Mines de Coltan : le sang et la boue
« Le sang et la boue » , réalisé par Jean-Gabriel Leynaud , est un long métrage documentaire tourné en immersion parmi les habitants d’un village minier de Coltan en République Démocratique du Congo.A voir !
J-G Leynaud nous présente son film ( ci-dessous )
« Isolé à plus de 2500m d’altitude au bout d’une piste improbable de 5 heures de marche, une population de déplacés de guerre, hommes, femmes et enfants extraient à mains nues le coltan. Le film nous amène à partager la vie de ce village qui alimente en silence notre monde moderne avec ce minerai indispensable à nos appareils électroniques.
Pris entre groupes armés, trafiquants et militaires, les habitants vivent au rythme d’une guerre sans fin, où les alliances changent mais la misère reste. Tandis que les multinationales s’approvisionnent par des circuits souvent opaques, les creuseurs s’enlisent dans une économie informelle qui ne leur laisse rien.
Un voyage immersif qui présente l’envers de notre confort numérique : un monde où certains enterrent leurs rêves dans la boue pour que nous puissions rester connectés aux nôtres.
En tant que directeur de la photographie et parfois réalisateur, j’ai filmé plus d’une vingtaine de films en Afrique et cinq dans la région des Grands Lacs explorant les menaces qui pèsent sur elle : le volcan actif Nyiragongo, le braconnage (de gorilles, d’éléphants et d’hypo), les conflits armés, les séquelles du génocide des Tutsis.
J’ai été frappé par les contrastes : une richesse minérale immense face à une population démunie ; la violence extrême des guerres et la dignité des victimes ; notre dépendance au coltan et notre indifférence envers ceux qui l’extraient. Ce film s’inspire des personnes que j’ai croisées dans la région de Goma : miliciens, civils, victimes ou bourreaux, parfois les deux. Leurs récits m’ont marqué par leur résilience et la tragédie de leur quotidien. J’ai eu le sentiment d’approcher un chapitre oublié de notre histoire: celui du conflit le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale avec plus de 6 millions de morts en 30 ans, un conflit aux formes multiples, mais toujours alimenté par la domination continue au profit des puissants.
Ce documentaire n’est pas une enquête géopolitique, mais une immersion totale dans le quotidien et l’intimité des villageois et leurs rêves. Un film qui plonge dans la boue avec eux. Il suit des personnages clés (mineur, épouse, enfant, prostituée, ancien rebelle, instituteur, négociant…) qui font circuler le coltan de main en main.
Il m’a fallu pour le réaliser effectuer 4 voyages étalés sur 3 années et beaucoup de temps sur place. Josaphat Musamba qui m’a assisté pour le film est chercheur doctorant à l’université de Gand et professeur à l’université de Bukavu. Il travaille aussi à la direction du Groupe d’Études sur les Conflits et la Sécurité Humaine (GEC – SH). Ayant participé à des dizaines de publications sur le sujet, il a su former autour de nous une équipe de jeunes chercheurs congolais passionnés et très compétents. Ensemble ils ont su guider mes pas et mon approche du village afin que je m’y fonde avec ma caméra.
Il était fondamental pour moi de vivre avec les personnages et de partager leur quotidien : la mine, les longues marches, le business, les beuveries, les chagrins d’amour, les enfants, les délits…mais aussi les risques d’attaques ou d’effondrement des galeries.
Plus que d’être accepté, je voulais réussir à établir une relation de confiance et des liens suffisamment forts pour simplement devenir un ami que l’on a emmené avec soi. Il n’y avait plus vraiment de différence entre quand la caméra tournait ou non. À travers ces destins entremêlés à Numbi, le film éclaire les conflits de la région et la face cachée de la mondialisation.
Le Sang et la Boue ne cherche pas à accuser, mais à révéler, à travers la vie de ceux qui triment pour ce coltan qui est au cœur des technologies qui enrichissent 8 des 10 entreprises les plus prospères au monde, les contradictions profondes de leur réalité et les échos qu’elles renvoient à la nôtre. »
JG Leynaud

Lire le dossier complet
VOIR LE FILM ANNONCE
Tous droits réservés "grands-reporters.com"