Mission : assassiner le président
Au Washington Hilton, le trumpisme se nourrit d’une Amérique armée, obsédée par la présidence et hantée par les fantômes de Reagan et de Kennedy
Photo : Tentative d’assassinat contre Trump – AP Evan Vucci
Au Washington Hilton, les coups de feu tirés pendant le dîner des correspondants ont rouvert une vieille blessure américaine. Dans ce même hôtel, Ronald Reagan fut grièvement blessé en 1981. Quarante-cinq ans plus tard, Donald Trump y rejoue, à sa manière, la grande dramaturgie américaine : celle d’un pays armé jusqu’aux dents, fasciné par la fonction présidentielle et une violence politique qui ne désarme jamais.
Des président régulièrement pris pour cibles
Depuis Abraham Lincoln, les États-Unis entretiennent avec la figure présidentielle un rapport à la fois mystique et mortifère. Lincoln fut assassiné en 1865, James Garfield en 1881, William McKinley en 1901 et John F. Kennedy en 1963. À ce compte, il faut rajouter les tentatives contre Theodore Roosevelt, Franklin Roosevelt, Harry Truman, Gerald Ford, Ronald Reagan ou Donald Trump. Preuve qu’aux États-Unis, la présidence vit au contact direct de la violence armée.

Le pays qui compte plus d’armes que de citoyens
Avec plus de 393 millions d’armes à feu pour un peu plus de 330 millions d’habitants, les États-Unis comptent plus d’armes que de citoyens, au nom d’un 2e amendement – qui garantit le droit du peuple de détenir et de porter des armes – qui reste sacré. Dans son livre « Requiem pour le monde libre », l’historienne Nicole Bacharan précise à propos de la violence : « C’est une vraie continuité. Non pas une simple brutalité isolée, mais un processus de normalisation de la violence politique et sociale qui fragilise ce qu’il reste de monde libre. »
L’historien américain Andrew Bacevich, quant à lui, appelle à « abandonner cette approche militarisée pour sortir de l’instabilité, le chaos, la violence que les États-Unis ont contribué à nourrir. »
Trump, victime, en tire profit
Aujourd’hui, le trumpisme ne subit pas seulement cette violence, il en profite. À l’approche des élections de mi-mandat, cette situation peut aider Donald Trump à ressouder l’électorat MAGA autour d’un chef qui se présente à la fois comme cible et comme recours. Du Hilton de Reagan à celui de Trump, la scène se répète dans un pays où les armes, la politique et le pouvoir sont le décor d’un théâtre où la violence fait partie de l’histoire nationale.
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