unis, à laquelle il a prêté serment, confie l’organisation des élections aux États, et en aucune façon au gouvernement fédéral. I

l s’agit surtout pour le maître de la Maison-Blanche de semer le doute sur les résultats à venir et de préparer l’opinion à des contestations venues de son camp. Le leader de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, s’est demandé publiquement si le président croyait à la démocratie et s’il avait pris la peine de lire la Constitution. Sans doute pas.

Sondages en berne et revers électoraux en série

Il est vrai que les sondages sont mauvais pour le camp présidentiel, et que Donald Trump a essuyé des revers cuisants à chaque élection partielle depuis son investiture.

Dernier en date, le 1er février, au Texas, où Taylor Rehmet, candidat démocrate à une élection spéciale pour un siège du Sénat de l’État, a gagné avec 14 % de voix d’avance. Son prédécesseur républicain l’avait emporté avec 17 % d’avance lors du scrutin précédent. Un différentiel de 31 points dans un État très républicain, même si cette circonscription est historiquement disputée. Une claque donc, mais ce n’est pas la seule.

Texas, Iowa, Tennessee, Virginie, New Jersey…

Le 31 décembre, c’est encore un démocrate qui a été élu lors d’une élection partielle à la Chambre des représentants de l’État de l’Iowa. Un autre siège de cette même assemblée avait connu un basculement similaire, réduisant l’avance républicaine et fragilisant leur contrôle de l’institution. Le 2 décembre, dans le Tennessee, le candidat républicain a été élu à la Chambre des représentants de justesse, perdant 13 points par rapport au scrutin précédent. À la présidentielle, Trump l’avait emporté haut la main avec 22 points d’avance. Le 5 novembre dernier, deux démocrates ont été élus aux postes de gouverneur des États de Virginie et du New Jersey.

Mauvaises nouvelles jusque dans les bastions conservateurs

À New York, c’est le jeune démocrate socialiste Zohran Mamdani qui est devenu maire de la Grosse Pomme, à l’issue des élections municipales du 4 novembre 2025. Une victoire symbolique dans la première ville du pays, confirmant l’implantation électorale de l’aile gauche du Parti démocrate dans les grands centres urbains.

Et les sondages s’en mêlent. L’un d’entre eux, commandé par Fox News, chaîne acquise aux trumpistes, révèle que sept électeurs sur dix considèrent que le président ne s’occupe pas assez de l’économie. Quatre sur dix estiment que ses décisions en la matière leur ont nui. Dans le New York Times, six Américains sur dix pensent que les méthodes de l’ICE en matière de répression de l’immigration sont allées trop loin. Rien ne va plus.

Même parmi les républicains, la cote du président à propos de sa politique migratoire s’effrite, perdant plus de dix points depuis janvier. Une étude du Pew Research Center montre que 56 % des républicains soutiennent les politiques de Trump, soit 11 points de moins qu’il y a un an. Ces mauvais chiffres incitent le président des États-Unis à multiplier les manœuvres douteuses, avec plus ou moins de succès.

FBI, Géorgie et soupçons de manipulation

Le 28 janvier, le FBI s’empare à Fulton, en Géorgie, des documents relatifs à l’élection présidentielle de 2020, dont le résultat a été contesté par Trump. Sept cents boîtes de bulletins de vote sont saisies. Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national, assiste à la perquisition. Les démocrates et la presse demandent des explications : ses fonctions ne l’autorisent pas à s’occuper de questions intérieures. La Maison-Blanche se lance alors dans des explications embarrassées, évoquant de possibles ingérences étrangères lors de ce scrutin local.

Or la nouvelle cheffe des services de renseignement américains est connue pour ses positions pro-Poutine et son manque d’expérience en matière de renseignement. On comprend mal. Puis l’administration Trump explique que Tulsi Gabbard aurait une mission de contrôle des élections à venir. Mais elle défend ouvertement la thèse de l’élection « volée » de 2020, ce qui en fait un juge pour le moins partial. En attendant, les autorités électorales de Géorgie réclament la restitution des documents saisis.

Bras de fer entre États

Comme si ces incohérences ne suffisaient pas, Donald Trump s’est aussi lancé dans une vaste opération de tripatouillage des circonscriptions électorales. Ainsi, au Texas, un redécoupage devrait permettre aux républicains de gagner cinq sièges supplémentaires à la Chambre des représentants. Le gouverneur démocrate de Californie a immédiatement décidé d’en faire autant dans son État pour son propre camp. Le gouverneur républicain du Texas, Greg Abbott, rétorque en attaquant cette décision devant la Cour suprême. Mais la plus haute autorité judiciaire du pays autorise le découpage californien voulu par Gavin Newsom, ce qui, en nombre d’élus, annihile le bénéfice de l’opération texane pour les républicains.

Douze États fédérés ont l’intention de se livrer à cette pratique du « gerrymandering », du nom du premier homme politique à avoir pratiqué ce charcutage électoral. Mais le président n’est pas parvenu à convaincre tous les élus de son camp. Les républicains de l’Indiana ont, par exemple, refusé de se livrer à ce « redistricting » à leur profit. Les manœuvres trumpistes ne fonctionnent donc pas si bien.

Trump, son propre poison électoral ?

Le plus grand danger pour Donald Trump est que ces outrances répétées, ses attaques contre la Constitution et son mépris de la démocratie fassent de lui une référence toxique pour les candidats républicains aux prochaines élections. La base MAGA, taraudée par l’affaire Epstein et inquiète pour le pouvoir d’achat, pourrait s’effriter. Et ce n’est pas une politique étrangère qui recueille peu d’avis favorables dans l’opinion qui viendra l’aider électoralement. Après tout, le président des États-Unis est peut-être son pire ennemi.


Encadré

⚖️ Qui contrôle les élections aux États-Unis ?

La Constitution américaine confie l’organisation des élections aux États fédérés, et non à l’exécutif fédéral.

– Article I, section 4 : les États déterminent les modalités des élections législatives (Chambre des représentants et Sénat), sous réserve d’un pouvoir d’harmonisation du Congrès.
– Article II, section 1 : chaque État fixe les règles de désignation de ses grands électeurs pour l’élection présidentielle.
– Le gouvernement fédéral ne dispose d’aucune compétence directe pour administrer un scrutin, certifier des résultats ou intervenir dans le processus électoral local.
– Toute tentative de « nationalisation » administrative des élections par l’exécutif constitue une rupture avec le fédéralisme électoral et un précédent constitutionnel majeur.


Tous droits réservés "grands-reporters.com"