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Minneapolis : l’ICE plie bagage

publié le 13/02/2026 par grands-reporters

Minneapolis : après 4 000 arrestations et deux citoyens tués, l’ICE se retire. Recul tactique ou aveu d’échec de la ligne dure de Trump ?

À Minneapolis, la démonstration de force s’achève. Jeudi 12 février, Tom Homan, responsable de la politique migratoire de Donald Trump, a annoncé que l’opération fédérale menée depuis décembre par l’U.S. Immigration and Customs Enforcement (ICE) allait « prendre fin ». « J’ai proposé, et le président Trump a accepté, que cette opération prenne fin », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

Une « réduction significative » des effectifs est déjà engagée. Environ 700 agents ont été retirés la semaine dernière. Un « petit nombre » restera temporairement pour finaliser les procédures et transférer le commandement au bureau local.

Une ville sous pression pendant deux mois

Depuis décembre, plusieurs milliers d’agents fédéraux avaient été déployés dans cette grande ville du Minnesota, bastion démocrate du Midwest. Officiellement, l’objectif était d’intensifier l’arrestation d’étrangers en situation irrégulière. Tom Homan revendique 4 000 interpellations en deux mois.

Sur le terrain, les opérations ont profondément bouleversé la vie locale : contrôles massifs, descentes à l’aube, climat de peur dans certains quartiers à forte population immigrée. Des milliers d’habitants ont manifesté malgré des températures polaires, dénonçant des méthodes jugées disproportionnées.

Deux morts qui changent la donne

La contestation a basculé après la mort de deux citoyens américains, abattus lors d’interventions fédérales. Le 7 janvier, Renee Good, 37 ans, mère de famille. Le 24 janvier, Alex Pretti, infirmier du même âge. Les circonstances exactes des tirs font toujours l’objet d’enquêtes, mais ces décès ont amplifié la crise politique.

Des élus locaux ont dénoncé une « militarisation » de la politique migratoire. Des organisations de défense des droits civiques ont mis en cause l’usage de la force par des agents fédéraux opérant dans des quartiers résidentiels.

La stratégie Homan

Ancien haut responsable des services d’immigration déjà actif sous le premier mandat Trump, Tom Homan incarne la ligne dure. Surnommé « tsar des frontières » par les médias conservateurs, il défend une stratégie de pression maximale : multiplication des arrestations, coordination renforcée avec les forces locales, communication offensive sur les chiffres.

L’ICE, créée en 2003 après les attentats du 11-Septembre, dépend du département de la Sécurité intérieure. Chargée du contrôle des frontières intérieures et de l’expulsion des étrangers en situation irrégulière, l’agence est régulièrement critiquée pour ses méthodes : centres de rétention surpeuplés, séparations familiales, opérations coup de poing dans les villes dites « sanctuaires ».

Un recul tactique, pas un virage

Le retrait de Minneapolis ne signifie pas un changement de cap. Tom Homan l’a présenté comme une décision opérationnelle, estimant que l’« activité des agitateurs » diminuait. L’administration Trump maintient sa priorité : accélérer les expulsions et accroître la pression sur les grandes métropoles dirigées par des démocrates.

À Minneapolis, le calme pourrait revenir progressivement. Mais la fracture reste profonde. Entre impératif sécuritaire revendiqué par Washington et défense des droits civiques invoquée par les opposants, la politique migratoire américaine demeure un champ de bataille politique — et humain.


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