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Maria Corina Machado, le Prix Nobel qui met Trump en colère

publié le 11/10/2025 par Pierre Feydel

L’opposante vénézuélienne au dictateur Maduro est proche idéologiquement de Trump. Une pilule d’autant plus amère pour le président américain

Un comité norvégien sous pression

Les jurés du prix Nobel de la paix 2025 sont des Norvégiens malins. Donald Trump était un candidat plus qu’insistant, se vantant d’avoir arrêté cinq guerres et annonçant une paix éternelle au Moyen-Orient.
Malgré les pressions, sans précédent, exercées par le président des États-Unis, les cinq membres du Comité Nobel ont résisté.

Le fondateur de cette vénérable institution, Alfred Nobel, l’inventeur de la dynamite — qui considérait sans doute qu’il avait beaucoup à se faire pardonner — voulait que ce prix-là soit décerné à une personne ayant « le plus ou le mieux contribué à promouvoir la fraternité entre les nations, l’abolition ou la réduction des armées permanentes, la création et la promotion de congrès pour la paix. »
Les jurés ont sans doute considéré que Donald Trump ne remplissait pas ces conditions.

Loin d’un simple réflexe anti-Trump

Ils sont cinq. Deux sont désignés par le Parti travailliste norvégien (social-démocrate), un par le Parti conservateur (droite), un par le Parti du centre (agrarien et centriste), et un par le Parti du progrès (libéral).
Pas même une majorité de gauche pour expliquer un rejet de Trump.

Maria Corina Machado est une femme politique vénézuélienne, opposante depuis toujours au pouvoir d’Hugo Chávez puis à celui de Nicolás Maduro.
Le président du Comité, Jørgen Watne Frydnes, a expliqué à Oslo avoir voulu saluer ses efforts « en faveur d’une transition juste et pacifique de la dictature à la démocratie. »
On imagine l’extrême frustration du président américain pour lequel cette distinction représentait une apothéose mondiale de son action diplomatique.

Une récompense impossible à contester

Avec une certaine malice, les jurés du Nobel ont choisi une personnalité à laquelle Trump, si furieux soit-il, ne peut rien reprocher. Après tout, elle combat l’un des rares dictateurs que lui-même voue aux gémonies. Et elle semble idéologiquement assez proche du trumpisme.

Bien qu’elle se définisse comme centriste, Maria Corina Machado défend un programme économique ultra-libéral pour son pays.
Elle est signataire de la Charte de Madrid, lancée en 2020 par le parti espagnol Vox, qui veut rassembler les droites extrêmes d’Espagne et d’Amérique latine pour combattre le « narco-communisme, la gauche et le crime organisé. »

Enfin, elle a félicité, en novembre 2023, Javier Milei d’avoir remporté la présidentielle argentine, qualifiant sa victoire de triomphe dans sa lutte pour le « changement et la liberté » en Amérique latine.
Toutes opinions qui ne devraient que ravir le président américain…

Une héritière entrée en politique

Maria Corina Machado a 58 ans. Elle est l’aînée d’une famille de quatre enfants.
Son père, membre distingué de l’oligarchie, est héritier d’une famille qui a fondé la compagnie d’électricité Electricidad de Caracas et les entreprises sidérurgiques Sivenan et Sidetut.
Sa mère est psychologue.

Elle avoue avoir vécu une enfance « protégée du contact avec la réalité. »
Elle poursuit ses études dans un pensionnat catholique, puis entre à Wellesley, aux États-Unis, dans le Massachusetts.
Elle est diplômée en ingénierie de l’université catholique Andrés Bello, titulaire d’un mastère en finance.
Tout naturellement, elle commence à travailler dans les entreprises familiales.
C’est en 2002 qu’elle entre dans l’opposition.

L’irréductible adversaire de Chávez et Maduro

Elle participe alors au coup d’État qui tente de destituer Chávez.
En 2004, elle réunit trois millions de signatures réclamant son départ.
L’année suivante, elle est accusée de trahison et met ses enfants à l’abri aux États-Unis.

En 2010, elle se fait élire à l’Assemblée nationale. Quatre ans plus tard, elle est destituée de son mandat.
La Cour suprême juge en vain son expulsion illégale.
Elle ne cessera jamais de s’opposer au pouvoir en place.

En 2023, elle devient la figure principale de l’opposition en remportant, avec 92,13 % des voix, les primaires de la coalition pour la présidentielle de 2024.
Accusée de fraude fiscale, elle est exclue du suffrage.
Elle soutient alors Edmundo González Urrutia, qui obtient 50 % des voix — résultat que Maduro ignore purement et simplement.

La “libertadora” du Venezuela

Menacée, Maria Corina Machado est devenue une favorite des sondages, au point d’être surnommée la « libertadora », en hommage au libertador Simón Bolívar. L’année dernière a été, pour elle, celle des distinctions :
le Prix Václav Havel du Conseil de l’Europe (attribué aux défenseurs des droits de l’homme),
le Prix Sakharov du Parlement européen (avec Urrutia) pour sa lutte en faveur de la démocratie au Venezuela,
et enfin le Prix Nobel de la paix cette année, le vendredi 10 octobre 2025.

La Maison-Blanche a estimé que le comité Nobel avait « privilégié la politique à la paix. »
Ce qui ne veut pas dire grand-chose.
À Oslo, les jurés ont voulu saluer le courage — ce que Donald Trump ne peut comprendre, lui qui ne reconnaît jamais la moindre qualité à ses opposants.


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