Marine Le Pen et l’étranger : la diagonale du vide
Le programme de politique étrangère du RN n’existe pas. Marine Le Pen affiche une vision du monde mouvante, entre fascination russe et calcul électoral
Vite! Une photo souvenir en quête de stature
Ce 12 janvier 2017, Marine Le Pen est à New York. En pleine campagne présidentielle française, la leader nationaliste se cherche une stature internationale. Ce voyage surprise a un but : elle veut rencontrer Donald Trump, élu quelques semaines plus tôt à la Maison Blanche. Elle passe un après-midi entier à faire le pied de grue dans un café au pied de la Trump Tower, dans l’espoir d’obtenir un rendez-vous. Elle rêve d’un cliché aux côtés du président républicain illustrant leur proximité idéologique. En vain.
Humiliée par Trump
Marine Le Pen a pourtant été parmi les premières responsables politiques à saluer la victoire du candidat républicain. Mais, décidément cruel, à la veille du premier tour du scrutin qui doit porter à l’Élysée Emmanuel Macron, le président américain, dans une interview au « Financial Times », explique à propos de la candidate du Rassemblement national : « … je ne la connais pas. Je ne l’ai jamais rencontrée. » La voilà snobée, humiliée par l’homme qui préside au destin de la première puissance mondiale. Un terrible raté.
De Trump à Poutine, la quête d’alliés forts
La photo, Marine Le Pen va l’obtenir de Vladimir Poutine. Après avoir quitté les États-Unis, en mars de la même année, à la veille du premier tour, elle gagne Moscou pour serrer la main du maître du Kremlin. En octobre 2011, dans une interview au journal russe « Kommersant », elle ne cache pas son « admiration » pour le président russe. En janvier 2017, elle affirme : « je ne crois absolument pas qu’il y ait eu une annexion illégale de la Crimée. » Le 8 février 2022, nouvelle dénégation : « je ne crois pas du tout que la Russie ait le souhait d’envahir l’Ukraine ». Quatorze jours plus tard, elle doit déplorer l’attaque des troupes de Moscou.
Retournement de veste
Et puis, dès mars, Marine Le Pen s’empresse de prendre ses distances, déclarant à BFM : « je n’ai pas de liens d’amitié avec Vladimir Poutine, que j’ai rencontré une fois dans ma vie. Je n’ai même pas de liens financiers avec lui. » Avec l’homme sans doute pas, mais avec des banques de son pays qui n’ont pu agir sans son aval, c’est moins sûr.
Les millions russes du RN, une dépendance gênante
Le Rassemblement national a bénéficié en 2014 de deux prêts russes à hauteur de 11 millions d’euros. 9,4 millions de la First Czech Russian Bank, proche du Kremlin, qui a bizarrement fait faillite deux ans après, et deux millions d’une obscure société offshore chypriote directement alimentée par des fonds de Moscou. Les prêts auraient, depuis, été remboursés. Les liens du RN avec la Russie ont été incessants. Marine Le Pen, depuis 2013, y a fait quatre voyages, y recevant les honneurs du régime dont elle vante les mérites.
A Bruxelles, le RN vote pour la Russie
Au Parlement européen, les députés du parti national-populiste ont systématiquement voté contre les résolutions condamnant les actions du Kremlin. Au mois de février dernier, Jordan Bardella s’est prononcé contre le prêt de 90 milliards d’euros d’aides accordées à l’Ukraine par l’Union européenne, critiquant le montage de l’opération, en évitant, hypocritement, de se prononcer sur son bien-fondé.
Une politique étrangère au gré des sondages
En fait, c’est l’opinion publique française, les tendances de l’électorat qui guident les contorsions de la candidate du RN en termes de politique internationale. Or, aujourd’hui, Donald Trump a réussi à convaincre 42% des Français que les États-Unis sont une puissance ennemie. Du coup, Marine Le Pen s’est éloignée à toute vitesse du président des États-Unis et de sa politique. Pour ce qui est de la Russie et de Vladimir Poutine, elle a cessé toute forme de soutien public.
72% des Français considèrent que la Russie est une menace pour l’Europe
Il est vrai qu’un sondage de septembre 2025 indique que 72% des Français considèrent que la Russie est une menace pour la souveraineté des États européens. La perception du danger russe est aiguë. Oubliées, donc, les anciennes affinités américano-russes. Mais la politique étrangère doit-elle être soumise aux aléas de la politique intérieure ?
Israël, l’opportunisme électoral
Dans le cas d’Israël, le rapprochement avec Benjamin Netanyahou, qui fait les yeux doux à l’extrême-droite européenne, est parfaitement en phase avec la politique anti-immigrés du RN. En France, la montée de l’antisémitisme alimentée par une immigration arabo-musulmane importante, travaillée par l’islamisme, conforte le RN dans sa nouvelle vocation de supposé protecteur de la communauté juive. C’est du moins l’analyse et l’objectif du parti d’extrême-droite, très aidé par les remugles antisémites de l’extrême-gauche mélenchoniste.
Faire oublier les oripeaux antisémites
Le sentiment pro-RN ne cesse de progresser dans la communauté juive, soigneusement encouragé par les dirigeants israéliens. Marine Le Pen n’a pas été reçue par hasard par l’ambassadeur d’Israël à Paris en avril dernier, un an après le voyage de Jordan Bardella en Israël. Une occasion de faire oublier les oripeaux antisémites du Front national et de Jean-Marie Le Pen. Car, là aussi, il y a des électeurs à prendre.
Europe : de la sortie rêvée au sabotage assumé
Pour ce qui est de l’Europe, la partisane du Frexit, lors du face-à-face avec Emmanuel Macron, pendant de la campagne présidentielle de 2017, voulait remplacer l’euro par un hypothétique écu. En 2020, elle se félicite du Brexit. Depuis, elle a sérieusement dilué sa potion eurosceptique dans une limonade eurocompatible, quitte à concocter un véritable poison. Si elle reste dans l’Union européenne, ce serait pour mieux la détruire. L’hypothèse de l’arrivée du RN au pouvoir en France donne la nausée aux dirigeants européens. Ils savent que la bataille sera d’abord financière.
Des cadeaux pour Poutine
Le RN veut réduire de moitié la contribution française à l’Union européenne, faire sortir la France du marché européen de l’électricité. Il s’agit, plus généralement, de donner une prééminence au droit national sur le droit européen. Une façon de dynamiter les fondements juridiques de l’Europe. Enfin, la France cesserait son soutien à l’Ukraine et pourrait se retirer de la coalition des volontaires. Autant de cadeaux faits à Poutine.
Alliés déchus
Marine Le Pen, dans son combat contre les institutions européennes, a toutefois perdu un allié de poids, le Hongrois Viktor Orbán, battu aux dernières législatives de son pays pour cause de corruption. Et Giorgia Meloni, la présidente issue de l’extrême-droite du Conseil italien, a repoussé ses propositions d’alliance, ne partageant pas ses aversions contre Bruxelles. Du coup, la candidate à la présidentielle française apparaît bien seule. D’une manière générale, les prolégomènes de sa politique étrangère apparaissent surtout passablement flous. Leur mise en œuvre terriblement aléatoire, d’autant que les compétences pour la mettre en place ne se bousculent pas dans son entourage.
Une obsession et pas mal d’oublis
Un point est en tout cas clair : la volonté, partagée d’ailleurs par la droite, de dénoncer l’accord franco-algérien de 1968 qui gère les relations des deux pays en matière d’immigration. Là encore, une décision qui doit beaucoup à la politique intérieure. Restent d’énormes oublis : la Chine, en particulier, et l’Asie en général, absentes de la planète mentale du RN.
Une imposture gaulliste au service du nationalisme
En 2020, Marine Le Pen, dans la « Revue politique et parlementaire », affirme que seul son parti défend une ligne gaulliste. Une formidable imposture. Elle confond indépendance nationale et souverainisme agressif, nationalisme haineux et patriotisme rassembleur. Elle se prétend, comme le général de Gaulle, à équidistance de Moscou et Washington, oubliant que le chef de la France libre, premier président de la Ve République, se méfiait de ses alliés, mais ne s’est jamais, lui, trompé d’ennemis.
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