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Manifestations: Trump envoie l’armée

publié le 10/06/2025 par Pierre Haski

L’envoi de la Garde nationale en Californie fait craindre une dérive autoritaire de Donald Trump

Les premiers gardes nationaux envoyés par Trump sont arrivés à Los Angeles, malgré l’opposition du gouverneur démocrate de l’État. ( Ils ont été rejoint par 700 Marines ) .Le président a pris cette décision inédite depuis 60 ans d’envoyer la Garde contre l’avis du Gouverneur, dans un contexte de gestion chaotique de l’administration.

Difficile de ne pas y voir un risque de dérive autoritaire. Si la Garde nationale a déjà été déployée sur une scène de troubles civils, c’est la première fois depuis 60 ans que le président des États-Unis a décidé de la déployer contre l’avis du Gouverneur de l’État concerné, en l’occurrence la Californie. Plus grave encore, le Secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a déclaré que des Marines, donc l’armée, étaient en état d’alerte, prêts à être envoyés en cas de besoin.

Tout a commencé vendredi, avec des manifestations, puis des émeutes, contre l’intervention musclée de l’I.C.E., la police de l’immigration, dans certains quartiers de Los Angeles, contre des immigrants illégaux. Ces raids sont fréquents depuis que Donald Trump en a fait le cœur de son programme électoral. Alors qu’il est en échec sur d’autres aspects de sa politique -l’économie, les guerres commerciales, la diplomatie ou sa rupture fracassante avec Elon Musk-, les arrestations et expulsions des migrants sont devenus le seul moyen de montrer à ses électeurs déboussolés qu’il tient ses promesses de campagne.

Cette toile de fond explique sa sur-réaction, samedi, d’envoyer 2000 hommes de la Garde nationale en Californie, territoire « ennemi » s’il en est politiquement, fief démocrate et État sanctuaire en matière d’immigration. La première conséquence de cette décision est de placer le président en opposition frontale à Gavin Newsom, le gouverneur de Californie, et l’un des hommes politiques en vue dans le camp démocrate. Newsom a qualifié la décision d’envoyer la Garde nationale d’« inflammatoire » et susceptible d’aggraver les tensions : ça n’était pas arrivé depuis les troubles de l’époque de la guerre du Vietnam.

Donald Trump a invoqué une loi qui ne s’applique qu’en cas de risque d’invasion, de rébellion ou de risque de rébellion contre l’autorité du gouvernement des États-Unis. Il est évident qu’on en est loin, dans tous les cas. Il y a donc un abus d’autorité, surtout si on tient compte de la menace d’employer les Marines contre la population américaine. Trump y voit une opportunité politique, mais il alimente au passage les pires craintes de la partie des Américains qui redoutent la dérive de cette administration dans le respect de l’état de droit.

Depuis quatre mois et demi qu’il est à la Maison Blanche, Donald Trump teste les limites de son propre pouvoir. Il multiplie les décisions par Executive Order, par décret, marginalisant le pouvoir législatif, et malmenant le pouvoir judiciaire. Il procède aujourd’hui à une nouvelle escalade avec cet envoi de troupes controversé. Mais le risque est surtout qu’il accentue le caractère chaotique de son administration, que ressentent déjà bon nombre d’Américains avec sa guerre commerciale erratique dont le premier effet sera de relancer l’inflation ; ou avec le feuilleton catastrophique de ses relations avec Elon Musk, hier porté aux nues dans le bureau ovale, et aujourd’hui voué aux gémonies.

Donald Trump joue gros avec cet envoi de la Garde nationale qui risque de mettre de l’huile sur le feu, d’embraser des quartiers de Los Angeles, et de provoquer la contagion. Si c’est le cas, loin d’avoir détourné l’attention des autres problèmes, il en aura créé un de plus, avec le risque de la fuite en avant autoritaire. C’est dire la gravité du moment.

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