Menace sur les terres rares: Trump furieux, le monde affolé
Pékin utilise une règle d’extraterritorialité tirée de l’arsenal américain pour inverser le rapport de force avec les États-Unis. Le reste du monde est aussi la victime
Un proverbe africain résume bien la situation : « quand deux éléphants se battent, l’herbe en souffre ». Les deux éléphants sont la Chine et les États-Unis, et l’herbe c’est le reste du monde, c’est nous !
La guerre commerciale lancée par Donald Trump se double, dans le cas de la Chine, d’une rivalité de superpuissances. Ça la rend plus virulente, plus dangereuse. Dernier épisode en date, à deux semaines d’un sommet entre Donald Trump et Xi Jinping à Séoul, en marge d’un Sommet Asie-Pacifique, Pékin a sorti l’artillerie lourde pour infléchir le rapport de force.
La Chine a décrété l’extraterritorialité de ses restrictions aux exportations de terres rares, ces minerais stratégiques que l’on retrouve partout, dans l’électronique comme dans l’armement ; cela signifie, par exemple, que si une entreprise française utilise 0,1% de terres rares provenant de Chine dans un produit, elle doit obtenir l’autorisation de Pékin pour l’exporter, même vers un pays tiers. Cette mesure a rendu Donald Trump furieux.
Pourtant, le vrai précédent d’une telle mesure est … américain ! La Chine n’a fait que reprendre des méthodes que les États-Unis ont utilisées contre elle, contre l’équipementier télécom Huawei par exemple. Washington est coutumier de l’extraterritorialité, mais se pensait à l’abri de devoir subir le même sort en raison de sa puissance économique et celle de son marché. Pékin lui prouve le contraire.
La mesure a le potentiel de créer des difficultés majeures à certaines entreprises, et pas seulement aux États-Unis, en raison de la domination par la Chine du raffinage des terres rares dans le monde. Si la mesure est strictement appliquée, l’industrie américaine pourrait se retrouver en rupture de certains minerais difficilement remplaçables.
Ces dernières années, face aux menaces sur les chaines d’approvisionnement provoquées par des crises comme le Covid, la guerre en Ukraine ou les tensions avec la Chine, les Occidentaux ont comment à « dérisquer », comme disent les spécialistes, c’est-à-dire réduire leurs dépendances. Mais Américains comme Européens sont loin du compte, et la Chine appuie là où ça fait mal.
Xi Jinping a compris qu’avec Trump, il ne faut pas tendre l’autre joue. Elle a décidé de rendre coup pour coup, ce qui ne manque pas de surprendre le président américain qui n’a pas l’habitude qu’on lui résiste.
C’est une tactique habile de Pékin avant le Sommet de Séoul. Trump a menacé d’annuler cette rencontre et de mettre 100% de droits de douane sur les produits chinois, mais il a fait peur à la Bourse qui a chuté. « N’ayez pas peur de la Chine », a répondu Trump aux investisseurs, qui redoutent Pékin, mais aussi leur propre président agité.
Quant au reste du monde, il est pris en otage par ce bras de fer entre les deux géants. Nous risquons d’être la victime collatérale d’une guerre commerciale sino-américaine que nous n’avons pas démarrée et qui s’effectue en partie à nos dépens. Une partie des produits chinois qui ne vont plus aux États-Unis en raison des droits de douane trop élevés se retrouvent sur les marchés européens et du Sud-Est asiatique.
La mondialisation était fondée sur l’idée de l’interdépendance ; le revers de la médaille, c’est qu’elle a créé de nouvelles dépendances, potentiellement désastreuses.
📘 Encadré
Qu’est-ce que l’extraterritorialité du droit américain?
L’extraterritorialité désigne la capacité d’un État à appliquer ses lois au-delà de ses frontières. Les États-Unis en font un usage particulièrement large, notamment dans le domaine économique et financier. Concrètement, toute entreprise étrangère utilisant le dollar, un serveur ou une filiale situés aux États-Unis peut être soumise à la législation américaine.
Ce principe permet à Washington de sanctionner des sociétés étrangères pour des faits survenus hors de son territoire — corruption, violation d’embargos, transactions avec des pays sous sanctions (Iran, Cuba, Russie…). De grandes entreprises européennes, comme BNP Paribas ou Airbus, en ont fait les frais.
L’extraterritorialité du droit américain est devenue un instrument de puissance, donnant aux États-Unis un levier économique et diplomatique redoutable.
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