Malgré les bombes, les mollahs accélèrent les exécutions
La guerre ne ralentit pas la machine à tuer. Le régime des mollahs mène de front deux combats : résister aux frappes extérieures et écraser ce qui reste de contestation intérieure
Trois pendaisons, un message
Dimanche 5 avril, à l’aube, deux jeunes hommes ont été pendus à la prison de Ghezel Hesar, près de Karaj : Mohammad Amine Biglari, 19 ans, étudiant en informatique, et Shahin Vahedparast, 31 ans. Accusés d’« inimitié envers Dieu » et de « corruption sur terre », ils avaient été arrêtés lors des manifestations de janvier, jugés en un mois à peine par la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran, présidée par le juge Abolqassem Salavati, figure de proue de la répression judiciaire.
Le lendemain, lundi 6 avril, Ali Fahim, 23 ans, était pendu dans la même prison, sans que sa famille ait été prévenue ni autorisée à le voir une dernière fois. Dans l’espace d’une seule semaine, de fin mars à début avril, neuf dissidents ont été exécutés. Depuis le début du conflit armé, au moins trois prisonniers politiques ont été mis à mort.
Quelques jours plus tôt, le 19 mars, à la veille du Nouvel An iranien, c’est Saleh Mohammadi qui avait été pendu à Qom — 19 ans, lutteur national, plusieurs fois médaillé. Trois hommes en un seul matin, exécutés « en présence d’un groupe de personnes » — formule officielle qui signifie, dans le lexique du régime, une mise à mort à valeur d’exemple. Le message est clair : la peur doit primer sur le deuil.
« La principale crainte du régime, c’est un nouveau soulèvement intérieur »
Le paradoxe est saisissant. Au moment même où des missiles américains et israéliens frappent les installations militaires iraniennes, les bourreaux travaillent à l’intérieur. La guerre, loin de freiner la répression, lui offre une couverture idéale. « Le régime profite de la guerre pour renforcer sa présence dans les rues, avec des milices et des forces armées visibles jour et nuit, ce qui n’existait pas auparavant », explique Afchine Alavi, membre du Conseil national de la résistance iranienne. Des combattants étrangers — Irakiens, Afghans, Pakistanais — grossissent les rangs des Gardiens. Et l’on arrête les familles pour faire pression sur les prisonniers.
La logique est celle de la terreur préventive. « La principale crainte du régime, c’est qu’à la fin de la guerre, un nouveau soulèvement éclate à l’intérieur », analyse Alavi. Human Rights Watch a documenté des exécutions massives, arbitraires et secrètes, des disparitions forcées, des prisonniers politiques — dont des enfants — soumis à la torture et aux aveux extorqués. Au moins trente autres manifestants restent sous la menace d’une exécution imminente, dont deux adolescents de 17 ans.

Toomaj Salehi : le rappeur disparu
C’est dans ce contexte que le silence de Toomaj Salehi prend une résonance particulière. Ce rappeur de 35 ans, condamné à mort en avril 2024 pour son soutien au mouvement Femme, Vie, Liberté, avant que sa peine soit commuée sous pression internationale, avait repris son combat dès sa libération en décembre 2024. Début janvier 2026, il retournait manifester. Le 4 février, il publiait sur ses réseaux une photo de son dos criblé de cinq impacts de balles, avec ces mots en légende : « Nous sommes toujours debout pour la liberté et la justice. » Depuis le 23 février, plus rien. Sa disparition des écrans coïncide avec le black-out informationnel qui étouffe le pays : de nouveaux blocages d’Internet ont été imposés, les checkpoints pullulent dans les rues de Téhéran, et quiconque tente de contourner les restrictions numériques risque l’arrestation.
La dessinatrice franco-iranienne Bahareh Akrami, qui lui consacre une bande dessinée publiée cette semaine aux éditions Delcourt, résume : « Son combat dépasse sa peur. » Mais la peur, elle, a changé de visage. Elle ne vient plus seulement des gardiens de prison. Elle vient aussi du ciel — des bombes qui tombent sur une population prise en étau entre deux violences, celle de son régime et celle de la guerre.
La guerre ne fait que détourner les regards
Entre le 18 et le 31 mars, au moins huit hommes ont été exécutés sous des chefs d’accusation d’« espionnage », de « rébellion armée » ou de « guerre contre Dieu » — des accusations brandies comme un couteau, à huis clos, sans avocat, après des procès bouclés en quelques semaines. Entre mars 2025 et mars 2026, ce sont 2 658 exécutions qui ont été recensées en Iran — un record depuis trente ans. Les bombes américaines n’ont rien changé à cela. Elles ont simplement détourné les regards.
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