Malgré les psychodrames, Iraniens et Américains face à face en Suisse
La première journée de rencontre américano-iranienne en Suisse s’est terminée sur le retrait des Iraniens suite à de nouvelles menaces de Donald Trump
Mais ce psychodrame n’empêchera pas la réunion d’avancer, malgré les nombreux obstacles comme la guerre au Liban qui connait une pause fragile.
Le psychodrame fait partie intégrante d’une négociation, surtout entre deux pays qui viennent de se faire la guerre, et dont l’hostilité remonte à des décennies. La première journée des négociations américano-iraniennes, hier en Suisse, n’a pas fait exception à la règle.
La rencontre a commencé avec le refus des Iraniens de se faire photographier avec les Américains, et elle s’est terminée par le retrait de la délégation iranienne en signe de protestation à la suite des menaces proférées par Donald Trump. Le président américain a menacé une nouvelle fois d’effacer l’Iran de la carte et s’en est pris aux dirigeants présents en Suisse, s’attirant un avertissement de Téhéran de « mesurer ses paroles ».
Des postures destinées à un usage interne
Une partie de ces gesticulations sont destinées à usage interne, aussi bien en Iran qu’aux États-Unis. Donald Trump est accusé, y compris dans les rangs républicains, d’avoir capitulé face à l’Iran en signant ce protocole d’accord très favorable à Téhéran – il bombe le torse pour apparaître en contrôle ; tandis que les représentants iraniens doivent montrer à leur aile dure qu’ils ne pactisent pas avec le « Grand Satan » américain.
Le simple fait que les deux délégations, l’une conduite par le vice-président américain J.D. Vance, l’autre par le président du Parlement iranien Mohammed Bagher Ghalibaf, soient présentes face à face à Burgenstock, constitue un pas important.
L’influence sur le conflit libanais
Ce n’était pas évident, car deux fois ces derniers jours, l’offensive israélienne contre le Hezbollah au Liban a failli faire dérailler le processus, car le protocole d’accord signé par Trump prévoit un cessez-le-feu au Liban.
La journée de dimanche a été calme au Liban, ce qui montre que Donald Trump a les moyens de se faire entendre de Benyamin Netanyahou qui s’oppose à cet accord. Des ministres israéliens menacent toujours de faire brûler le Liban, et Netanyahou lui-même est en difficulté en raison de son incapacité à tenir tête aux Américains. Mais il n’a pas eu d’autre choix que de cesser le feu, même si ses troupes restent fermement en occupation du sud Liban.
Le médiateur qatari a conseillé aux Iraniens de venir en Suisse pour ne pas « donner un véto à Netanyahou » : c’est un facteur important de l’équation.
Les points de vigilance pour l’avenir
Il y a plusieurs éléments à surveiller pour voir si la négociation avance : d’abord la navigation dans le détroit d’Ormuz. Les Iraniens ont annoncé l’avoir refermé quand les Israéliens ont bombardé le Liban ; mais les Américains affirment que 67 navires l’ont emprunté en 24 heures ce weekend, c’est bien moins qu’en temps normal mais plus que depuis trois mois. Trump a menacé hier d’en prendre le contrôle et de prendre 20% du montant du pétrole transporté pour se rembourser – mais à ce stade c’est surtout du bluff.
Deuxième élément, la levée des sanctions sur les exportations de pétrole iranien et la libération de milliards de dollars d’argent iranien « gelé » dans des banques à l’étranger. C’est prévu dans l’accord et son application progressive sera un bon baromètre de la négociation.
Au bout du compte, ce qui importe c’est la volonté d’aboutir des deux parties. Que se passera-t-il quand le délai de 60 jours sera passé sans accord sur le volet nucléaire, le plus complexe, ce qui est plus que probable ? Ce sera l’heure de vérité, mais les Iraniens ne croient pas la menace de Donald Trump de reprendre la guerre – et ils ont sans doute raison.
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