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Mojtaba Khamenei, le milliardaire suprême de la révolution islamique

publié le 13/03/2026 par Malik Henni

Fortune cachée, prête-noms, immobilier londonien : les rumeurs sur la richesse du nouveau Guide suprême iranien – toujours invisible -interrogent les circuits de l’argent du régime

La prévarication des hommes de foi est aussi vieille que la religion elle-même. Sénèque le Stoïcien était l’homme le plus riche de l’Empire après Néron. Mazarin accumulait des fortunes et en faisait profiter sa famille. Talleyrand, évêque de Bénévent, recevait des montagnes d’or en échange de son soutien politique. Et aujourd’hui, le nouveau Guide suprême iranien, successeur de son père Ali, serait le parfait représentant de ces hommes en robe pour qui les plaisirs terrestres ne doivent pas s’effacer devant les promesses du Ciel.

Fortune opaque?

L’usage du conditionnel est de mise, tant les éléments disponibles sur les masses de liquidités, de biens immobiliers, de participations dans des entreprises sont cachés dans les plis de montages financiers aussi nébuleux que complexes. Un prête-nom serait le propriétaire légal de cette fortune : l’homme d’affaires Ali Ansari. Le montant total atteint des spéculations folles, certains allant jusqu’à parler de 100 milliards de dollars (des montants que l’on prêtait déjà à Saddam Hussein ou à Bachar el-Assad, sans que cela n’eût été prouvé). D’après l’ONG Transparency International UK, il aurait acheté 12 propriétés sur une avenue huppée de Londres, mais aussi des hôtels de luxe en Allemagne et en Espagne, ainsi que des comptes bancaires suisses pour au moins 400 millions d’euros…

Rien qu’à Londres, les maisons vaudraient entre 39 et 85 millions d’euros. Deux d’entre elles étaient d’ailleurs à 50 m de l’ambassade israélienne au Royaume-Uni. Ali Ansari est interdit d’entrée en Grande-Bretagne, où ses avoirs ont été gelés. Cependant, il n’est frappé d’aucune sanction européenne pour le moment, même si une réunion du Conseil européen devrait y remédier d’ici la fin mars.

Ali Ansari, prête-nom du système

Élevé au sein de la classe moyenne de Téhéran, Ansari avait combattu avec le jeune Mojtaba lors de l’invasion irakienne dans les années 1980, avant de devenir l’une des chevilles ouvrières du contournement des sanctions internationales qui pèsent sur l’Iran. Il a fait sa fortune en investissant dans des domaines très divers, de l’hôtellerie à la banque, en passant par la sidérurgie ou la téléphonie mobile. Dans ce dernier domaine, il profite du patronage bienveillant du très conservateur président Mahmoud Ahmadinejad.

La corruption lui ouvre en grand les portes des ministères et des marchés publics. Il connaît mieux que personne les montages financiers à créer pour que l’argent sale du pétrole iranien puisse se déverser dans les réseaux de financement du capitalisme mondialisé. La géographie de ses comptes dessine l’archipel du blanchiment d’argent : on les retrouve sur l’île de Man, à Hong Kong, à Malte, au Luxembourg, au Liechtenstein, dans les Antilles, mais aussi à la City ou à Francfort. Le tout avec un passeport chypriote, qui s’achète facilement pour les affreux du monde entier.

L’effondrement du système financier

Cet argent sale est taché du sang des Iraniens. Pour soutenir les activités de son conglomérat, Ansari crée un système de pyramide de Ponzi. Un projet est au cœur de toutes les attentions : l’Iran Mall, superbe centre commercial luxueux au cœur de Téhéran, censé prouver au monde que l’Iran ne souffre pas des sanctions occidentales. Sa banque, l’Ayandeh Bank (« la banque du futur » en farsi), en est le principal financeur.

Mais le système s’écroula l’an dernier, poussant des dizaines de milliers d’Iraniens dans la rue. Après avoir profité des fausses privatisations de la République islamique, il a transféré les pertes de feu l’Ayandeh Bank à l’État. L’effet domino fit disparaître quatre autres banques et chuter le rial de 20 %. 5 milliards de dollars volatilisés et 3 milliards et dettes. L’homme responsable de ce désastre serait aujourd’hui en Turquie, loin des bombardements qui ravagent son pays. À la tête du régime se trouve désormais son principal client, bien décidé à préférer le martyre à la capitulation.



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