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Mexique : la mort du parrain «El Mencho» met le pays à feu et à sang

publié le 14/07/2026 par grands-reporters

La mort du capo a déclenché une flambée de violences et ravive les tensions autour de la stratégie antidrogue avec Washington

Un « parrain » abattu avec l’aide de Washington

La mort de Nemesio Oseguera Cervantes, alias « El Mencho », chef du cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), est un coup spectaculaire porté au narcotrafic, mais elle replonge le pays dans une spirale de violence dont l’issue reste incertaine. L’opération, menée par l’armée mexicaine avec un soutien direct du renseignement américain, illustre la centralité du Mexique dans la stratégie antidrogue de Washington et révèle les limites d’une guerre aux cartels engagée depuis vingt ans.

Tapalpa, 22 février : l’opération qui a tout déclenché

Dimanche 22 février 2026, les forces armées mexicaines lancent une opération ciblée dans la région montagneuse de Tapalpa, dans l’État de Jalisco. Au cours de l’assaut, Nemesio Oseguera est mortellement blessé ; il décède ensuite « pendant son transfert par voie aérienne vers la ville de Mexico », selon l’armée, qui met en avant le caractère « exemplaire » de l’intervention.

Âgé de 59 ans, « El Mencho » était présenté comme le dernier des grands parrains de la drogue, depuis l’arrestation et l’incarcération aux États-Unis des fondateurs du cartel de Sinaloa, Joaquín « El Chapo » Guzmán et Ismael « Mayo » Zambada. Washington avait placé le chef du CJNG parmi les fugitifs les plus recherchés et offert jusqu’à 15 millions de dollars pour toute information menant à sa capture.

Trump, Sheinbaum : une coopération sous tension

La Maison Blanche confirme que les États-Unis ont fourni un soutien en matière de renseignement au gouvernement mexicain, intégrant immédiatement l’opération dans la rhétorique présidentielle sur la « guerre totale » contre les cartels. Donald Trump avait plusieurs fois exhorté la présidente Claudia Sheinbaum à laisser des forces américaines intervenir directement contre les organisations criminelles opérant au Mexique, une option qu’elle a jusqu’ici refusée, au nom de la souveraineté nationale.

Barrages, incendies, panique : la riposte du CJNG

La mort d’« El Mencho » déclenche, en quelques heures, une réaction brutale du CJNG, décrit comme l’une des organisations criminelles les plus violentes du pays. Des membres présumés du cartel érigent des barrages dans une vingtaine d’États, incendiant voitures, bus et camions et transformant les grands axes routiers en zones de conflit.

La capitale Guadalajara à l’arrêt

À Guadalajara, capitale de Jalisco, des épiceries, autobus et commerces sont pris pour cible ; des véhicules calcinés jonchent les rues. Les autorités appellent la population à « se mettre à l’abri ». Une employée d’un magasin de proximité incendié raconte avoir cru à un enlèvement imminent avant de se réfugier derrière un stand de tacos, scène qui dit la brutalité de cette violence irruptive.

Face à la flambée, au moins huit des 32 États suspendent les cours en présentiel. Le pouvoir judiciaire autorise les juges à maintenir les tribunaux fermés pour des raisons de sécurité, tandis que Claudia Sheinbaum multiplie les messages appelant au calme et que l’armée déploie des renforts pour reprendre le contrôle des routes.

Touristes confinés, vols annulés

L’effet domino dépasse rapidement les frontières mexicaines. Les États-Unis invitent leurs ressortissants présents dans des zones touristiques comme Cancún, Guadalajara ou Oaxaca à rester confinés « jusqu’à nouvel ordre », tandis que plusieurs compagnies aériennes nord-américaines annulent des dizaines de vols à destination de villes mexicaines, redoutant des attaques contre les aéroports ou les appareils civils.

Frontière guatémaltèque sous surveillance

Le Guatemala, voisin méridional, place ses forces de sécurité en alerte et renforce la surveillance de sa frontière, régulièrement empruntée par des gangs pour le trafic de drogues, de migrants et de marchandises illicites. Ce réflexe souligne le caractère transnational du CJNG, actif dans presque tout le Mexique et engagé dans l’extorsion, le trafic de migrants, le vol de pétrole et de minerais, et le commerce d’armes.

Un cartel militarisé et mondialisé

Fondé en 2009, le CJNG s’est imposé comme l’un des cartels les plus puissants du pays, notamment grâce à un usage débridé de la violence, n’hésitant pas à défier ouvertement l’État par des embuscades contre des convois militaires ou des attaques visant des responsables politiques. Son arsenal – lance-roquettes capables d’abattre des avions ou de détruire des véhicules blindés – témoigne d’un degré de militarisation proche de celui de groupes armés insurgés.

De la frontière américaine aux nouveaux marchés

Longtemps, le cartel peine à s’imposer sur la frontière nord face aux organisations historiques. Il se tourne alors vers d’autres marchés : l’Europe, l’Asie, l’Afrique et même l’Australie, où la drogue se paie plus cher et où la concurrence mexicaine est moins forte, selon le spécialiste du narcotrafic José Reveles. Cette expansion internationale, combinée au trafic de cocaïne, d’héroïne, de méthamphétamine et de fentanyl, conduit en 2025 l’administration Trump à le classer parmi les « organisations terroristes étrangères », brouillant la frontière entre lutte policière et logique de guerre.

Guerre de succession

La mort de son fondateur ouvre mécaniquement une guerre de succession dont les contours restent flous, mais qui pourrait déboucher sur une fragmentation du groupe, une recomposition des alliances et une nouvelle cartographie du crime organisé au Mexique. Les autorités redoutent autant l’implosion violente du cartel que l’émergence d’une nouvelle figure prête à reprendre le flambeau avec des méthodes encore plus radicales.

Une guerre aux cartels sans horizon clair

Depuis 2006, les violences liées aux cartels ont fait plus de 450 000 morts et plus de 100 000 disparus, selon les chiffres officiels, plaçant le Mexique au niveau d’un conflit armé prolongé en termes de bilan humain. La stratégie de décapitation des organisations – élimination ou capture des « parrains » – offre des victoires symboliques, mais n’inverse pas la dynamique globale : à chaque chef abattu, d’autres émergent, souvent plus jeunes, parfois plus imprévisibles.

Souveraineté mexicaine et pression américaine

Claudia Sheinbaum, qui a jusqu’à présent rejeté l’idée de laisser des forces américaines intervenir directement sur le sol mexicain, se retrouve sous pression, Donald Trump faisant de la guerre aux cartels une priorité politique. La coopération actuelle – renseignement, partage de données, appui technique – pourrait évoluer vers une forme plus intrusive, au risque d’alimenter le ressentiment national dans un pays marqué par la mémoire de l’ingérence américaine.

Victoire, escalade durable

En qualifiant la mort d’« El Mencho » de « grande victoire », les responsables américains et mexicains veulent montrer que l’État reprend l’initiative face à des organisations criminelles hypertrophiées. Mais la vague de violences, la paralysie de grandes villes, la fermeture d’écoles et de tribunaux, et la peur palpable dans la population rappellent que, dans cette guerre, chaque victoire tactique se paie par une nouvelle escalade. La sortie de crise passera autant par la reconstruction des institutions, la lutte contre la corruption et la réduction des inégalités que par la neutralisation des « parrains » du narcotrafic.


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